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Situation démolinguistique en Louisiane |
Capitale: Bâton-Rouge (en anglais:
Baton Rouge) |
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La Louisiane, ou Louisiana [LA]
en anglais,
est un État de 112 836 km², soit l'équivalent du Bénin, du Honduras
ou de la Bulgarie. Cet État est situé au sud des États-Unis, près du golfe
du Mexique, et est bordé à l’est par le Mississipi, à l’ouest par le
Texas, au nord par l’Arkansas.
La capitale est Bâton-Rouge, mais la ville principale est restée La Nouvelle-Orléans (New Orleans). Le nom de Louisiana (à l'origine: Louysiane) a été donné par Robert Cavelier de La Salle en 1682, en l'honneur du roi Louis XIV; c'est la graphie Louisiane qui est restée (avec un «i» en lieu et place du «y»). On peut consulter une carte plus détaillée de la Louisiane actuelle en cliquant ICI. |
L'État de la Louisiane, le 31e
État par sa superficie (134 382 km², ce qui équivaut au Népal ou à
la Grèce), compte cinq régions distinctes :
North Louisiana (Louisiane
du Nord), Central Louisiana
(Louisine centrale), Acadiana
(Acadiane), Florida Parishes
(Paroisses de Floride) et
Greater New Orleans (Grand-Nouvelle-Orléans).
En fait, les véritables divisions administratives en Louisiane s'appellent des "parishes" (sing.: "parish"), c'est-à-dire des «paroisses» en français. Cette appellation est différente des autres États, qui utilisent pratiquement toujours le mot "county" ou "counties". Il s'agit en Louisiane d'un héritage de l'ancienne administration française, mais qui en dit long sur l'influence de l'Église catholique sur cet État. En Louisiane, les paroisses ecclésiastiques sont devenues des paroisses civiles. Avant 1789, le mot paroisse désignait une unité administrative rurale. |
La paroisse elle-même peut compter plusieurs villes ou villages. Par exemple, la paroisse de Saint-Martin, celle qui compte la plus grande proportion de francophones (27,4 %) est divisée en neuf villes et villages : Arnaudville, Cecilia, Breaux Bridge, Henderson, Butte Larose, Catahoula, Parks, Saint-Martinville et Stephensville. De plus, la partie sud de la paroisse de Saint-Martin est séparée par une portion de la paroisse d'Iberia. Au total, on compte 64 «paroisses» en Louisiane. Dans la région la plus francophone, l'Acadiane (ou Acadiana), on dénombre 22 paroisses, ce qui représente 32,5 % de la population de l'État.
La population de la Louisiane (4,5 millions en 2010) — off. Louisiana State en anglais; et Léta de Lwizyànest en créole — est composée à 67,3 % de Blancs, 30,8 % de Noirs et de deux minorités particulières: les Créoles, issus des premiers colons français et espagnols, et les Cadiens — prononcé cadjin (anglais: Cajuns) —, des francophones descendant des Acadiens expulsés du Canada (dont la Nouvelle-Écosse) par les Britanniques en 1755. Même si les Cadiens parlent encore français (environ 8 %), on estime que 91 % des Louisianais parlent l’anglais comme langue maternelle. Selon le recensement de 1990, à peu près 195 000 Louisianais ont répondu que le français était la langue principale parlée à la maison, soit 4,68 %. Au recensement de 2000, c'étaient 194 314 personnes qui s'identifiaient comme francophones, soit 4,68 % de la population. Les hispanophones représentaient 2,53 % de la population au recensement de 2000, mais ce pourcentage avait considérablement augmenté au recensement de 2010, pour passer à 4,2 %. |
Langues de la Louisiane (2000) Population % Anglais 3 771 003 90,79 % Français 194 314 4,68 % Espagnol 105 189 2,53 % Vietnamien 23 326 0,56 % Allemand 8 047 0,19 % Chinois 5 731 0,14 % Arabe 5 489 0,13 % Créole à base de français 4 470 0,11 % Italien 3 730 0,09 % Tagalog 3 335 0,08 % Coréen 2 402 0,06 % Langues africaines 2 278 0,05 % Autres langues indiennes 2 179 0,05 % Autres langues asiatiques 1 983 0,05 % Japonais 1 810 0,04 % Autres langues 18 081 0,44 %
Ainsi, les trois groupes linguistiques les plus importants au recensement de 2000 étaient les anglophones (91 %), les francophones (4,6 %) et les hispanophones (2,5 %). Suivent de loin les Vietnamiens (0,56 %), les Allemands (0,19 %), les Chinois (0,14 %) et les Arabes (0,13 %).
Traditionnellement, on distingue plusieurs groupes ethniques en Louisiane:
1. Les Amérindiens ont été les premiers habitants de la Louisiane. Ils se sont installés sur le bord du fleuve Mississipi afin d'y faire la culture du riz et de la canne à sucre. On compterait aujourd'hui moins de 15 000 autochtones en Louisiane: les Houmas (env. 3000 personnes), les Choctaws (env. 150), les Coushattas (env. 300), les Chitimachas (env. 400) et les Tunicas (env. 350). Il resterait aussi environ 150 Choctaws, 400 Coushattas, 400 Chitimachas et 350 Tunicas.
2. Les Créoles désignaient auparavant les personnes nées aux colonies; il ne s'agissait donc pas d'autochtones ou de Noirs. On parlait alors de «Créoles blancs» (par exemple, à l'île de La Réunion dans l'océan Indien et en Guyane française), c'est-à-dire des colons d'origine française ou espagnole débarqués en Louisiane au XVIIIe siècle; en ce cas, les «Créoles blancs» appartenaient à de riches familles propriétaires de plantations (le long du Mississipi) et de nombreux esclaves. Le terme de créole a longtemps désigné une appartenance sociale, un type de société raffinée, de race blanche, surtout concentrée à La Nouvelle-Orléans. Alors que la Louisiane était espagnole, certains autres «Créoles blancs» sont venus de Saint-Domingue (Haïti), de Cuba (en 1809) ou des autres îles des Antilles (Martinique, Guadeloupe, etc.). Voir la page Web sur l'origine du mot créole. Ce sont, comme on le dit en Louisiane les «Créoles historiques». Aujourd'hui, il n'existe plus de «Créoles blancs» en Louisiane. Le mot créole désigne maintenant les Noirs.
3. Les Cadiens (en anglais: Cajuns prononcé [cadjin]) d'aujourd'hui sont les descendants des Acadiens de la Nouvelle-France. À leur arrivée en Louisiane (après 1765), les Acadiens ne furent pas bien acceptés par les riches Créoles qui les considéraient comme des «pauvres» habitant dans les bayous. En effet, les Acadiens, devenus des Cadiens, construisirent leurs maisons sur pilotis et devinrent pêcheurs de crevettes et d'écrevisses ou producteurs de canne à sucre et de riz.
4. Les Noirs sont soit des descendants d'esclaves arrivés avec leurs maîtres blancs de Saint-Domingue soit des descendants des esclaves venus d'Afrique. Ils forment aujourd'hui plus de 30 % de la population de la Louisiane. On utilisait jadis «Créoles de couleur» lorsqu'on voulait les opposer aux «Créoles blancs». Lorsque quelqu'un se dit maintenant «créole», il est toujours noir (ou mulâtre) et d'origine francophone — mais on n'emploie jamais le mot «mulâtre» en Louisiane. Autrement dit, le mot «créole» s'applique aux Noirs (ou Mulâtres) francophones ou d'origine francophone. Plus précisément, ceux qui se disent «créoles» sont plutôt les descendants d'esclaves arrivés avec leurs maîtres blancs de Saint-Domingue et se distinguent, par là, des fils d'esclaves importés d'Afrique.
5. Les Cous rouges ou rednecks sont un sobriquet (négatif) donné aux Anglais par les Cadiens qui les appelaient aussi les Nanglais, ce dernier terme ayant disparu depuis. Les «Cous rouges» ont été baptisés ainsi parce qu'ils avaient le cou très rouge après avoir travaillé jusqu'au coucher du soleil, tandis que le reste de leur peau ne bronzait pas. Les «Cous rouges» habitaient généralement le nord de la Louisiane. Pour les francophones, les «Cous rouges» (en français standard: «culs-terreux») ont fini par avoir une mauvaise réputation: ils étaient considérés comme réactionnaires et agressifs, voire ultraconservateurs et racistes, mais toujours appartenant à la classe paysanne ou ouvrière. Aujourd'hui, les non-Cadiens et les non-Créoles sont appelés les «Américains» (ou encore souvent «Amaricains»), jamais les «Anglais».
C'est en Louisiane qu'on observe la plus grande concentration de catholiques aux États-Unis, chez les Blancs comme chez les Noirs. Plus de la moitié des Noirs catholiques des États-Unis vivent en Louisiane.
Il faut comprendre que le français parlé en Louisiane diffère non seulement du français standard, mais qu'il présente plusieurs variétés. En réalité, le français parlé en Louisiane est issu d'un mélange du français du XVIIIe siècle parlé par les Acadiens, les Français, les Créoles français et les Créoles africains des Antilles; s'y ajoutent des mots espagnols, africains, amérindiens et anglais.
En guise d'exemple de français louisianais (cadien), voici un extrait d'un récit rédigé par David-Émile Marcantel de Radio-Louisiane, qui illustre éloquemment cette variété particulière de français cadien:
Mon garçon, t'es joliment jeune. Ti connais pas encore que les Amaricains aimont beaucoup plusse les cocodris que les Cadjins. Ein cocodri, ça compte pour quèque choge à Washington. Mais ein Cadjin? Y z'ont jamais attendu parler de nous-aut'. Y diriont: «Ein Cadjin, quoi c'est ça?» Y semble que la dernière fois la compteuse de monde a pris le mauvais chemin par accident et elle a arrivée drète devant ma cabane à moi. Alle était tout surprise! A m'a dit: «Qu'est-ce que vous faites là?» J'ai dit: «Madame, j'sus après piocher dans mon jardin.» Alle a sorti sa liste de questions. A dit: «Est-ce que vous êtes américain?» «Ben non, j'y ai dit. Les Amaricains, ça reste au nord des Avoyelles, pis dans les aut' États, pas par icitte.» Alle était tout contente. A dit: «Que c'est magnifique! J'ai découvert une minorité.» [...] |
On trouvera le texte complet (avec une illustration) de ce savoureux récit (à plus d'un titre!) de M. Marcantel en cliquant ICI, s.v.p. On constatera par cet exemple que le français cadien compte des traits linguistiques nettement archaïsants (d'ordre phonétique, grammatical et lexical), des traits qu'on retrouve presque partout au Canada français, non seulement en Acadie, mais aussi au Québec, en Ontario et au Manitoba. Seul le vocabulaire peut être parfois typiquement louisianais (avec des mots français, amérindiens, espagnols et anglais). En réalité, c'est une variété de français qu'on pouvait retrouver en France au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, et qui s'est perpétué en Amérique (Canada, Acadie et Louisiane) du Nord en raison de circonstances historiques.
Nous présentons aussi une brève liste de termes
(et expressions) louisianais — cadiens — avec leur équivalent en français
et en anglais:
Français louisianais (cadien) |
Français (standard) |
Anglais |
amarrer (verbe) | attacher | to tie (up) |
asteur (adv.) | maintenant | now |
avenant (adj.) | gentil (adj.) | nice; friendly |
barrer (verbe) | fermer à clé | to lock |
berceuse (n.f.) | fauteuil à bascule | rocking chair |
blouse (n.f.) | robe de nuit | nightgown |
cabri (n.m.) | chèvre | goat |
canique (n.f.) | bille | marble |
capot (n.m.) | manteau / veste / blouson | coat, jacket |
catin (n.f.) | poupée | doll |
chaoui (n.m.) | raton laveur | raccoon |
char (m.) | voiture | car |
chevrette (n.f.) | crevette | shrimp |
cocodri(l) | crocrodile | alligator |
enqueler (verbe) | fermer à clé | to lock |
eusse (pron.) | eux / ils / elles | they |
faucheuse (n.f.) | tondeuse | lawnmower |
fluxion (n.f.) | pneumonie | pneumonia |
grosserie (n.f.) | épicerie | grocery store |
guème (n.m.) | coq | rooster |
itou | aussi | also, too |
mouche à feu (n.f.) | luciole | firefly |
naviguer un char (verbe) | conduire une voiture | to drive a car |
nic (n.m.) | nid | nest |
oppression (n.f.) | asthme | asthma |
paré (adj.) | prêt | ready |
piass' (piastre) | dollar | dollar |
s'adonner (verbe) | s'entendre | to get along |
russien (adj.) | russe (adj.) | Russian |
suce-fleur (n.m.) | colibri | hummingbird |
sus (prép.) | sur (prép.) | on |
vaillant (adj.) | gentil (adj.) | nice |
zirable (adj.) | dégoûtant (adj.) | disgusting |
La plupart de ces mots ou expressions sont employés partout au Canada français (incluant le Québec), sauf cabri, enqueler, faucheuse, fluxion, guème, naviguer un char, russien, suce-fleur et zirable. Beaucoup de ces mots et expressions sont encore en usage dans la marine française : amarrer; à cette heure (asteur); avenant; capote (manteau militaire ou manteau de quart à la mer); enquiller (enqueler); paré. Il faut ajouter aussi pousser et déborder (partir); bout (cordage); par quart (tour à tour, périodique); branle (hamac ou lit)..
Les descendants des Acadiens arrivés en Louisiane se distinguent de ceux de l'Acadie du Canada: pour les premiers, ceux de la «deuxième Acadie» ou de «Nouvelle Acadie», on parle d'«Acadie d'en bas»; pour les seconds, l'Acadie historique, on dit l'«Acadie d'en haut».
4.1 Les variétés du français
Les réfugiés venus de France ou d'Espagne (ou «Créoles blancs»), les Cadiens (d'origine francophone rurale, souvent acadienne), les Noirs et Mulâtres (ou «Créoles de couleur») et les Amérindiens (ou «Indiens francophones») sont à l'origine des trois variétés de français qu'on peut distinguer en Louisiane.
- Le français colonial
En en principe celui des «Créoles blancs», qu'on appelait le «vieux français créole» qui se parlait en Nouvelle-Orléans et sur les plantations situées le long du Mississippi. Cette variété de français pratiquait une forme écrite et avait conservé des voyelles longues à l'oral (comme dans le français du XVIIe siècle). Mais la disparition des «Créoles blancs» a entraîné la disparition du «français colonial». Aujourd'hui, ce français dit colonial a été remplacé par le français standard louisianais. Ce dernier correspond à un certain français dit international avec un accent louisianais marqué et s'accompagne de beaucoup de mots locaux. Ce n'est pas un français qu'on apprend au sein de la famille, mais à l'école avec l'ajout de mots louisianais acquis en famille. Exemple: «J'habite sur la rive du bayou Nez-Piqué.»
- Le français acadien (cadien)
Le français acadien est généralement appelé le cadien, la variété de français la plus répandue aujourd'hui, tant chez les Blancs que chez les Noirs; elle ressemble au français parlé par les Acadiens du Canada et n'existe que sous sa forme orale. Beaucoup de Noirs appellent leur langue «créole», alors que c'est du cadien. Ils croient que, parce qu'ils sont de race «créole», leur langue doit être du créole. Un Cadien peut s'appeler McGee, Reed, Tate, Lopez, Miguez, Schexneider, Hoffpauir, Vidrine, Fontenot, Soileau, de La Houssaye, etc. Exemple: «Je reste au bas du bayou Nez-Piqué.»
- Le créole louisianais
Le «Black Creole» ou créole louisianais n'est pas du français, mais plutôt une langue proche des créoles antillais (haïtien, martiniquais, etc.). On l'appelle parfois «Gombo French» ou «courimavini» (péjoratif) et il est surtout parlé par les Noirs, mais aussi par un bon nombre de Cadiens dans le sud de la Louisiane, notamment dans la paroisse de Saint-Martinville. Exemple: «Mo bité [mo gain maison] côté bayou Tèche.»
4.2 Le dénombrement des francophones
Il est malaisé d'établir des pourcentages sur les locuteurs francophones de la Louisiane, car les statistiques fédérales sont toujours erronées parce que le gouvernement américain ne pose jamais les bonnes questions. D'après une enquête menée en 1990 par le CODOFIL, 58 % des francophones de l'État disaient parler le français cadien, 33 %, le français standard, et 9 %, le créole. Il semble que 34,3 % des francophones liraient le français, mais que seulement 8,4 % le parleraient couramment. Pour leur part, les membres de trois communautés amérindiennes (les Houmas, Chicimachas et Choctaws) se sont déclarés francophones. Le problème, c'est que le CODOFIL n'a jamais eu les moyens de faire des études scientifiques sur l'usage du français en Louisiane.
Selon une étude (publiée en 1993) de Mme Cécyle Trépanier, professeure au Département de géographie de l’Université Laval (Québec), il semble que seulement 8 % des répondants du troisième âge soient unilingues anglais, alors que 36 % de leurs enfants et 91 % de leurs petits-enfants le sont. Moins de la moitié des répondants âgés de l'enquête parleraient français avec leur conjoint et moins du quart s'adresseraient à leurs enfants dans cette langue; 50 % des enfants des répondants du troisième âge seraient bilingues; moins de 5 % d'entre eux utiliseraient le français avec leur conjoint ou leurs enfants. Pour les petits-enfants des répondants âgés, l'anglais est essentiellement la seule langue parlée. Quoi qu'il en soit, l'estimation de quelque 500 000 francophones en Louisiane est sûrement vraisemblable, voire conservatrice. Ceux-ci constituent le plus grand nombre de francophones originaires des États-Unis.
4.3 La répartition des francophones par paroisse
Au recensement de 2000, on dénombrait 194 115 francophones en Louisiane, ce qui correspondait à 4,66 % de la population totale (alors de 4,1 millions d'habitants). La plupart des francophones louisianais sont regroupés dans ce qu'on appelle l'Acadiana ou l'Acadiane (voir la description plus détaillée à ce sujet), un territoire triangulaire qui s’étend du delta du Mississippi à Alexandrie et Beaumont (Texas). L'Acadiana, c'est le «pays des bayous», le mot bayou étant un emprunt amérindien (du choctaw: bayuk) désignant à l’origine un «petit cours d'eau», puis un «cours d'eau marécageux» (les «swamps»); aujourd'hui, on ne fait plus la distinction entre «marais» et «rivière».
La carte ci-dessus illustre les paroisses de l'Acadiane ayant le plus de francophones, soit entre 27,4 % et 5,3 % (voir le tableau 1); Iberville compte 3,2 % de francophones. Il existe des francophones dans les autres régions de la Louisiane (voir le tableau 2), mais leur pourcentage est parfois très bas dans 23 paroisses, soit moins de un pour cent (voir le tableau 3). |
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Seules trois paroisses ont une population de plus de 20 %: Saint-Martin, Évangéline et Vermilion. Dix paroisses ont une population se situant entre 19 % et 10 %: Lafourche, Acadie, Avoyelles, Assomption, Saint-Landry, Jefferson-Davis, Lafayette, Terrebonne, Cameron et Iberia. Les paroisses d'Allen, de Calcasieu et de Sainte-Marie comptent une population variant entre 6 % et 5 %. Le tableau 2 (Population francophone peu significative) montre qu'il reste 19 paroisses dont la population francophone se situe entre 2 % et 1 %, alors que le tableau 3 (Population francophone non significative) donne la liste des 23 paroisses dont la population francophone est moins de 1 %. Dans plusieurs paroisses, on compte moins de 100 francophones pour 10 000 ou 15 000 habitants.
Le lexique du créole louisianais (kréyol) provient du français pour l'essentiel, mais il compte aussi des mots d'origine africaine, espagnole, anglaise et amérindienne. Contrairement à la plupart des créoles, sa grammaire repose peu sur les langues africaines, mais davantage sur un mélange complexe des langues européennes comme le français, l'espagnol et l'anglais. La Louisianaise Jeanne Castille, a rédigé une version créole de la fable «La Cigale et la fourmi» de Jean de La Fontaine:
Kréyol | Français |
Cigale-la té chanté
Tout l'été, Li té pas gain arien, Quand l'hiver vini ; Pas même ein ti mo'ceau Desmouche ou ein desvers.
Li couri côté Froumi, so
voisine.
Li hélé li té gain faim. Si t'olait prête-moin ein graine Pou' viv' jisqu'à printemps, M'a payer toi, li dit, Avant l'ôtonne, si' mo parole, L'intérêt-la et principal-la.
Froumi-la laime pas
prêter :
C'est so sél défaut. Ça to fait quand li té fait chaud ? Cigale-la monnedé li. Tout la nouite et tout la jou'née Mo té chanter, mo té chanter. To té chanter ? Mo bein content. Astè to ca danser, to ca danser. |
La Cigale,
ayant chanté Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue : Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau. Elle alla crier famine Chez la Fourmi sa voisine, La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle. «Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l'Oût, foi d'animal, Intérêt et principal.» La Fourmi n'est pas prêteuse : C'est là son moindre défaut. Que faisiez-vous au temps chaud ? Dit-elle à cette emprunteuse. - Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise. - Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien! dansez maintenant. |
Le créole de la Louisiane est en voie de disparition, car il n'a pu bénéficier des campagnes de normalisation, comme ce fut le cas du cadien. Les actuels locuteurs du créole louisianais sont généralement âgés et il ne se parle que dans des situations informelles entre parents et amis. Il est surtout parlée dans le sud de la Louisiane, peut-être entre 20 000 et 30 000 locuteurs. Le créole est appelé négativement «Gombo French», «Black Creole», «courimavini», «français nèg’» ou même simplement «nèg’».
L'espagnol est la seconde langue la plus parlée après l'anglais et le français en Louisiane:
La population hispanophone de la Louisiane ne représente que 2,5 % de la population (pour 105 189 personnes), mais c'est le groupe ethnique le plus puissant des États-Unis après la population anglo-saxonne blanche. Les hispanophones sont concentrés dans les paroisses de Jefferson et de la Nouvelle-Orléans, mais ils sont nombreux dans les paroisses de Saint- Tammany, de Bâton-Rouge-Est, de Lafayette, de Vernon et de Caddo. Les hispanophones occupent souvent les mêmes paroisses que les francophones de l'Acadiane, mais ils sont présents aussi dans la région sud-est du Greater New Orleans. |
Paroisse | Nombre total | Hispaniques | % |
Jefferson | 432 552 | 53 702 | 11,7 % |
Bossier | 116 979 | 7 026 | 5,9 % |
Orléans | 343 829 | 18 051 | 5,2 % |
St-Tammany | 233 740 | 10 970 | 4,6 % |
Ascension | 107 215 | 5 024 | 4,6 % |
Terrebonne | 111 860 | 4 421 | 3,9 % |
Lafayette | 221 578 | 8 597 | 3,8 % |
Bâton-Rouge-Est | 440 171 | 16 274 | 3,6 % |
Livingston | 128 026 | 3 801 | 2,9 % |
Tangipahoa | 121 097 | 4 260 | 3,4 % |
Total Louisiane | 4 533 372 (2010) | 192 560 | 4,2 % |
Les hispanophones ne constituent un groupe vraiment important que dans la paroisse de Jefferson, mais ils sont aussi présents en faible proportion dans près de la moitié des paroisses de la Louisiane.
(1) Situation démolinguistique |
(2) Histoire linguistique de la Louisiane américaine |
(3) La politique linguistique de la Louisiane |
(4) Bibliographie |
- Amérique du Nord -