Le mot «Kurde» apparaît dans des documents assyriens vers 1000 avant notre ère. Les Assyriens appelaient «Kourti» ou «Kourkhi» le peuple qui vivait sur le mont Azou ou Hizan, situé dans la Turquie actuelle près du lac de Van. Les Kurdes font remonter leurs ancêtres à l'époque des Mèdes, un peuple iranien ancien, voisin des Perses, ce qui ne signifie pas que les Mèdes soient les ancêtres des Kurdes. Durant le Ier millénaire avant notre ère, les Kurdes occupaient un territoire recouvrant le nord-ouest de l'actuel Iran. Ils ont ensuite formé un royaume puissant au début du VIIe siècle. En 612 avant notre ère, les Mèdes conquirent l'Assyrie et étendirent leur domination à l'Iran et à l'Anatolie centrale, donc ce qui comprenait les terres kurdes.

En fait, on ignore quels sont les ancêtres des Kurdes, sinon que la génétique montrerait que ces ancêtres proviendraient d'un mélange entre immigrants indo-européens venus des steppes et des éleveurs locaux de la région des monts Zagros (en Iran) qui avaient déjà adopté une langue iranienne.

4.1 Le début de l'ère kurde

La date de 612 avant notre ère est considérée par les Kurdes comme le début de «l'ère kurde» malgré les pressions exercées par les Mèdes sur eux. Le royaume des Mèdes disparut après la chute du dernier roi mède vers 550 avant notre ère, vaincu par le roi de Perse, Cyrus le Grand qui régna d'environ 559 à 530 avant notre ère. Les Mèdes parlaient une langue iranienne, proche des langues perses anciennes et des langues indo-iraniennes en général, mais les preuves manquent pour prouver un éventuel lien ancestral entre les Mèdes et les Kurdes, bien que les les Kurdes puissent parler aussi une variante occidentale des langues iraniennes.

Après la conquête perse, la Médie devint une province du nouvel Empire perse, mais la religion et la civilisation des Mèdes survivront en Iran jusqu'à l'arrivée d'Alexandre le Grand (356-323); celui-ci vainquit l'Empire perse en 330; les Kurdes passèrent successivement sous le joug des Macédoniens, des Parthes, des Perses sassanides et des Arméniens.

- Un protectorat romain

Lorsque les Romains avancèrent dans les contrées du Proche-Orient, ils se heurtèrent aux régions habitées par des Kurdes, particulièrement à l'ouest et au nord de ce qui deviendra le Kurdistan. C'est ainsi que le royaume kurde de Corduène passa de l'Arménie à l'Empire romain. La Corduène (nom donné par les Romains) est devenue un État vassal de Rome en 66 avant notre ère après que le général romain Lucullus eût aidé les ''Cordueni'' (Kurdes) à se libérer de la domination du roi arménien Tigrane II. Mais les appellations pour désigner ce territoire kurde sont nombreuses:  Corduène, Curduene, Cordyène, Cardyène, Carduène, Gordyène, Gorduène, Gordiane, Korduène, Kurduene, Kordchayk ou Korčayk’; en kurde, c'est Kardox.

Le royaume kurde est resté sous protectorat romain pendant environ quatre siècles, jusqu'en 384 de notre ère. Les territoires ancestraux, situés en haute Mésopotamie et dans le plateau arménien (comme le royaume de Cordouène), servirent de zone tampon entre Rome et la Perse pendant plusieurs siècles.  Les Romains ont souvent enrôlé ces peuples montagnards, réputés pour leurs talents de guerriers et d'archers, en tant que troupes auxiliaires dans leurs armées. De plus, des communautés entières (parfois appelées ''Cardaces'') furent déplacées par les Romains et installées dans d'autres régions de l'Empire, notamment en Anatolie occidentale, afin de sécuriser des territoires. Durant quelques siècles, un fossé s'est creusé entre les Kurdes romains du Proche-Orient (près de l'Anatolie) et les Kurdes du Moyen-Orient (la Perse). Ces derniers cessèrent leurs contacts avec les Kurdes romains, ce qui eut pour effet de fragmenter davantage la langue kurde.