| Article 42
1) Nul ne peut être privé de son droit à l'éducation et à l'instruction.
10) Aucune langue autre que le turc ne peut être enseignée aux citoyens turcs en tant que langue maternelle ou servir à leur offrir un enseignement en tant que tel dans les établissements d'éducation et d'enseignement. La loi fixe les règles relatives à l'enseignement des langues étrangères dans les établissements d'éducation et d'enseignement ainsi que celles auxquelles doivent se conformer les écoles où l'éducation et l'enseignement sont offerts dans une langue étrangère. Les dispositions des conventions internationales sont réservées. |
Évidemment, cette disposition du paragraphe 10 implique que l'enseignement doit se faire obligatoirement en turc. Cette disposition constitutionnelle est une entrave de poids pour le développement de toute langue minoritaire en Turquie. Ce paragraphe 10 devrait être aboli, mais ce n'est pas demain la veille.
- L’éducation préscolaire
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L'enseignement préscolaire (appelé "anaokulu" ou "kreş") accueille les enfants de 3 à 6 ans. On trouve des structures publiques gérées par le ministère de l'Éducation nationale ainsi que de nombreuses options privées. En Turquie, l'enseignement préscolaire n'est pas obligatoire; c'est une option offerte aux enfants par le système d'éducation. Ces écoles, appelées ailleurs «écoles maternelles» ne sont guère nombreuses, et généralement privées et payantes. Certaines classes de maternelle sont ouvertes gratuitement dans certaines villes parmi les écoles primaires. En 2026, pour la tranche globale des 3 à 5 ans, environ 40 % des enfants fréquentaient une structure préscolaire, un pourcentage historiquement en hausse, mais qui reste parmi les plus bas de la zone OCDE. Les programmes d'enseignement à la maternelle ne comprennent que des cours de langue turque, ainsi qu'une initiation à l'écriture et à la lecture, puis des éléments sur l'hygiène et l'environnement, sans oublier des jeux organisés. |
- Les études primaires
Même si le taux de scolarisation approche les 99 % au primaire, il existe des disparités entre les différentes régions, entre le monde rural et celui des villes, ainsi qu’entre la scolarisation des garçons et celle des filles. Le taux d’absentéisme des élèves est beaucoup plus élevé en milieu rural puisque ces derniers doivent souvent participer aux travaux de la ferme. L'enseignement primaire dure normalement huit années. La matière la plus importante en termes d'heures est la langue turque, suivie de l'éducation civique et des mathématiques. Les langues étrangères, surtout l'anglais, sont enseignées à partir de la 4e année, c'est-à-dire à dix ans, à raison de deux heures par semaine. Lorsqu'un élève n'a pas obtenu les résultats souhaités à la fin l'année, il doit la redoubler. Dans les écoles publiques, les élèves doivent porter un uniforme.
L'article 2 de la Loi n° 2923 sur l'enseignement et la formation en langues étrangères (1983) portant sur l'éducation et l'enseignement des langues étrangères est précis à ce sujet puisque les citoyens turcs ne peuvent être instruits dans une autre langue que leur langue maternelle, le turc:
| Article 2
Sous réserve des dispositions des accords internationaux, les principes applicables à l'enseignement des langues étrangères à tous les niveaux et dans tous les types d'établissements d'enseignement formel et informel, publics et privés, ainsi que dans les écoles offrant un enseignement et une formation en langue étrangère, sont les suivants :
a) Les citoyens turcs ne peuvent être instruits dans une autre langue que leur langue maternelle, le turc.
b) Dans les établissements d'enseignement primaire, secondaire et pour adultes, les cours portant sur la pensée, les principes et les réformes d'Atatürk, tels que l'histoire de la République turque et l'atatürkisme, la langue et la littérature turques, l'histoire, la géographie, les sciences sociales, la culture religieuse et l'éducation morale, ainsi que les autres cours relatifs à la culture turque, ne peuvent être offerts dans une langue étrangère. Les élèves ne peuvent se voir confier de travaux de recherche ou de devoirs liés à ces cours dans une autre langue que le turc durant leur scolarité. |
C'est très simple: la seule langue maternelle des citoyens turcs est le turc, et il n'y a pas d'exception pour les Kurdes, les Arméniens, les Grecs, les Bulgares, etc.
Parallèlement au système public, il existe des écoles primaires privées offrant un enseignement moyennant des frais élevés. Dans ces établissements, il est possible d'enseigner dans une autre langue, c'est-à-dire dans une langue dite internationale, l'anglais, le français, l'allemand, le russe, etc.
- Les études secondaires
Au terme de leur scolarité du primaire, les élèves peuvent poursuivre leurs études dans des établissements d'enseignement général et technique ou des établissements professionnels (trois ou quatre années). Dans ces établissements, l'objectif est d'offrir un enseignement général, mais seul un cinquième des élèves poursuivent leurs études au secondaire.
Les disciplines enseignées dans les établissements secondaires sont la langue et la littérature turques, la religion, la culture et la philosophie, l'histoire et la géographie, les mathématiques, la biologie, la physique, la chimie, l’hygiène, les langues étrangères (anglais, français et allemand). Le français n'est enseigné qu'à 2,2 % de la population scolaire. En 2004, le ministère turc de l'Éducation a annoncé que, outre l'anglais, la première langue obligatoire, les jeunes enfants devront désormais choisir entre le français et l’allemand comme seconde langue obligatoire. Cette mesure, dictée par la candidature de la Turquie à l'adhésion à l'Union européenne semble appréciable dans la mesure où, depuis une trentaine d'années, l'usage et l'enseignement du français reculent devant celui de l'anglais. Les élèves ayant terminé leurs études secondaires peuvent accéder à l'université après un concours d'admission.
La Turquie s'est dotée aussi de «lycées de langue étrangère», lesquels préparent les élèves doués au moyen de programmes d'enseignement supérieur correspondant à leurs intérêts et à leurs aptitudes. Ces lycées offrent un enseignement plus soutenu dans une langue étrangère, généralement l'anglais, mais aussi le français, l'allemand ou l'italien. La durée de ces études est de quatre ans, mais la première année correspond à un programme intensif de préparation à la langue étrangère.
Ces établissements d'enseignement sont en réalité des «lycées turcs ouverts par des étrangers». À ce titre, ils relèvent du ministère de l'Éducation et les programmes scolaires sont similaires à ceux des écoles publiques turques. Les lycées de langue étrangère offrent obligatoirement un bilingue turc-anglais ou turc-français, etc., alors que les matières scientifiques sont enseignées dans la langue étrangère. Cet enseignement bilingue permet aux élèves qui obtiennent leur diplôme de bénéficier d'une exemption de baccalauréat leur permettant d'accéder directement aux universités étrangères.
L'article 10 du Règlement n° 1657 du ministère de l'Éducation nationale sur les établissements d'enseignement secondaire (2013-2025) prescrit que les cours doivent être donnés en turc, mais il existe des possibilités que certains cours puissent être offerts dans une langue étrangère, par exemple le Programme du Baccalauréat international:
| Article 10
Programme d'études
1) Dans les établissements d'enseignement secondaire ;
g) Les cours doivent être donnés en turc. Toutefois, dans les établissements d’enseignement secondaire qui admettent les élèves sur la base des résultats d’un examen national et qui disposent d’une classe préparatoire, si des enseignants sont en mesure de donner les cours de mathématiques et de sciences dans la première langue étrangère et si au moins 12 élèves en font la demande, ces cours peuvent également être offerts dans cette langue. Cette condition de nombre ne s’applique pas aux établissements d’enseignement privés ni aux écoles qui mettent en œuvre le Programme du Baccalauréat international (BI).
g) Le Programme du Baccalauréat international (BI) peut également être mis en œuvre dans les établissements d’enseignement secondaire qui remplissent les conditions requises. Dans ce cas, l’accent est mis sur le programme CAS (Créativité, Activité, Service). Pour les élèves participant à ce programme, les cours de mathématiques et de sciences sont donnés dans une langue étrangère.
2) Les principes suivants sont appliqués dans le programme de la classe préparatoire avant la 9e année:
a) Dans les cours de langue étrangère, les élèves développent leurs compétences d’écoute, d’expression orale, de lecture et d’écriture conformément aux objectifs d’apprentissage définis dans le programme de langue étrangère. La répartition des heures de cours selon les compétences, telle que spécifiée dans l'emploi du temps hebdomadaire, est déterminée par les professeurs du département de langues étrangères de la classe préparatoire. |
- Un enseignement biaisé de l'Histoire
En Turquie, l'enseignement de l'histoire est grandement considéré
comme biaisé, car il sert traditionnellement d'outil politique et nationaliste
pour façonner l'identité nationale.
Fondé après la Première Guerre mondiale par Mustafa Kemal Atatürk pour bâtir un
État-nation moderne, le récit officiel exalte l'identité turque et la langue
turque, et minimise ou occulte les contradictions historiques.
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Partout, on continue d'y vénérer le «père des Turcs», Mustafa Kemal Atatürk, dont les portraits, bustes et statues sont omniprésents, que ce soit dans les halls, les cours de récréation, les bureaux administratifs ainsi que les salles de classe du primaire et du secondaire. L'enseignement des langues étrangères est possible en Turquie, mais il ne s'agit jamais de la langue d'une minorité «ethnique». On y enseigne surtout l'anglais, puis le français et l'allemand; un peu l'italien, l'espagnol, l'arabe, le japonais et le chinois.
En fait, les langues proscrites ou interdites ont longtemps été les langues des «ennemis héréditaires» comme le grec et le bulgare. Cependant, le traité de Lausanne a assuré un certain enseignement en grec, puis étendu aux Arméniens et aux Juifs. Les langues des pays voisins, tels que le grec, le bulgare et l'arménien, peuvent être offertes dans les établissements militaires turcs. C'est notamment le cas, depuis 2000-2001, avec le russe et le bosniaque, en plus des trois autres langues. L'objectif serait de ne pas perdre «la bataille de l’information». Depuis 2012, les Kurdes ont le droit à un enseignement restreint de deux heures par semaine. |
Les langues occidentales telles que l'anglais et l'allemand ou le français ne constituent pas une menace pour la Turquie. Elles ne sont donc pas pourchassées, au contraire. Pour le gouvernement turc, la langue kurde n'est pas considérée comme un enrichissement pour la société, mais comme un danger pour «l'existence et l’indépendance de l'État, l'unité et l’indivisibilité de la nation, le bien-être et la sécurité de la communauté».
Tout l'enseignement de l'histoire en Turquie a été façonné par Mustafa Kemal Atatürk. C'est lui qui a orienté les premiers manuels scolaires d’histoire de la République turque en commençant par la création, en avril 1931, de la "Türk Tarih Tetkik Cemiyeti", la Société de recherches d'histoire turque. Tous les premiers ouvrages ont été conçus comme un plaidoyer politique pour redorer l'image des Turcs, car il s'agissait de faire contrepoids au sentiment anti-turc dominant en Occident à la suite de la décadence ottomane et de la Première Guerre mondiale.
L'Histoire du pays doit se conformer aux principes suivants:
- Depuis l'époque d'Atatürk, l'histoire est enseignée pour unifier le pays et glorifier l'identité turque, minimisant les erreurs ou les zones d'ombre du passé national.
- Les programmes scolaires doivent éviter de mentionner ou nier officiellement les massacres de la période ottomane, notamment le génocide arménien.
- Les communautés chrétiennes (grecques ou arméniennes) font souvent l'objet de représentations négatives ou stéréotypées, et l'existence ou les droits des Kurdes sont largement ignorés ou niés dans les récits officiels; ils n'existent pas.
Depuis que l'AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi = le Parti de la justice et du développement) est au pouvoir, l'enseignement de l'histoire dans les écoles turques est complètement fantasmé et les scientifiques ou enseignants qui protestent vont en prison pour «trahison», ou «insulte à l'identité turque». Les réformes des programmes ont accentué une vision idéologique du passé, valorisant l'héritage ottoman tout en s'éloignant de la rigueur scientifique laïque initiale, allant jusqu'à restreindre des sujets scientifiques comme la théorie de l'évolution.
Sous la présidence de Recep Tayyip Erdoğan,
les réformes successives mettent davantage l'accent sur les valeurs
national-religieuses et néo-ottomanes, ce qui modifie la perspective historique
au détriment parfois de l'héritage laïque kémaliste strict.
Évidemment, l'État exerce un contrôle direct et strict sur la
rédaction des manuels scolaires et le contenu des programmes, empêchant toute
vision critique ou divergente. Les manuels scolaires évitent absolument le terme «génocide». Une directive a même modifié l'appellation officielle de la «loi de déportation» ("Sınır Dışı Etme Kanunu") de 1915 pour la renommer «loi de réinstallation» ("Yeniden Yerleşim Kanunu") afin d'effacer l'idée d'un déplacement forcé mortel. Le récit officiel présente fréquemment les Arméniens non pas comme des victimes, mais comme des traîtres à la patrie alliés à la Russie tsariste, allant parfois jusqu'à accuser les minorités d'avoir commis des massacres contre les populations musulmanes turques. Le terme géographique d'Asie centrale a été officiellement banni des livres d'Histoire au profit de « Turkestan » (la terre des Turcs), afin de nourrir une idéologie panturcique et de renforcer l'idée d'une unité politique transnationale.
Les pauvres élèves ne savent plus qui et quoi croire. Après leur avoir enseigné que le pays était peuplé de «purs Turcs» depuis la préhistoire (tandis que les Hittites, les Perses, les Grecs ou les Arméniens seraient de «pures inventions» de la propagande turcophobe), avec une "langue-soleil" turque ("Güneş dil") parlée depuis le paléolithique, le ministère de l'Enseignement a fait un virage à 380° et proclame désormais que les Turcs sont bien venus d'Asie majeure, mais qu'ils ont pacifiquement et très gentiment assimilé, par mansuétude et amour musulman, les habitants de l'Anatolie et de la Thrace, quelles qu'aient pu être leurs langues, cultures, religions et civilisations antérieures, désormais admises et, qui maintenant font partie du patrimoine turc. On sait que la répression a été tenace pour faire disparaître tous les peuples non turcophones.
- Les études supérieures
Il existe en Turquie plus d'une cinquantaine d'universités publiques et quelque 25 universités privées (6 % des étudiants y ont accès), ainsi qu'une dizaine d’écoles et d’académies militaires et de polices, pour un total de quelque deux millions d'étudiants. Le système d'éducation universitaire est très centralisé. Le Conseil de l’enseignement supérieur (YÖK) contrôle les programmes d’enseignement et dispose de pouvoirs disciplinaires importants. Ce contrôle ne concerne pas seulement l'administration, mais aussi les contenus de l’enseignement et de la recherche. Pour beaucoup d'universitaires, les pouvoirs du YÖK sont généralement jugés excessifs. C'est le gouvernement qui désigne les responsables de tous les échelons de la hiérarchie universitaire. Dans les universités publiques, le turc constitue la langue d'enseignement, mais dans certaines universités privées l'enseignement se fait en anglais. Par ailleurs, on estime qu'environ 40 000 jeunes Turcs font des études supérieures à l'étranger, dont la moitié le font en anglais.
L'article 5 de la Loi n° 2547 sur l'enseignement supérieur (1981-2018) énonce les grands principes kémalistes (alinéas a) à e), ainsi que l'obligation de la langue turque en i):
Article 5
Principes fondamentaux
L'enseignement supérieur est planifié, programmé et réglementé conformément aux « Principes fondamentaux » suivants :
a) Les étudiants sont imprégnés du sens du service public, fondé sur les réformes et les principes d'Atatürk, ainsi que sur le nationalisme atatürkien.
b) Notre culture nationale, avec ses formes et caractéristiques uniques, est préservée et développée au sein de la culture universelle, et les étudiants sont encouragés à renforcer l'unité et la solidarité nationales.
c) Le principe d'unité dans l'éducation est garanti par la prise en compte des caractéristiques, des filières et des objectifs des établissements d'enseignement supérieur.
d) Les plans et programmes d'enseignement sont élaborés et développés en continu, à court et à long terme, selon les principes scientifiques et technologiques et en fonction des besoins du pays et de la région.
e) Des mesures sont prises pour garantir l'égalité des chances dans l'enseignement supérieur.
i) (Modifié le 29/05/1991) Dans les établissements d'enseignement supérieur, les cours suivants sont obligatoires dans les facultés formant des spécialistes de la sécurité au travail, conformément à la loi n° 6331 du 20/06/2012 sur la santé et la sécurité au travail : principes et histoire de la révolution d'Atatürk, langue turque, langue étrangère et santé et sécurité au travail. Un cours d'éducation physique ou d'arts plastiques est également proposé, à condition qu'il ne soit pas obligatoire. Tous ces cours sont programmés et offerts sur au moins deux semestres. |
Bien que la Constitution turque pose le principe fondamental selon lequel la langue officielle d'enseignement est le turc, la loi n° 2547 (notamment dans son article 5) prévoit et encadre l'usage des langues au sein des universités :
- L'enseignement de la langue turque est obligatoire pour tous les étudiants de l'enseignement supérieur.
- La législation permet aux universités d'adopter une langue étrangère (généralement l'anglais, mais parfois le français ou l'allemand) comme des vecteurs d'enseignement (médium d'instruction) pour certains programmes.
- La loi prévoit que, si un programme est donné en langue étrangère, l'établissement doit faire passer un examen de compétences. Les étudiants dont le niveau est jugé insuffisant sont alors orientés vers une classe préparatoire linguistique obligatoire d'une durée maximale d'un an, selon les règles fixées par le Conseil de l'enseignement supérieur (YÖK).
5.3 L'enseignement des langues étrangères
Le Conseil des ministres turc avait arrêté le 4 mars 1992 qu'en dehors du turc, l'enseignement dans les cours publics et privés ne pouvait se faire que dans des langues déterminées (anglais, français, allemand, russe, italien, espagnol, arabe, japonais et chinois); il s'agissait du Décret n° 92/2788 du 20 mars 1992, qui n'est plus appliqué intégralement:
20 Mart 1992 tarihli 92/2788 sayılı Kararname Karar Sayısı : 92/2788
1) örgü n ve yaygın bütün resmi ve özel öğretim kurumlarında İngilizce, Fransızca ve Almanca dillerinin,
2) Resmi ve özel kurslarda; İngilizce, Fransızca ve Almancanın yanısıra Rusça, İtalyanca, İspanyolca, Arapça , Japonca ve Çince dillerinin, eğitim ve öğretiminin yapılması;
Milli Güvenlik Kurulu'nun 25/4/1991, 27/1/1992 tarihli ve 337, 345 sayılı kararlarına dayanan Milli Eğitim Bakanlığı'nın 20/2/1992 tarihli ve 579 sayılı yazısı üzerine, 2923 sayılı Yabancı Dil Eğitimi ve öğretimi Kanunu'nun 2 nci maddesine göre, Bakanlar Kurulu'nca 4/3/1992 tarihinde kararlaştırılmıştır. |
Décret n° 92/2788 du 20 mars 1992 Numéro du décret : 92/2788
1) Enseignement et apprentissage de l’anglais, du français et de l’allemand dans tous les établissements d’enseignement publics et privés, formels et informels.
2) Enseignement et apprentissage du russe, de l’italien, de l’espagnol, de l’arabe, du japonais et du chinois, en plus de l’anglais, du français et de l’allemand, dans les cours publics et privés.
Sur la base des décisions n° 337 et 345 du Conseil national de sécurité, en date du 25 avril 1991 et du 27 janvier 1992, et de la lettre n° 579 du ministère de l’Éducation nationale, en date du 20 février 1992, et conformément à l’article 2 de la loi n° 2923 relative à l’enseignement et à la formation en langues étrangères, le Conseil des ministres a pris cette décision le 4 mars 1992. |
En fait, l'enseignement des langues étrangères est obligatoire dans les écoles. L'anglais est obligatoire dès la 4
e année du primaire dans les écoles publiques, et parfois dès la maternelle dans les établissements privés. Une deuxième langue étrangère (comme l'allemand, l'espagnol ou le français) est généralement introduite au lycée dans le système public, ou plus tôt dans les écoles privées. Les programmes bilingues existent aussi, notamment dans certains lycées prestigieux ou des établissements bénéficiant d'appellations
particulières (comme l'enseignement en français au lycée Galatasaray). L'article 7 du
Règlement n° 26184 du ministère de l'Éducation nationale sur l'enseignement et à la formation en langues étrangères (2006-2009) prescrit la procédure suivante:
|
Article 7
Mise en œuvre
Les principes à prendre en considération pour l'enseignement et la formation en langues étrangères dans les établissements d'enseignement formel, non formel et à distance sont les suivants :
a) Dans les établissements d'enseignement primaire :
1) Les cours de langues étrangères obligatoires sont intégrés à partir de la 4e année. À partir de ce même niveau, des cours de langues étrangères optionnels peuvent également être intégrés pour renforcer les cours de langues étrangères obligatoires ou comme deuxième cours de langue étrangère.
2) Des programmes de formation en langues étrangères adaptés au niveau des élèves peuvent être mis en œuvre à tous les niveaux en dehors des heures de classe.
b) Dans les établissements d'enseignement secondaire :
1) Dans la continuité des programmes de langues étrangères de l'enseignement primaire, un cours de première langue étrangère obligatoire et, dans les établissements jugés appropriés par le Conseil, un cours de deuxième langue étrangère obligatoire sont intégrés. De plus, des cours de langues étrangères optionnels peuvent être intégrés pour compléter les cours de langues étrangères obligatoires.
2) Le nombre d'heures de cours de langue étrangère est déterminé par le Conseil en fonction du type d'établissement et des classes.
3) Des programmes de formation en langue étrangère peuvent être mis en œuvre dans toutes les classes en dehors des heures de cours, en fonction du niveau des élèves. |
L'enseignement d'une langue étrangère est obligatoire à partir
de la 4e année de l'école primaire publique,
généralement en anglais. Le programme fixé par le ministère de l'Éducation y est
introduit de manière ludique (activités orales, chansons, jeux). Cependant,
selon la règlementation, la langue d'enseignement des matières fondamentales
(comme l'histoire ou la culture turque) doit obligatoirement rester le turc,
même dans les écoles proposant un programme international.
- Les établissements religieux privés
La plupart des établissements d’enseignement privés sont des écoles confessionnelles reconnues comme appartenant à des minorités chrétiennes. De plus, la direction de ces écoles est bicéphale: le directeur en titre est issu de la minorité religieuse, mais le directeur adjoint doit être un musulman désigné par l’État. Dans les faits, seul le directeur adjoint détient un réel pouvoir de décision, car il doit cautionner toutes les décisions du directeur. Il existe aussi deux types d’enseignants: d'une part, ceux qui enseignent le turc en étant rémunérés par l’État, d'autre part, ceux qui enseignent une langue minoritaire et qui sont rémunérés par la communauté minoritaire. Les enfants des membres des minorités non musulmanes n’ayant pas la nationalité turque ne sont pas autorisés à fréquenter les écoles d'une minorité. Ces établissements connaissent tous des difficultés financières et, dans certains cas, les autorités turques ont trouvé une façon détournée de faire fermer les portes de plusieurs écoles: il s’agit de retarder ou de ne pas accorder d’autorisation dans la nomination par les autorités turques de directeurs issus de la minorité concernée. En ce sens, la situation des écoles des minorités peut être qualifiée de désastreuse.
L'article 8 de la Loi sur les établissements d'enseignement privés (2007)
Article 8
Personnel affecté aux établissements
Il est essentiel que les services pédagogiques et administratifs des établissements soient assurés par les administrateurs et le personnel enseignant dont la fonction principale est au sein de ces établissements.
[...]
Les fondateurs et directeurs d'écoles offrant un enseignement dans une autre langue que le turc et créé par des étrangers doivent proposer à la préfecture un citoyen turc qualifié pour enseigner le turc ou la culture turque et maîtrisant la langue d'enseignement, afin de le nommer directeur adjoint turc aux fins de l'obtention d'un permis de travail.
Si aucun enseignant de turc ou de culture turque ne maîtrise la langue d'enseignement, cette fonction peut également être confiée à un citoyen turc ayant reçu une formation spécialisée dans la langue d'enseignement de l'école.
Si l'école ne présente pas cette proposition dans un délai d'un mois malgré un avertissement, la préfecture sélectionnera et nommera un directeur adjoint turc parmi les enseignants répondant aux critères susmentionnés. |
Dans les faits, les écoles privées nationales en Turquie doivent
respecter le programme national et enseigner le turc, mais les
écoles internationales, étrangères et minoritaires bénéficient d'exemptions et peuvent utiliser une autre langue principale d'enseignement.
- Les écoles privées turques : elles doivent suivre le programme officiel du ministère de l'Éducation et la langue principale d'enseignement y est le turc, tout en proposant souvent des cours renforcés de langues étrangères.
- Les écoles internationales et étrangères : les établissements reconnus comme internationaux ou étrangers disposent de dérogations quant à la langue d'enseignement principale (comme l'anglais, le français ou l'allemand), même si certaines règles exigent l'apprentissage de la culture ou de la langue locale selon l'agrément exact de l'établissement.
De nombreux établissements privés proposent un renforcement linguistique dès la
maternelle ou la 1re année primaire, parfois
avec un enseignement bilingue ou l'ajout d'une seconde langue étrangère
(allemand, français, espagnol).
5.4 L'enseignement dans les langues minoritaires
Dans le domaine de l'éducation, l'État ne s'est jamais senti dans l'obligation de prévoir ou de construire des écoles pour les minorités linguistiques. Rappelons cet article 42 de la Constitution turque qui déclare qu'«aucune langue autre que le turc ne peut être enseignée aux citoyens turcs en tant que langue maternelle ou servir à leur offrir un enseignement en tant que tel dans les établissements d'éducation et d'enseignement».
- Un enseignement inacceptable du kurde
En février 2002, le premier ministre Bülent Ecevit (de janvier 1999 à novembre 2002) avait jugé utile de faire une mise au point à la presse pour signaler que l'enseignement de la langue kurde dans les établissements scolaires de Turquie était «inacceptable». Dans un entretien accordé à la chaîne CNN turque, M. Ecevit avait souligné que l'enseignement du kurde était «impossible» et il s'est indigné au sujet d'une campagne orchestrée par «certains cercles liés à certains pays européens» qui n'hésitent pas à «utiliser des enfants et des jeunes pour diviser la Turquie». Rappelant que le «turc est la langue officielle des institutions publiques», M. Ecevit a suspecté que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) était derrière cette campagne pour l'enseignement du kurde dans les écoles.
La Loi n° 2932 du 19 octobre 1983 relative aux publications faites dans une autre langue que le turc, aujourd'hui abrogée, interdisait d'utiliser comme langue maternelle d'autre langue que le turc:
Article 3 (abrogé)
La langue maternelle des citoyens turcs
1) La langue maternelle des citoyens turcs est le turc.
2) Il est interdit d'utiliser comme langue maternelle d'autres langues que le turc et de se livrer à des activités visant à la diffusion de ces langues. |
La loi a été abrogée, mais les solutions de rechange semblent peu prometteuses, car les heures d'enseignement se réduisent à deux heures par semaine sous de nombreuses conditions.
- Une réforme mort-née
En août 2002, le gouvernement a entrepris une réforme dite «pro-européenne» afin de permettre d'introduire l'enseignement de la langue kurde dans les écoles. Pourtant, malgré les discours rassurants, les pratiques sont restées exactement les mêmes. Au lendemain du vote autorisant l'enseignement du kurde (3 août 2002), le premier ministre Ecevit estimait que désormais la Turquie «répondait à tous les critères politiques» posés par l’Union européenne, une formidable interprétation tirée par les cheveux. En décembre 2003, le Journal officiel publiait le Règlement n° 25307 sur l'apprentissage des différentes langues et dialectes traditionnellement utilisés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne (2003):
|
Article 2
Champ d'application
Le présent règlement couvre les procédures et les processus relatifs aux cours de langues et de dialectes mis en place à cette fin dans le cadre de cours privés pouvant être ouverts conformément à la loi n° 625 sur les établissements d'enseignement privés, en vue de l'apprentissage des différentes langues et dialectes traditionnellement utilisés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne, ainsi que dans le cadre de cours de langues privés ouverts pour les langues étrangères dont l'enseignement et la formation en Turquie ont été décidés par le Conseil des ministres conformément à la loi n° 2923 du 14 octobre 1983 sur l'enseignement et la formation en langues étrangères et l'apprentissage des différentes langues et dialectes par les citoyens turcs. |
Dans ce règlement, aucune langue minoritaire n'est mentionnée, pas même le kurde. Selon les termes utilisés, le texte ne traite que «des divers dialectes et diverses langues traditionnellement employés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne». Ce genre de formulation laisse croire en effet qu'il existe d’autres langues que le turc en Turquie. De fait, il existe une cinquantaine de langues utilisées en Turquie, dont le kurde kurmanji, le kurde dimili (zazaki), l'arabe leventin, le kabarde (circassien oriental), le persan (farsi), l'azéri (azerbaïdjanais), l'arabe mésopotamien du Nord, le gagaouze, le bulgare (pomaque), le grec pontique, adyghéen (circassien), le géorgien, l'arabe mésopotamien du Sud, le bosniaque, le tchétchène, le tatar de Crimée, etc., toutes des langues parlées par plus de 100 00 locuteurs. Or, le kurde fait partie de «ces langues et dialectes», alors qu'il est parlée par plus de 15 millions de locuteurs en Turquie. C'est ce qui explique que la plupart des revendications d'ordre linguistique proviennent essentiellement des Kurdes.
Il faut mentionner également l'article 2 de la Loi sur l'enseignement et la formation en langues étrangères et sur l'apprentissage des différentes langues et dialectes par les citoyens turcs (1983-2003):
Article 2
Principes
Sous réserve des dispositions des accords internationaux, les principes suivants s'appliquent à l'enseignement des langues étrangères à tous les niveaux et dans tous les types d'établissements d'enseignement formel et informel, publics et privés, ainsi qu'aux écoles offrant un enseignement en langues étrangères :
a) Dans les établissements d'enseignement, aucune autre langue que le turc ne peut être enseignée aux citoyens turcs comme langue maternelle. Toutefois, afin de permettre l'apprentissage des différentes langues et dialectes traditionnellement en usage par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne, des cours spécifiques peuvent être ouverts, sous réserve des dispositions de la loi n° 625 sur les établissements d'enseignement privés ; des cours de langue peuvent être organisés dans le cadre de ces cours et d'autres cours de langue ayant le même objectif. Dans ces cours et leçons, aucun enseignement contraire aux caractéristiques fondamentales de la République telles qu'énoncées dans la Constitution, ou à l'intégrité indivisible de l'État avec son territoire et sa nation ne peut être offert. Les principes et les procédures relatives à l'ouverture et à la supervision de ces cours et leçons seront régis par un règlement édicté par le ministère de l'Éducation nationale.
b) Dans les établissements d'enseignement primaire, secondaire et pour adultes,
les cours portant sur la pensée d'Atatürk, ses principes et ses réformes, tels que l'histoire de la République turque et l'atatürkisme, la langue et la littérature turques, l'histoire,
la géographie, les sciences sociales, la culture religieuse et morale, ainsi que
les autres cours relatifs à la culture turque, ne peuvent être offerts en langue
étrangère. Les élèves ne peuvent se voir confier de travaux de recherche ou de
devoirs relatifs à ces cours dans une autre langue
que le turc durant leur scolarité. |
Dans cette loi, il n'est nul fait mention du mot «kurde» ni de «langue kurde». La formule consacrée utilisée — «des divers dialectes et diverses langues traditionnellement employés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne» — consiste à éviter à tout prix d'employer le mot «kurde» dans un texte juridique pour favoriser une formule sibylline: «les diverses langues et les divers dialectes traditionnellement employés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne». Autrement dit, les langues minoritaires sont considérées comme des «dialectes» ou des langues «diverses» employées traditionnellement par des citoyens «turcs» dans leur usage privé. C'est là un mépris flagrant pour toutes les langues minoritaires du pays.
L'article 5 du même Règlement n° 25307 sur l'apprentissage des différentes langues et dialectes traditionnellement utilisés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne mentionne, d'une part, que l'objectif est de mener des activités d'apprentissage, d'autre part, que «les cours doivent être conformes aux buts généraux et principes fondamentaux de l'éducation nationale turque ainsi qu'aux qualifications fondamentales de la République exposées dans la Constitution, et ils sont offerts de façon à ne pas violer l'intégrité indivisible de l'État avec son pays et sa nation»:
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Article 5
But du cours
1) Le but du cours et des cours de langue dans les langues et dialectes enseignés pour ce motif est de mener des activités destinées à apprendre les diverses langues et les divers dialectes traditionnellement employés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne.
2) Les cours doivent être conformes aux buts généraux et principes fondamentaux de l'éducation nationale turque ainsi qu'aux qualifications fondamentales de la République exposées dans la Constitution, et ils sont offerts de façon à ne pas violer l'intégrité indivisible de l'État avec son pays et sa nation. |
Le gouvernement turc prend vraiment d'infinies précautions, dont la moindre difficulté n'est pas d'obtenir une autorisation du ministère de l'Éducation pour offrir ces cours dans des établissements d'enseignement privés. Le plus difficile, c'est de réunir toutes les conditions pour recevoir cette indispensable autorisation. Seuls les élèves du primaire et du secondaire, munis de l’autorisation de leurs parents, peuvent suivre les cours durant les week-ends et les vacances d’été, et non pas durant les jours normaux. On peut certainement douter que ce genre de cours durant les congés soit de nature à susciter la participation massive des élèves. En fait, ce texte juridique propose simplement un strict minimum, tout en faisant en sorte que ce strict minimum ne puisse même pas se réaliser.
- Une pseudo-avancée
Près de dix ans plus tard, le 12 juin 2012, le premier ministre,
Recep Tayyip Erdoğan (qui allait devenir président de la Turquie le 28 août 2014), déclarait au Parlement devant les députés du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) :
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Yıllarca ötekileştirilen, horlanan, dışlanan insanların eşit yurttaş haline gelmesini kimse farklı yerlere çekmemelidir. Türkiye'de yaşananlar sadece ve sadece bir normalleşme sürecidir [...].
Bunun yanında, öğrencilerimiz, Farklı Dil ve Lehçelerin Öğrenilmesi Hakkında Kanun kapsamında, yaşayan diller ve lehçeler adı altında, yerel dil ve lehçeleri öğrenme imkanına kavuşuyorlar. Örneğin, yeterli sayıda öğrenci bir araya geldiğinde, Kürtçe bir seçmeli ders olarak alınabilecek, öğretilecek ve öğrenilecek. Bu, tarihi bir adımdır. İhtiyaç ve talep durumuna göre farklı anadillere sahip vatandaşlarımız bu kapsamda dillerini geliştirebilecek. (Anadolu Ajansı) |
Il ne faut pas se méprendre sur le fait que des personnes marginalisées, méprisées et exclues pendant des années deviennent des citoyens à part entière. Ce qui se passe en Turquie est simplement un processus de normalisation [...].
De plus, nos étudiants ont la possibilité d'apprendre les langues et dialectes locaux grâce à la loi sur l'apprentissage des différentes langues et dialectes, dans le cadre de l'enseignement des langues et dialectes vivants. Par exemple, lorsqu'un nombre suffisant d'étudiants se réunit, le kurde peut être choisi comme cours optionnel. C'est une étape historique. Selon les besoins et les demandes, nos citoyens, quelle que soit leur langue maternelle, pourront améliorer leurs compétences linguistiques dans ce cadre. (Anadolu Ajansı) | |
Il s'agit en ce cas d'établissements privés, non pas d'établissements publics et gratuits. Ces cours en kurde dans la variante kurmandji, la deuxième langue maternelle du pays, sont proposés en option dans les écoles turques, au même titre que les langues étrangères telles que l'anglais, le français ou l'allemand.
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Pour sa part, l'écrivain, linguiste et polémiste américain Noam Chomsky, alors professeur au Massachusetts Institute of Technology (Boston), soutenait depuis février 2002 la revendication d'un enseignement du kurde dans les établissements d'enseignement en ces termes:
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I respect Kurdish and I also respect those who courageously work to demand to learn their mother tongue in the schools. |
[J'ai du respect pour le kurde, je respecte aussi ceux qui œuvrent avec courage pour demander à apprendre leur langue maternelle dans les écoles.] |
S'il mettait les pieds en Turquie, M. Chomsky pourrait être accusé de «propagande contre l'indivisible unité» de la Turquie et être condamné à un an de prison. Néanmoins, son éditeur en Turquie a été accusé de «propagande séparatiste». |
Finalement, le célèbre linguiste a pu se rendre à Diyarbakir en janvier 2013, la ville principale du sud-est de la Turquie, une région à majorité kurde, pour une série de conférences et de rencontres avec des militants kurdes. Chomsky soutenait que la Turquie devait d'abord faire face à son problème kurde et panser ses plaies afin de prendre sa place dans le nouvel ordre mondial:
| The growing Kurdish independence in Iraq and the possibility of one in Syria will evidently have impacts on the dynamics of the southeastern region of Turkey and the Middle East as well. |
[L'indépendance kurde croissante en Irak et la possibilité de celle-ci en Syrie pourront évidemment avoir des répercussions sur la dynamique de la région sud-est de la Turquie et aussi bien qu'au Proche-Orient.] |
Ce qui peut paraître normal dans la plupart des pays occidentaux, c'est-à-dire apprendre sa langue maternelle à l'école, ne l'est pas du tout en Turquie, car toute instruction dans une autre langue que le turc est interdite par l'article 42.10 de la Constitution turque. Les dirigeants turcs se sont toujours catégoriquement opposés à cette reconnaissance, alors que celle-ci constitue l'un des droits reconnus par l'Union européenne à laquelle la Turquie veut pourtant adhérer. Bref, pendant que les autorités turques font les yeux doux à l'Union européenne, elles demeurent inflexibles face aux revendications des minorités nationales.
Pire, on ne trouvera dans aucun texte de loi le mot «kurde/Kurde» puisque que
les Kurdes n'existent pas, ce sont des «Turcs montagnards» ("dağ
Türkleri"); l'État refuse également de reconnaître
l'appellation de «Kurdistan turc», préférant utiliser la désignation
administrative de «région de l'Anatolie du Sud-Est» ("Güneydoğu Anadolu Bölgesi").
Prononcer ou écrire le mot «Kurdistan» (en turc: Kürdistan) dans un
contexte politique ou revendicateur en Turquie peut mener à des poursuites
judiciaires pour «propagande terroriste» ou «incitation à la haine».
5.5 Les pratiques réelles, en éducation
Le débat sur l’enseignement des langues maternelles montre à quel point la Constitution de 1982, imposée par la junte militaire de 1980, est devenue désuète après presque un demi-siècle. De ce fait, l’adoption d’une nouvelle constitution est devenue nécessaire. Évidemment, ce n'est pas pour demain que les Turcs vont changer leur constitution de façon à intégrer, en tant que droit fondamental, la notion d’enseignement dans la langue maternelle de tous les citoyens turcs, bien que près d’un quart de la population soit kurde dans ce pays. Dans l'état actuel des choses, seule la langue turque est légale comme langue d'enseignement.
- Les écoles kurdes
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C'est pourquoi certaines associations kurdes ont quand même décidé d'ouvrir à leurs frais des écoles (privées). À chaque fois, le gouvernement a tout fait pour les fermer, alléguant qu'elles n'avaient pas de «statut officiel». Au besoin, la police est intervenue parfois avec des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des matraques, et a fermé de force des écoles. En raison des manifestations qui ont eu lieu, le gouvernement a cédé en accordant à ces écoles kurdes un «statut particulier». Pendant ce temps, les représentants de la minorité kurde qualifiaient cette mesure de «moyen palliatif», car l'objectif est d'obtenir le droit à la totalité de l'enseignement en kurde.
Lorsque les membres des minorités veulent employer leur langue, ils doivent ouvrir leurs propres écoles et en absorber entièrement les frais. Étant donné que fonder une école privée est une chose, mais que la faire vivre, c'est une autre affaire, la plupart de ces écoles finissent par fermer, notamment en raison des conflits incessants entre les minorités et le gouvernement. De fait, des centaines d'écoles minoritaires ont dû fermer leur porte. |
Or, le fait de ne pas apprendre l'écriture dans sa langue maternelle engendre des difficultés de toutes sortes chez les enfants.
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Cemil Güneş (approximativement en français: Djemil Gunech) est un enseignant, chercheur et auteur kurde de Turquie, spécialisé dans les questions linguistiques et scolaires. Il a publié en 2020 Duzimanî: Zarok û Perwerdehî, ce qui se traduit littéralement par «Bilinguisme : enfants et éducation». En tant qu'enseignant, Cemil Güneş a été le témoin direct des difficultés rencontrées par les enfants dont la langue maternelle n'est pas le turc, la seule langue d'enseignement officielle dans les écoles publiques en Turquie. Il met en lumière les barrières de communication, de lecture, d'écriture et de compréhension vécues par les enfants kurdes au sein d'un système scolaire unilingue. Le constat est le suivant: «Tout est plus difficile pour les enfants kurdes qui ne parlent pas turc. » |
Voici un commentaire qu'il émettait le 20 septembre 2021 dans un journal en ligne
Rûpela Nû :
| Bunların yanında yapılan birçok araştırmaya göre anadilinde eğitim alamayan çocukları eğitim sürecinde akademik başarısızlık, okuyamama, okuduğunu anlamama, okuduğunu değerlendirememe ve bunlardan yeniden bir şeyler üretememe, kendisini okula ait hissetmeme, sosyal fobi, kendisine yönelik şiddet, arkadaş, aile ve öğretmeninden şiddet görme, içine kapanıklık, konuşma becerilerinde gerileme, yarım dillilik, özgüven eksikliği gibi onlarca sorun yaşamaktadır. Maalesef saydığımız ve sayabileceğimiz her bir sorun çocuklarda ciddi bir şekilde travmaya yol açmaktadır. Çocuklarda görülen bu travma ilerleyen süreçlerde toplumsal travmaya dönüşebiliyor. Çünkü eğitim süreci sadece çocuğun katıldığı bir süreç değildir, çocuk ile birlikte aile üyelerinin ve çevrenin de katıldığı bir süreç olduğu için toplumsal travmanın yaşanması kaçınılmaz oluyor. Bu travmanın topluma yansıması ne şekilde oluyor? Ailelerin kendileri ve çocuklarının can güvenliği için anadilini terk etmesi, kültüründen ve toplumsal hafızasından uzak durması, yaşadığı şehri terk etmesi ve bunun karşısında ikinci dil diye adlandırdığımız dili iyi kullanamayıp bir sıkışıklık yaşaması.
” Kaynak: 18 ay sonra okullar açıldı: Türkçe bilmeyen Kürt çocuklar için her şey daha zor. |
De plus, selon de nombreuses études, les enfants qui ne reçoivent pas d’enseignement dans leur langue maternelle éprouvent de multiples difficultés scolaires, notamment l’échec scolaire, l’analphabétisme, la difficulté à comprendre et à analyser leurs lectures, un sentiment d’exclusion à l’école, la phobie sociale, des violences dont ils sont victimes, de la part de leurs amis, de leur famille ou de leurs enseignants, l’introversion, une régression du langage, un semi-bilinguisme et un manque de confiance en soi. Malheureusement, chacun de ces problèmes engendre un traumatisme profond chez l'enfant. Ce traumatisme infantile peut se transformer en traumatisme social à l'âge adulte. Comme l'éducation est un processus impliquant non seulement l'enfant, mais aussi sa famille et son environnement, l'apparition d'un traumatisme social est inévitable. Quelles sont les répercussions de ce traumatisme sur la société ? Les familles abandonnent leur langue maternelle pour leur propre sécurité et celle de leurs enfants, se coupent de leur culture et de leur mémoire collective, quittent leur ville et se retrouvent confrontées à une stagnation, faute de maîtriser la langue qu'elles considèrent comme une langue seconde.
Source : Réouverture des écoles après 18 mois : «Tout est plus difficile pour les enfants kurdes qui ne parlent pas turc». |
Le constat est lourd. Dans de telles conditions, il n’est pas surprenant que 40 % de la population kurde
était en 2000 analphabète, particulièrement les femmes. Selon un rapport publié par le Turkish Daily News (26 juin 2000) à Diyarbakir, la principale ville kurde, 61,4 % des jeunes filles âgées de 7 à 13 ans ne seraient pas scolarisées. Le document indique que le taux de scolarisation en primaire
était de 68,9 % dans l’Est kurde et de 70,9 % dans le Sud-Est kurde, alors que ce taux montait à 89,03 % dans toute la Turquie. Quant au secondaire, le taux descendait jusqu’à 28,2 % dans le Sud-Est et n’atteignait que 33 % dans le Sud, contre 53,1 % de moyenne générale en Turquie. En ce qui concerne le lycée, la moyenne nationale
était de 38,7 % en Turquie, mais cette moyenne descendait à 25,8 % à l’Est et à 18,7 % au Sud-Est. En ce qui a trait aux études supérieures, le taux atteignait 3,8 % de fréquentation dans le Sud-Est et 10,9 % dans l’Est, alors que la moyenne nationale
était de 22,8 % pour toute la Turquie.
Bref, le rapport, établi selon les données de l’Institut d’État des statistiques (DIE), de l’Organisation de la planification de l’État (DPT), de la Banque mondiale et de l’UNICEF, montrait que «dans le domaine de l’éducation et de la culture, aussi bien que dans les autres domaines, l’Anatolie du Sud-Est est la région qui a le moins bénéficié des réformes lancées depuis la fondation de la république de Turquie».
Certes, la situation s'est améliorée
en 2026. Étant donné qu'il n'existe pas de statistiques officielles en Turquie
mesurant un pourcentage d'enfants kurdes analphabètes, les autorités turques ne
recensent pas la population selon des critères ethniques. L'analphabétisme
persiste néanmoins de manière disproportionnée dans les régions du Sud-Est et de
l'Est, là où la population kurde est majoritaire. Le taux d'alphabétisation y
baisse aux alentours de 80,4 %, soit un taux d'analphabétisme d'environ 20 %, En
résumé, si la grande majorité des enfants kurdes apprennent à lire et à écrire
en turc à l'école obligatoire, une part importante d'entre eux grandit en
situation d'analphabétisme vis-à-vis de la langue kurde, qui n'est pas intégrée
de manière globale dans le système d'éducation officiel.
- Des cours optionnels limités
Pour l'année scolaire 2025-2026, environ 59 372 élèves des collèges publics en Turquie (pour la plupart d'origine kurde)
avaient reçu un enseignement de la langue kurde dans le cadre de cours électifs et optionnels. De ce nombre, 50 809 recevaient leurs cours en kurmandji et 8563 en zazaki. Comprenons qu'aucun enseignement général ou public n'est offert entièrement en kurde comme langue d'enseignement. Des millions d'enfants kurdes se retrouvent ainsi scolarisés sans accès à un programme dans leur langue maternelle. Il ne s'agit pas d'un système d'éducation complet offert en kurde, mais de cours optionnels (deux heures par semaine) introduits depuis 2012 en vertu du programme «Langues et dialectes vivants» pour les classes de la 5e à la 8e année (collège).
Le turc reste la seule langue d'enseignement obligatoire reconnue pour le tronc commun de la scolarité publique. Les demandes d'une scolarisation complète en kurde se heurtent à des barrières administratives et politiques ancrées. Le ministère de l'Éducation ne nomme qu'un nombre très restreint d'enseignants de kurde par rapport aux besoins réels, ce qui crée une pénurie persistante d'enseignants qualifiés.
- Le traité de Lausanne
Finalement, seul le traité de Lausanne de 1923 protège officiellement certaines minorités historiques (notamment les Arméniens et les Grecs), qui disposent de leurs propres établissements scolaires communautaires où leur langue est enseignée de manière plus spécifique. Bien que le traité protège globalement les minorités «non musulmanes» sans les nommer explicitement, l'État turc l'a historiquement appliqué à trois groupes officiels : les Grecs, les Arméniens et les Juifs.
L'article 40 garantit aux minorités non musulmanes le droit égal de créer, diriger et contrôler leurs propres écoles, avec le droit d'y utiliser librement leur propre langue:
| Article 40
Les ressortissants turcs appartenant à des minorités non musulmanes jouiront du même traitement et des mêmes garanties en droit et en fait que les autres ressortissants turcs. Ils auront notamment un droit égal à créer, diriger et contrôler à leurs frais les institutions charitables, religieuses ou sociales, les écoles et autres établissements d'enseignement et d'éducation, avec le droit d'y faire librement usage de leur propre langue et d'y exercer librement leur religion. |
L'article 41 oblige l'État turc à accorder des «facilités appropriées» pour assurer que l'enseignement soit donné dans leur langue maternelle dans les villes où réside une proportion considérable de ces minorités.
| Article 41
En matière d'enseignement public, le gouvernement turc accordera dans les villes et districts où réside une proportion considérable de ressortissants non musulmans, des facilités appropriées pour assurer que dans les écoles primaires l'instruction soit donnée dans leur propre langue aux enfants de ces ressortissants turcs. Cette stipulation n'empêchera pas le gouvernement turc de rendre obligatoire l'enseignement de la langue turque dans lesdites écoles.
Dans les villes ou districts où existe une proportion considérable de ressortissants turcs appartenant à des minorités non musulmanes, ces minorités se verront assurer une part équitable dans le bénéfice et l'affectation des sommes qui pourraient être attribuées sur les fonds publics par le budget de l'État, les budgets municipaux ou autres, dans un but d'éducation, de religion ou de bienfaisance.
Les fonds en question seront versés aux représentants qualifiés des établissements et institutions intéressés. |
En application de ces articles, l'enseignement pour les communautés grecque et arménienne s'articule aujourd'hui autour d'écoles minoritaires privées à statut spécial : les écoles arméniennes et grecques (principalement situées à Istanbul) appliquent un programme d'éducation bilingue. Les matières liées à la culture, à la littérature et à la religion sont enseignées en arménien ou en grec, tandis que l'histoire, la géographie et la langue turque sont obligatoirement enseignées en turc. Bien que le traité prévoie des subventions publiques proportionnelles, ces écoles fonctionnent majoritairement sur les budgets de leurs propres fondations communautaires.
Malgré la protection internationale du traité de Lausanne, ces systèmes d'éducation font face à d'importantes contraintes administratives et démographiques imposées au fil des décennies par les politiques nationales. Ainsi, à la suite des tensions géopolitiques du XXe siècle (pogroms de 1955, expulsions, pressions nationalistes), la population grecque d'Istanbul s'est effondrée. Faute d'élèves, la quasi-totalité des écoles grecques a dû fermer. La communauté arménienne conserve un réseau plus actif (une vingtaine d'écoles à Istanbul), mais fait aussi face à une baisse des effectifs.
De plus, le ministère de la Jeunesse et des Sports et de l'Éducation nationale turc impose que, pour s'inscrire dans ces écoles, l'enfant doit obligatoirement avoir un père ou une mère de nationalité turque officiellement enregistré(e) comme membre de cette minorité. Les enfants grecs ou arméniens sous le statut de «résidents étrangers» (ex. les enfants d'expatriés d'Arménie ou de Grèce) ne peuvent y être inscrits que comme «élèves invités», sans obtenir de diplôme officiel. Par ailleurs, l'État turc a depuis longtemps nommé des sous-directeurs adjoints musulmans dans ces établissements pour en superviser la gestion administrative et politique. De plus, la formation des enseignants et l'approbation des manuels scolaires dans les langues minoritaires souffrent régulièrement de lourdeurs bureaucratiques.
Au final, les autorités font tout ce qu'elles peuvent pour alourdir les conditions bureaucratiques et financières existantes et s'organisent pour qu'il n'y ait pas d'enseignants disponibles dans les langues minoritaires.
5.6 Les enseignants
Puisqu'il n'existe pas d'écoles minoritaires kurdes reconnues en Turquie, cela rend la question de la qualification de leurs enseignants indissociable d'un système public très restrictif. Adoptée à l'origine en 2007 (en remplacement de l'ancienne loi n° 625), la Loi n° 5580 sur les établissements d'enseignement privés sert de texte fondamental pour encadrer le fonctionnement, le contrôle et le recrutement du personnel au sein de toutes les établissements d'enseignement «privés» (comme toutes les écoles minoritaires) du pays (écoles, centres de formation, auto-écoles, etc.). L'article 8 de la loi impose des contraintes aux enseignants et aux autorités scolaires, notamment en matière de langue turque:
Article 8
Personnel affecté aux établissements
Il est essentiel que les services pédagogiques et administratifs des établissements soient assurés par les administrateurs et le personnel enseignant dont la fonction principale est au sein de ces établissements.
[...]
Les fondateurs et directeurs d'écoles offrant un enseignement dans une autre langue que le turc, qui sont créées par des étrangers doivent proposer à la préfecture un citoyen turc qualifié pour enseigner le turc ou la culture turque et maîtrisant la langue d'enseignement, afin de le nommer directeur adjoint turc aux fins de l'obtention d'un permis de travail.
Si aucun enseignant de turc ou de culture turque ne maîtrise la langue d'enseignement, cette fonction peut également être confiée à un citoyen turc ayant reçu une formation spécialisée dans la langue d'enseignement de l'école.
Si l'école ne présente pas cette proposition dans un délai d'un mois malgré un avertissement, la préfecture sélectionnera et nommera un directeur adjoint turc parmi les enseignants répondant aux critères susmentionnés. |
La loi a d'ailleurs fait l'objet d'une mise à jour majeure plus récente par la loi n° 7590, publiée au Journal officiel le 31 juillet 2026. Cette révision récente a introduit plusieurs changements importants. L'application d'un programme scolaire non adapté ou non approuvé par le Ministère pour un type d'établissement entraîne désormais le retrait direct de la licence d'exploitation. Il est désormais formellement interdit d'inscrire ou d'offrir un enseignement à des enfants de nationalité turque au sein des écoles internationales. Puis des conditions de nomination d'enseignants ont été assouplies en supprimant l'obligation d'équivalence stricte avec les affectations du secteur public, au profit de critères axés sur les compétences et les diplômes spécifiques déterminés par le ministère.
- Les enseignants arméniens et grecs
Les enseignants dans les écoles minoritaires pour les communautés arménienne, grecque et juive doivent faire face à des défis structurels, politiques et administratifs majeurs, ce qui limite le potentiel pédagogique global, malgré le dévouement des communautés locales. Les enseignants des matières propres (langue minoritaire, religion, histoire communautaire) à une minorité concernée. Cependant, ces écoles souffrent d'une pénurie chronique d'enseignants qualifiés capables d'enseigner dans leur langue maternelle (comme l'arménien ou le grec occidental) en raison du déclin démographique des communautés et du manque de filières universitaires dédiées à la formation de ces professeurs en Turquie. Les enseignants des matières obligatoires (langue turque, histoire de la Turquie, géographie) et les directeurs adjoints ("Türk müdür başyardımcısı") doivent impérativement être donnés par des professeurs de nationalité turque nommés directement par l'État.
Le contrôle politique strict de ces fonctionnaires crée des tensions idéologiques au sein des établissements, car l'environnement pédagogique est altéré par l'orientation de plus en plus nationaliste et religieuse du système d'éducation turc. Des rapports d'organisations de défense des droits de l'homme (comme le "Minority Rights Group") soulignent que les enseignants nommés par l'État véhiculent parfois des manuels scolaires où les minorités sont stéréotypées négativement ou marginalisées historiquement. De plus, les enseignants des minorités doivent souvent composer avec un manque criant de matériel pédagogique mis à jour dans leur propre langue. Les traductions des programmes officiels turcs prennent du retard, forçant le corps enseignant à improviser ou à utiliser des méthodes traditionnelles, ce qui bride l'innovation pédagogique. Bref, si les écoles minoritaires à Istanbul tentent de préserver un niveau scolaire décent grâce aux financements de leurs fondations communautaires, la qualité globale de l'enseignement est étouffée par la bureaucratie d'État, les restrictions de recrutement basées sur l'identité ethnico-religieuse, et les pressions politiques qui nuisent à l'indépendance des professeurs.
- Les enseignants kurdes
Rappelons que, depuis 2012, les écoles publiques proposent le kurde comme matière facultative (deux heures par semaine) en classe de 5e et de 6e. Quelques universités publiques turques (comme à Diyarbakır ou à Mardin) ont ouvert des départements de langue et littérature kurdes pour former des enseignants diplômés et compétents. En dépit de l'intérêt croissant des élèves (près de 60 000 inscriptions enregistrées pour l'année scolaire 2025-2026), le ministère de l'Éducation nationale turc n'attribue chaque année qu'un nombre dérisoire de postes officiels d'enseignants de kurde. Les cours sont ainsi régulièrement annulés faute de personnel nommé, forçant des enseignants qualifiés à rester sans emploi ou à se reconvertir.
Les enseignants d'origine kurde qui enseignent des matières standards (comme l'histoire ou la littérature) au sein du programme national général sont soumis à une forte pression institutionnelle. Les rapports sociologiques indiquent que ces enseignants doivent constamment naviguer entre l'idéologie nationaliste turque obligatoire du programme officiel et la réalité culturelle de leurs élèves. Beaucoup choisissent de dissimuler leur identité ou d'éviter les sujets sensibles pour écarter tout risque de sanctions administratives ou de pressions de la part de leur hiérarchie. Face aux barrières de l'enseignement public, des associations culturelles indépendantes et des centres privés organisent des cours de langue et de culture kurdes. Bien que les formateurs et enseignants y soient souvent des professionnels passionnés et hautement qualifiés, ils opèrent dans une insécurité financière chronique et font face à une surveillance administrative stricte, limitant la portée de leurs programmes pédagogique.
5.7 L'enseignement de la religion
En Turquie, selon l'article 24 de la Constitution de 1982 (2020), l'enseignement de la religion à l'école publique est obligatoire sous l'intitulé «Liberté de religion et de conscience»:
Article 24
Liberté de religion et de conscience
1) Toute personne a droit à la liberté de conscience, de croyance et de conviction religieuses.
2) Le culte, les rites et les cérémonies religieuses sont libres, pourvu qu'ils ne contreviennent pas aux dispositions de l'article 14.
3) Nul ne peut être contraint de participer au culte, aux rites ou aux cérémonies religieuses, ni d'exprimer ses croyances et convictions religieuses ; nul ne peut être condamné ou accusé en raison de ses croyances et convictions religieuses.
4) L'instruction religieuse et morale est offerte sous la supervision et le contrôle de l'État. L'enseignement religieux et moral fait partie des matières obligatoires enseignées dans les établissements d'enseignement primaire et secondaire. L'instruction religieuse offerte en dehors de ce cadre relève de la seule volonté de chacun et, dans le cas des mineurs, de la demande de leur représentant légal.
5) Nul ne peut exploiter ou détourner de quelque manière que ce soit la religion, les sentiments religieux ou les choses considérées comme sacrées par la religion, dans le but de fonder, même partiellement, l'ordre social, économique, politique ou juridique fondamental de l'État sur des règles religieuses, ou dans le but d'obtenir un avantage ou une influence politique ou personnelle. |
- Une matière obligatoire
L’article 12 de la Loi fondamentale n° 1739 sur l'éducation (1973-1983) prescrit que la culture religieuse et l’éducation morale font partie des matières obligatoires enseignées dans les écoles primaires et les établissements d’enseignement secondaire et supérieur, ce qui inclut en principe les écoles des minorités.
| Article 12
La laïcité est le fondement de l'éducation nationale turque.
La culture religieuse et l'enseignement moral font partie des matières obligatoires enseignées dans les écoles primaires et les lycées, ainsi que dans les écoles de même niveau. |
À la suite de la décision n° 1 du 9 juillet 1990 de la part du Haut-Conseil de l’éducation, il existe une possibilité de dispense :
| À la suite de la proposition du ministère de l'Éducation, les élèves de nationalité turque et adhérant à la religion chrétienne ou juive, qui fréquentent les écoles primaires et secondaires, à l'exception des écoles affiliées aux minorités, ne sont pas obligés de suivre le cours de culture religieuse et connaissance morale à condition qu'ils attestent leur adhésion à ces religions. Cependant, si ces élèves veulent suivre ce cours, ils doivent présenter une demande écrite de la part de leur représentant légal. |
Selon le ministère de l’Éducation, cette possibilité d’exemption est également ouverte aux membres des minorités non musulmanes et non reconnues par le traité de Lausanne.
- L'islam et les écoles chrétiennes
Bien que la Turquie compte de multiples communautés religieuses, les cours présentent de manière quasi exclusive l'islam sunnite (notamment de tradition hanéfite). Les programmes n'abordent pas les religions ou les différentes branches de l'islam dans leur réelle pluralité. La Cour européenne des droits de l'homme a estimé que le système turc protège difficilement la liberté de conscience, les dispenses étant historiquement très limitées et réservées principalement aux enfants de minorités chrétiennes et juives reconnues. En somme, les orientations pédagogiques récentes intègrent davantage de valeurs morales et spirituelles dites «nationales» au détriment parfois du tronc scientifique laïc historique, ce qui suscite des inquiétudes parmi les défenseurs de la laïcité.
Par exemple, les alévis, qui représentent une part importante de la population turque, s'opposent depuis fort longtemps au caractère obligatoire de ce cours de religion, estimant qu'il ne reflète pas leur propre conception de l'islam. Dans les 24 établissements scolaires de Turquie liés à des minorités chrétiennes, c'est une baisse marquée des inscriptions qui menace leur survie. Ces écoles appartiennent principalement aux minorités reconnues (arménienne, grecque-orthodoxe) et possèdent un héritage ancien, remontant souvent au XIXe siècle. Non seulement le nombre d'élèves diminue en raison de l'émigration et du déclin démographique des communautés chrétiennes locales, mais les institutions religieuses et les écoles privées font face à un contrôle strict et à des blocages administratifs de longue date.
Les autorités turques effectuent des inspections très strictes dans les établissements scolaires rattachés aux minorités chrétiennes encore en activité. Face à des obstacles comme le filtrage de l'inscription des élèves, ces écoles font évidemment face à une baisse sensible de leurs effectifs. Un autre obstacle concerne le recours aux lois de zonage : des municipalités utilisent des règlements d'urbanisme pour reclasser des terrains appartenant à des fondations chrétiennes (notamment arméniennes) en «espaces verts». Cette méthode administrative asphyxie financièrement les églises locales, qui tirent leurs revenus de ces parcelles pour financer leurs œuvres caritatives et scolaires. Depuis quelques années, le gouvernement turc cible les responsables et enseignants chrétiens étrangers (notamment dans la mouvance protestante évangélique) au nom de la «sécurité nationale».
Bien que de nature différente, les lycées français de Turquie (Pierre-Loti à Istanbul et Charles-de-Gaulle à Ankara) — historiquement liés à une tradition francophone et laïque, ils sont désormais perçus en Turquie dans le sillage des écoles confessionnelles occidentales — ont subi un bras de fer majeur. Les autorités turques ont interdit toute nouvelle inscription d'élèves de nationalité turque dans ces établissements, exigeant en contrepartie une stricte réciprocité pour ouvrir des écoles turques en France et un contrôle des programmes français.
En conclusion, la Turquie fait tout pour homogénéiser le pays en le rendant exclusivement turcophone et sunnite.
6 Les langues dans les médias
La Turquie n'est pas réputée pour sa liberté de presse. Non seulement la plupart des journalistes sont inféodés au pouvoir en place (parce qu'ils n'ont guère le choix), mais le Code pénal turc (2004-2014) interdit encore d'insulter, de mépriser ou de rabaisser publiquement la "nation turque" (ou l'identité turque), l'État, le gouvernement, l'armée et les forces de sécurité turques (art. 301):
Article 301 (2008)
1) Quiconque insulte publiquement la nation turque, la République de Turquie, la Grande Assemblée nationale de Turquie, le gouvernement de la république de Turquie et les organismes judiciaires de l'État, est passible d'une peine d'emprisonnement de six mois à deux ans.
2) Quiconque insulte publiquement les forces armées ou les forces de sécurité de l'État est passible des mêmes peines que celles prévues au premier paragraphe.
3) Les propos d'opinion tenus à des fins de critique ne constituent pas une infraction.
4) L'enquête relative à cette infraction est soumise à l'autorisation du ministre de la Justice. |
Cet article 301 du Code pénal turc est devenu le symbole d'une «liberté d'expression sous surveillance» en Turquie. En raison de la pression exercée par la Commission européenne depuis l'ouverture des négociations d'adhésion en 2005, le gouvernement turc a finalement modifié en avril 2008 l'article 301 du Code pénal par la loi n° 5759. Alors que l'ancienne version de cette disposition permettait de pénaliser toute attaque contre l'identité turque ou la turcité, un terme jugé ambigu, la nouvelle version réprime les insultes visant «la nation turque». L'article 301modifié impose toujours d’obtenir un accord du ministre de la Justice, alors que la peine de prison maximale est réduite de trois à deux ans.
6.1 La liberté d'expression sous haute surveillance
En réalité, le gouvernement turc se sert du prétexte de la «lutte contre le terrorisme» pour suspecter et accuser nombre de journalistes de «menaces à la sécurité nationale». C'est ainsi que des dizaines de journalistes sont régulièrement arrêtés et emprisonnés, surtout lorsqu'ils traitent de la «question kurde». Selon l'organisme "Reporters sans frontière", la Turquie occupait la 163e place sur 180 dans le «Classement mondial 2025» quant à la liberté de la presse, et il ne semble pas y avoir une quelconque amélioration en ce domaine.
La censure reste très forte dans ce pays et la plupart des journaux se doivent de ne jamais être très éloignés des positions du pouvoir en place. Parmi les sujets limitant la liberté d'expression, citons les références au terrorisme, à la sécurité nationale, l'identité turque, la mémoire d'Atatürk, l'ordre public, la langue turque, l'intégrité territoriale. Les journalistes qui ne soutiennent pas ouvertement ces principes fondamentaux et inaliénables sont suspectés de diffuser des «thèses séparatistes» (pro-kurdes) et aussitôt emprisonnés pour «atteinte à la sécurité de l'État». Gare aux journalistes qui soutiennent les droits de la personne quand celle-ci est kurde! Les véritables craintes du gouvernement turc, dirigé de fait par
Recep Tayyip Erdoğan, s’articulent autour d'une doctrine de «sécurité nationale» obsessive marquée par le «syndrome de Sèvres», la peur historique d'un démantèlement du pays, et par le traumatisme de la tentative de coup d'État de 2016.
Selon l'organisme Reporters sans frontière, les arrestations arbitraires, les passages à tabac et les tortures sont encore monnaie courante quand il s’agit de réprimer l’information sur la question kurde. Malgré les engagements du gouvernement, les pressions sur les médias n’ont en rien diminué. Au contraire, alors que, tous les jours, les journalistes turcs font déjà face à l'arbitraire policier, un nouveau «paquet de réformes sur la sécurité intérieure» prévoit d’étendre les pouvoirs des forces de l’ordre. Pour les observateurs, la Turquie demeure «l’une des plus grandes prisons au monde pour les journalistes».
6.2 La législation turque
Il y a d'abord la Loi sur les crimes commis contre Atatürk (1951) qui demeure toujours en vigueur. Aussi appelée familièrement «loi de protection d'Atatürk», elle continue d'être régulièrement appliquée par les tribunaux turcs pour poursuivre et condamner les auteurs d'infractions liées à la mémoire du fondateur de la République:
Article 1
1) Quiconque insulte ou profane publiquement la mémoire d'Atatürk est passible d'une peine d'emprisonnement d'un à trois ans.
2) Quiconque détruit, brise, endommage ou profane les statues, bustes et monuments représentant Atatürk, ou son tombeau est passible d'une peine d'emprisonnement sévère d'un à cinq ans. |
- Les anciennes lois
Entre 1980 et 1983, le gouvernement militaire a adopté plusieurs lois interdisant formellement l'usage de la langue kurde et la possession de documents écrits ou sonores en kurde. L'article 2 de la Loi n° 2932 sur les publications en d'autres langues que le turc (1983, abrogée) était on ne peut plus claire au sujet des publications dans une autre langue que la première langue officielle des États reconnus par l'État turc:
| Article 1er
Objet et champ d'application
Afin de sauvegarder l'intégrité indivisible de l'État avec son territoire et sa nation, la souveraineté nationale, la République, la sécurité nationale, l'ordre public, la présente loi réglemente les procédures et les principes relatifs à l'interdiction de l'usage des langues pour divulguer et diffuser les opinions.
Article 2 [abrogé]
Langues qui peuvent être utilisées pour divulguer et diffuser des opinions
1) Il est interdit de diffuser et de divulguer des opinions dans une autre langue que la première langue officielle des États reconnus par l'État turc.
2) Sont réservées les dispositions relatives aux traités internationaux dont la Turquie est à partie, à l'éducation, à l'enseignement, aux recherches scientifiques et aux publications des établissements publics. |
Bien que cette loi n° 2932 ait été abrogée en 1991, même si l'interdiction des langues a été levée, ce qui permet en principe la parution de journaux en kurde, ceux-ci sont régulièrement perquisitionnés, contraints de cesser périodiquement leur publication ou bien des poursuites judiciaires sont intentées contre des journalistes. La politique de censure pratiquée par l’État turc a pour effet de faire constamment disparaître des journaux qui sont remplacés par d’autres. En fait, aucune de ces publications n'a pu survivre longtemps parce que les procureurs de l'État ont toujours trouvé des prétextes pour les fermer.
Une autre loi abrogée en 2011, la Loi sur la création et la diffusion des stations de radio et de télévision de 1994), elle restreignait l'usage des langues, puisqu'elle exigeait l'emploi du turc dans les émissions de radiotélévision :
| Article 4
p) hormis le temps d'antenne consacré aux actualités, aux programmes sportifs et aux publicités, les diffuseurs doivent veiller à ce qu'au moins la moitié de leur temps de diffusion soit dédiée aux productions nationales. Ce ratio doit être atteint progressivement, en tenant compte des attentes des téléspectateurs et des responsabilités du diffuseur en matière d'information, d'éducation, de culture et de divertissement, tout en précisant les types et la durée des émissions ainsi que leurs exigences minimales de qualité.
[...]
t) Les émissions de radio et de télévision doivent être diffusées en turc ; toutefois, les langues étrangères pourront être employées à des fins d’enseignement ou de transmission d’informations, contribuant ainsi à la création d’œuvres culturelles et scientifiques universelles ; le turc doit être employé comme langue parlée sans extrémisme, sans en dénaturer les caractéristiques et les règles ; il doit être développé et enrichi en tant que langue contemporaine de l'éducation et de la science, élément fondamental de l’unité et de l’intégrité nationales. |
- La crainte maladive à la sécurité
Le 17 mars 2003, le Service de radiotélévision publique des États-Unis, le Public Broadcasting Service - PBS, a diffusé une émission de télévision signalait ce qui suit:
| Version originale anglaise
Kurds in Turkey are not permitted to put up any signs or publish newspapers in their own language. Kurdish names considered provocative may not be given to Kurdish children. Last year, Turkey lifted some of the restrictions on the use of the Kurdish language in accordance with requirements for entering the European Union, a long-time goal of Turkish officials; but there is still only limited Kurdish programming available on radio and TV. |
Traduction
Les Kurdes, en Turquie, n'ont pas le droit d'afficher ou de publier des journaux dans leur propre langue. Les enfants kurdes ne peuvent recevoir de noms kurdes, jugés provocateurs. L'an dernier, la Turquie a levé certaines restrictions concernant l'usage de la langue kurde, en conformité avec des exigences d'acceptation dans l'Union européenne, ce que désirent les autorités turques depuis longtemps; mais la programmation kurde disponible à la radio et à la télévision est toujours limitée. |
Or, la situation n'a guère changé vingt ans plus tard, sauf
quelques améliorations d'ordre cosmétique. La programmation en langue kurde à la
radio et à la télévision en Turquie reste soumise à des restrictions et à un
contrôle politique strict, malgré l'autorisation officielle de la chaîne publique TRT Kurdi et l'assouplissement des lois initiales des années 2000. L'État turc est toujours englué dans la crainte maladive pour sa sécurité. Depuis plusieurs décennies, il était interdit en Turquie de publier des informations dans une autre langue que le turc. L'article 3 de la Loi n° 5187 sur la presse (2004-2012) peut servir de prétexte pour interdire n'importe quelle publication en raison notamment de la moralité publique, de la sécurité nationale, de l'ordre public, de la sûreté publique et de l'intégrité territoriale :
| Article 1
Objet et champ d'application
La présente loi a pour objet de réglementer la liberté de la presse et son exercice.
Elle s'applique à l'impression et à la publication d'ouvrages imprimés.
Article 3
Liberté de la presse
La presse est libre. Cette liberté comprend les droits d'obtenir, de diffuser, de critiquer et de commenter l'information, ainsi que de créer des œuvres.
L'exercice de la liberté de la presse ne peut être restreint que conformément aux exigences d'une société démocratique ; pour la protection de la réputation et des droits d'autrui, de la santé et de la moralité publiques, de la sécurité nationale, de l'ordre public, de la sûreté publique et de l'intégrité territoriale ; pour la prévention de la divulgation de secrets d'État ou de la commission d'infractions ; et pour la garantie de l'autorité et de l'impartialité du pouvoir judiciaire. |
Plus récemment, la Loi n° 6112 sur la création et les services de radiodiffusion et de télévision (2011-2026) revenait sur les mêmes obsessions de la réglementation qui interdit de porter atteinte à l’intégrité indivisible de l’État, de son territoire et de sa nation ni aux principes et réformes d’Atatürk:
| Article 5
Langue de diffusion
Les services de radiodiffusion doivent être assurés en priorité en turc. Toutefois, la diffusion est également autorisée dans d'autres langues et dialectes. Les émissions doivent être réalisées conformément aux règles de la langue choisie. Les procédures et principes relatifs à ces émissions sont définis par la réglementation du Conseil suprême.
Article 8
Principes des services de radiodiffusion
1) Les fournisseurs de services de médias sont tenus de fournir des services de radiodiffusion conformément aux principes énoncés dans le présent paragraphe, dans un souci de responsabilité publique. Les services de radiodiffusion :
a) ne peuvent porter atteinte à l’existence et à l’indépendance de la république de Turquie, à l’intégrité indivisible de l’État, de son territoire et de sa nation, ni aux principes et réformes d’Atatürk;
b) ne peuvent inciter à la haine et à l’hostilité au sein de la société ni susciter de sentiments de haine par discrimination fondée sur la race, la langue, la religion, le sexe, la classe sociale, la région ou l’appartenance religieuse;
e) ne peuvent diffuser ni encourager des émissions discriminatoires ou dénigrantes envers des personnes en raison de leur race, leur couleur, leur langue, leur religion, leur nationalité, leur sexe, leur handicap, leurs opinions politiques ou philosophiques, leur appartenance religieuse ou pour des motifs similaires;
m) doivent garantir un usage correct, harmonieux et compréhensible du turc, sans en altérer les caractéristiques ni les règles ; l’usage d’un langage familier, vulgaire ou argotique est interdit. |
En même temps, la loi insiste toujours de protéger la langue turque, comme si elle était en danger. Le paragraphe m) de l'article 8 exige de garantir «un usage correct, harmonieux et compréhensible du turc, sans en altérer les caractéristiques ni les règles». Mais «l’usage d’un langage familier, vulgaire ou argotique est interdit». Or, cette loi doit aussi permettre l'usage «d'autres langues et dialectes» que le turc. Le terme de «dialecte» est choisi à bon escient afin de marquer la hiérarchie du turc sur les autres langues.
Le Règlement n° 27405 sur les émissions de radio et de télévision dans les langues et dialectes traditionnellement utilisés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne (2009) est plus révélateur. L'article 4 énonce que les «différentes langues et dialectes traditionnellement employés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne» sont assujettis à l'autorisation du Conseil suprême de la radiotélévision. Évidemment, toute une bureaucratie est prévue pour administrer ou plutôt filtrer les demandes d'autorisation qui ne sont accordées qu'avec parcimonie:
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Article 4
Autorisation requise
La diffusion, par les organismes de radio et de télévision, d'émissions dans les langues et dialectes traditionnellement utilisés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne est assujettie à l’autorisation du Conseil suprême, conformément aux dispositions du présent règlement. Toute diffusion dans ces langues et dialectes est interdite sans cette autorisation.
Article 5
Application
Les organismes de radio et de télévision qui souhaitent diffuser d'émissions dans les langues et dialectes traditionnellement utilisés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne doivent obtenir cette autorisation. Les organismes de radiodiffusion doivent soumettre au Conseil suprême une résolution de leur conseil d'administration précisant les langues et/ou dialectes dans lesquels ils souhaitent diffuser, les types d'émissions à diffuser dans ces langues et dialectes, leur placement dans la grille d'émissions quotidiennes et leurs plans de diffusion mensuels.
Article 6
Évaluation et autorisation
1) Les demandes des organismes de radiodiffusion souhaitant diffuser dans différentes langues et dialectes traditionnellement utilisés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne sont évaluées par le Conseil suprême, en tenant compte de la zone de diffusion, des capacités techniques et des autres organismes diffusant dans la langue et le dialecte demandés. Si la demande est jugée recevable, l'autorisation de diffuser dans ces langues et dialectes est accordée.
2) Les organismes de radiodiffusion qui ne sont pas autorisés à diffuser dans différentes langues et dialectes sont exemptés d'autorisation pour la diffusion d'œuvres musicales individuelles et la diffusion de films non continus, compte tenu de leurs plans de diffusion quotidiens, mensuels et annuels.
Article 7
Principes de diffusion
Les organismes ayant obtenu l'autorisation du Conseil suprême de diffuser des émissions dans différentes langues et dialectes traditionnellement utilisés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne sont tenus de respecter la loi n° 3984 et les règlements pris en application de cette loi, ainsi que les autres obligations stipulées par le Conseil suprême. |
La Loi portant modification de la loi sur la presse et de certaines autres lois (2022) est de la même eau concernant la fameuse sécurité intérieure et extérieure du pays et l'ordre public:
Article 217/A
1) Quiconque diffuse publiquement de fausses informations concernant la sécurité intérieure et extérieure du pays, l'ordre public et la santé publique, dans le seul but de semer l'anxiété, la peur ou la panique au sein de la population, de manière à troubler l'ordre public, est puni d'une peine d'emprisonnement d'un à trois ans.
2) Si l'auteur de l'infraction commet ce délit en dissimulant sa véritable identité ou dans le cadre des activités d'une organisation, la peine prévue au premier alinéa est majorée de moitié. » |
D'un côté, ces dernières lois ont brisé un tabou historique en permettant d'entendre des langues autres que le turc à la radio et à la télévision. Elles ont permis aux minorités, en particulier kurdophones, d'accéder à des émissions dans leur langue maternelle en favorisant la préservation de leur patrimoine culturel.
L'article 8-A de la Loi n° 5651 sur la réglementation des publications sur Internet et la lutte contre les infractions commises par le biais de ces publications (2007-2026) devait encore respecter les us et coutumes des autorités turques:
Article 8-A
Suppression de contenu et/ou de blocage de l'accès en cas de risque de retard
1) Pour un ou plusieurs des motifs suivants : la protection du droit à la vie et à la sécurité des personnes et des biens, la protection de la sécurité nationale et de l’ordre public, la prévention de la criminalité ou la protection de la santé publique, le président peut décider de supprimer un contenu et/ou de bloquer l’accès à des publications sur Internet, soit à la demande d’un juge, soit, en cas de risque de retard, à la demande de la présidence ou des ministères compétents en matière de sécurité nationale et d’ordre public, de prévention de la criminalité ou la protection de la santé publique. Le président notifie immédiatement cette décision aux fournisseurs d'accès et aux hébergeurs et fournisseurs de contenu concernés. La décision de supprimer du contenu et/ou de bloquer l'accès est mise en œuvre immédiatement et au plus tard dans les quatre heures suivant sa notification. |
Encore une fois, la loi n° 5651 sur la réglementation des publications sur Internet renforce la censure en ligne et restreint la liberté d'expression de tous les groupes marginalisés en Turquie. Les vagues d'arrestations visant des journalistes travaillant pour des médias kurdes et le blocage de sites Internet demeurent fréquentes. En effet, cette loi permet aux autorités turques de bloquer des sites web, de supprimer des contenus et de contraindre les réseaux sociaux à obéir rapidement aux ordres de retrait du gouvernement, ce qui réduit l'espace d'expression pour les voix dissidentes ou minoritaires. D'ailleurs, les dispositions de la loi et ses amendements successifs ciblent la dissidence et la diffusion d'informations jugées dangereuses ou contraires à l'ordre public, limitant la capacité des minorités (ethniques, religieuses ou sexuelles) à documenter et partager leurs vécus ou des signalements de discrimination. Bref, les organisations de défense des droits de la personne estiment que le renforcement des pouvoirs de contrôle de l'État sur les plateformes numériques ne protège pas les droits fondamentaux, mais accroît plutôt la vulnérabilité des militants revendicateurs et des journalistes indépendants.
Finalement, selon les coutumes turques plus que centenaires, les diffusions dans les langues minoritaires sont soumises à de sévères restrictions de durée, de contenu et d'horaires. Pendant longtemps, ces diffusions ont été l'apanage des médias publics (comme la chaîne publique TRT-6), ce qui laissait peu de place aux initiatives privées indépendantes. Néanmoins, même dans les entreprises privées, le turc est resté la seule langue obligatoire de communication principale et de promotion institutionnelle, puisque les autres langues sont reléguées au rang d'exceptions étroitement surveillées. Ce qu'on peut retenir, c'est que la législation offre une petite brèche juridique au sein de l'unilinguisme médiatique absolu de l'État turc, tout en maintenant un cadre très protecteur pour le nationalisme officiel qui restreint la liberté totale d'expression des cultures minoritaires.
6.3 La presse écrite
Selon l'article 39 du traité de Lausanne, tout citoyen turc est libre d'utiliser la langue qu'il souhaite, par exemple le kurde, dans le cadre des émissions de radio ou de télévision ou bien pour des publications écrites. De nombreux journalistes turcs, en citant des dispositions du traité de Lausanne, croient maintenant que les citoyens de langue kurde pourraient bénéficier de ces droits. Les autorités estiment que ces journalistes interprètent «de façon erronée» les clauses du traité.
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La plupart des journaux nationaux et régionaux sont publiés en langue turque. Parmi la quarantaine de quotidiens, certains ont des tirages de plus de 15 000 exemplaires: Zaman, Posta, Hürriyet, Sözcü, Sabah, Habertürk, Pas Fotomaç, Türkiye, Milliyet et Fanatik. Quelques quotidiens sont publiés en anglais (Daily Sabah, Today's Zaman, Hürriyet Daily News, Good Mornond Turkey), mais deux sont en arménien (Marmara et Jamanak). |
Les autres journaux sont des périodiques. Outre ceux publiés en turc, on trouve des mensuels en anglais (Made in Turkey), en français (aujourd'hui la Turquie), mais le Ağani Murutsxi est publié en trois langues: en laze (une langue caucasienne), en hemşince (une variété d'arménien) et en romeyka (une variété de grec pontique).
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Un seul journal a été publié en kurde à l'échelle nationale: l'Azadiya Welat. Mais celui-ci a été interdit une bonne dizaine de fois, tandis que la plupart des journalistes ont été emprisonnés sous prétexte qu'ils avaient fait «de la propagande pour une organisation illégale», en l'occurrence le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). |
En réalité, le journal Azadiya Welat («La Liberté de la Patrie») n’existe plus sous sa forme imprimée d'origine en Turquie. Il a été définitivement interdit et fermé par décret-loi le 29 octobre 2016, après avoir été le principal, et pendant longtemps le seul, quotidien de dimension nationale publié exclusivement en langue kurde en Turquie.
Rappelons l'article 28 de la Constitution turque, modifié par la loi n° 4709 du 3 octobre 2001, qui prévoit qu'une publication peut être interdite si elle porte atteinte à la sécurité intérieure ou extérieure de l'État ou son intégrité indivisible du point de vue de son territoire et de la nation :
| Article 28
4) Quiconque écrit ou fait imprimer une information ou un texte qui menace la sécurité intérieure ou extérieure de l'État ou son intégrité indivisible du point de vue de son territoire et de la nation ou qui est de nature à encourager une infraction ou à inciter à l'émeute ou à la rébellion, ou qui se rapporte à. des informations secrètes appartenant à l'État, ou qui, dans le même but, imprime ou livre à autrui un tel texte ou information, en est responsable conformément aux dispositions législatives concernant lesdites infractions.
9) Les périodiques publiés en Turquie peuvent être temporairement suspendus par décision judiciaire en cas de condamnation en raison de publications portant atteinte à l'intégrité indivisible de l'État du point de vue de son territoire et de la nation, aux principes fondamentaux de la République, à la sécurité nationale ou aux bonnes mœurs. Toute publication constituant indéniablement la continuation d'une publication périodique suspendue est interdite; ces publications sont saisies en vertu d'une décision judiciaire. |
D’après des renseignements rapportés par le quotidien turc Milliyet du 21 août 2000, les autorités turques ont même interdit la diffusion de centaines de cassettes dont les textes étaient majoritairement chantés en kurde ou encore par des Kurdes. Les autorités ont motivé leur décision par le fait que la direction générale des droits d'auteur du ministère de la Culture ait annulé «le certificat de gestion de l'œuvre».
Bien qu'un amendement constitutionnel ait été adopté en octobre 2001, les lois sont demeurées vagues sur le droit de publication et de diffusion en langue kurde. Certaines publications en kurde furent tolérées par les autorités, mais leur distribution est restée interdite dans les provinces du Sud-Est, lesquelles sont encore soumises à l'état d'urgence.
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) accuse le gouvernement turc de mener une «vaste offensive» pour faire taire les médias d’opposition en usant d’intimidation et de poursuites judiciaires. D'une part, depuis Atatürk, les autorités turques ont toujours souffert de paranoïa à l'égard de leurs propres minorités. D'autre part, en raison des pressions gouvernementales incessantes, il existe en Turquie une forte culture de l'autocensure, qui crée une information déformée et sape les efforts pour renforcer la démocratie et le pluralisme à tous les niveaux de la société turque.
6.4 La presse électronique
Pour ce qui est de la possibilité d'autoriser des émissions en kurde sur les chaînes nationales de télévision et radio, la question a été évoquée par le Conseil national de sécurité, mais les décisions sont toujours longues avant d'aboutir. Pendant ce temps, des centaines de personnes ont continué d'être arrêtées pour avoir signé une pétition réclamant le droit à l'éducation en kurde, une campagne que les autorités turques affirment être dirigée par le PKK. En août 2002, le Parlement turc a adopté une réforme, dont l'un des avantages était de permettre la diffusion d'informations radiophoniques en kurde.
Les premières diffusions radiophoniques et télévisées en kurde sur Radio 1 et TRT 3 (radio et télévision d'État) ont finalement eu lieu le 9 juin 2004, soit deux ans après le vote autorisant la réforme. La langue kurde disposait au début de quarante minutes d'émissions télévisées et de trente minutes d'émissions radiodiffusées par semaine. L’autorisation a été donnée aux télévisions locales privées d’émettre des programmes en kurde pour le 1er janvier 2006. Néanmoins, il n'existe toujours pas officiellement d'émissions en kurde (kürtçe), mais uniquement en «dialecte» zazaki et en «dialecte» kurmandji (kurmanci).
Selon le Règlement n° 27405 sur les émissions de radio et de télévision dans les langues et dialectes traditionnellement utilisés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne (2009), il faut d'abord savoir qu'un Conseil suprême pour la radio et la télévision est prévu pour accorder les licences de radiodiffusion et de télévision, et pour veiller à ce que les titulaires de licences respectent les dispositions juridiques et réglementaires applicables en matière de radiodiffusion. Par ailleurs, on ne nomme aucune langue minoritaire: on utilise constamment le stéréotype «les divers dialectes et diverses langues traditionnellement employés par les citoyens turcs dans leur vie quotidienne».
Les établissements de radio et de télévision qui détiennent une licence nationale publique et privée de diffusion peuvent produire des émissions dans ces langues et dialectes; les émissions de radio n'excéderont pas 60 minutes par jour pour un total de cinq heures par semaine; les émissions de télévision n'excéderont pas 45 minutes par jour pour un total de quatre heures par semaine. Le paragraphe 5 du même article précise que ces émissions télévisées «devront être accompagnées de sous-titres turcs ou d'une traduction en turc à la fin de chaque programme», alors que, pour les émissions radiophoniques, elles devront être suivies d'une traduction en turc à la fin d'une émission.
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Toutefois, seule la Société publique de radio et télédiffusion (TRT) est autorisée à diffuser ces émissions, car, selon le responsable du RTÜK, «elles ne seront pas contre l'unité indivisible de la Turquie ni contre les principes de la République». Les établissements de diffusion qui ont obtenu une autorisation d'émettre «dans une langue autre que le turc» ne peuvent pas violer la primauté de la loi, les principes de base de la Constitution, les droits et libertés, la sécurité nationale, la moralité générale, les caractéristiques fondamentales de la République telles que présentées dans la Constitution, l'intégrité indivisible de l'État avec son pays et ses citoyens, les principes et les procédures présentés dans les règlements publiés et fondés sur cette loi, les exigences prévues par le Conseil suprême et ses conditions d'autorisation. Que de précautions! |
La Turquie compte près de 500 chaînes de télévision (environ 498
selon les données de l'industrie), ce qui la placerait au 4e rang en Europe. De ce nombre, il n'existe officiellement qu'une seule chaîne de télévision nationale majeure diffusée en continu en langue kurde, TRT Kurdî (anciennement TRT 6), gérée par le groupe public TRT. Cette chaîne qui a été lancée en 2009 diffuse aujourd'hui des .missions 24h/24 dans les variantes kurmandji et zazaki. Plusieurs chaînes privées ou locales (comme la chaîne pour enfants Zarok TV ou des télés régionales basées à Diyarbakır) ont vu le jour par le passé, mais nombre d'entre elles ont fait l'objet de fermetures, de suspensions ou de restrictions administratives de la part des autorités turques notamment après 2016.
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Le kurmandji (kurde du Nord) est la variante kurde ultra-majoritaire à l'antenne; il domine les bulletins d'information, les séries télévisées, les talk-shows et les émissions culturelles sur TRT Kurdî. Le zazaki, bien que classé comme une langue distincte par de nombreux linguistes sur le plan structurel, est historiquement et culturellement lié à l'identité kurde en Turquie; des plages horaires spécifiques lui sont dédiées. Sur TRT Kurdî, on trouve des journaux télévisés et des émissions religieuses ou culturelles traduits ou produits directement en zazaki pour cibler les provinces de l'Est (comme Tunceli, Bingöl ou Diyarbakır). Quant au sorani, il est quasiment absent en Turquie, il n'est donc presque pas utilisé par les chaînes locales ou publiques en Turquie, car la population locale ne le parle pas. |
On peut se demander pourquoi il apparaît si difficile d'obtenir des émissions télévisées en kurde. C’est la législation portant sur le Conseil suprême de l'audiovisuel turc (RTÜK) qui n'autorise pas la création d’une télévision kurde en vertu de ce passage qui énonce que «les émissions de radio et de télévision doivent se faire en langue turque, mais il est également possible de diffuser des informations dans des langues qui ont joué un rôle dans la constitution d’œuvres universelles et scientifiques», ce qui n'apparaît manifestement pas être le cas pour les langues des minorités nationales. En Turquie, les médias sont régis par un système de contrôle permanent. Depuis la levée officielle de l'état d'urgence en juillet 2018, la situation ne s'est guère améliorée.
6.5 La paranoïa collective