Royaume d'Arabie saoudite

Arabie saoudite

Al Mamlakah al `Arabiyah
as Su`udiyah

Capitale:  Riyad
Population: 35,9 millions (est. 2024)
Langue officielle: arabe classique
Groupe majoritaire: arabe najdi (34,6 %)
Groupes minoritaires: arabe hijazi (28,2 %), bengali (6,1 %), arabe égyptien (3,8), ourdou (3,4 %), arabe du Golfe (2,6 %), philippin (2,0 %), pandjab occidental (1,4 %), rohingya (1,3 %), arabe leventin (1,1 %), swahili (1,0), etc.
Système politique: monarchie islamique absolue (autoritaire)
Articles constitutionnels (langue): Loi fondamentale (1993)
Lois à porté linguistique:  Décret royal n° M/64 (1975); Décret royal n° M/61(1989); Décret royal n° M/1 (1995); Loi sur le registre commercial (1995); Décret royal n° M/39 (2001); Décret royal n° M/34 (2012); Décret royal n° M/38 (2001); Loi sur la nationalité saoudienne (1954-2023); Loi sur les universités (2019); Loi sur les dénominations commerciales (2024); Règlement d'application sur les dénominations commerciales (2025).

1 Situation géographique

L'Arabie saoudite porte comme dénomination officielle le nom de royaume d'Arabie saoudite (en anglais: Kingdom of Saudi Arabia). C'est un pays du Moyen-Orient occupant la plus grande partie de la péninsule Arabique. Il est limité au nord par la Jordanie, l’Irak et le Koweït, à l’est par le golfe Persique et le Qatar, au sud-est par les Émirats arabes unis et le sultanat d’Oman, au sud par la république du Yémen et à l’ouest par la mer Rouge et le golfe d’Aqaba.

L’Arabie saoudite couvre une superficie de 2,2 millions de km² (quatre fois la France), mais les frontières du Sud-Est et du Sud ne sont pas délimitées avec précision et font l’objet de contentieux avec les pays voisins tels que le Yémen, le Qatar et les Émirats arabes unis (selon les estimations: entre 1,7 million et 2,2 millions de km²). Notons que pratiquement 98 % du territoire est désertique ou semi-désertique. La capitale et la plus grande ville est Riyad (signifiant «jardins», en arabe).

Outre Riyad (pop.: 7,6 millions habitants en 2023), les villes importantes sont Djeddah, ville portuaire située sur la mer Rouge, La Mecque capitale religieuse de l’islam et plus grand centre de pèlerinage, Médine («ville», en arabe), ville sainte, et Damman, centre pétrolier du golfe Persique.

Depuis la réforme administrative de 1993, l’Arabie saoudite est divisée en 13 provinces administratives ou émirats (mintaqat, sing.; mintaqah), avec des gouverneurs nommés (émirs membres de la famille royale)  ou révoqués par le roi et des assemblées constituées de notables locaux: Riyad, Makkah, Madinah, Province de l'Est, Assir, Al-Baha, Tabuk, Qassim, Hail, Jouf, Frontière-Nord, Jizan et Najran.  Les grandes villes élisent leur propre gouvernement municipal. Les villes et les villages sont administrés par les conseils des anciens. Les émirats sont eux-mêmes divisés en gouvernorats.

1.1 La famille Saoud

Sur le drapeau de l'Arabie saoudite, on peut lire cette inscription en arabe: «Il n'y a de Dieu que Dieu, Mouhammad est le prophète de Dieu.» L'Arabie saoudite est une théocratie islamiste à la rigueur stalinienne et dirigée, depuis 1744, par la famille al-Saoud ou Su'udiyah (d'où Saoudite). Depuis cette époque, un pacte unit la famille Saoud et les représentants du courant de l'islam né de la pensée du théologien Mohammed ben Abdelwahhab (1703-1791). Le pacte de ben Abdelwahhab avec Mohammed Ibn Saoud a ainsi permis d'établir l'émirat de Dariya, le premier État saoudien, et de perpétuer une alliance et un arrangement dynastique entre leurs familles dans le but de se partager le pouvoir, lequel se poursuit jusqu'à nos jours dans le royaume d'Arabie saoudite. Pendant que l'État, donc la famille Saoud, empoche les pétrodollars, les religieux wahhabites imposent une morale sectaire, stricte et intransigeante. En effet, le wahhabisme verrouille l’Arabie saoudite pour faire d'elle le pays l'un des plus conservateurs au monde, un royaume où la femme n’a pas encore le droit de sortir seule dans la rue sans être accompagnée d’un mâle !

Les pressions qui s’exercent sur ce régime archaïque sont tellement fortes que celui-ci se sent tenu de procéder avec la plus grande lenteur et la plus grande prudence dans le domaine de la religion, car avec La Mecque le pays est le siège des lieux saints de l’islam. Toutefois, l'autorité de la part de l'État dans la religion islamique demeure tout à fait aléatoire, puisque l'islam n’a pas un siège unique d’interprétation du Coran. Dans ce pays, le pouvoir est partagé au sein d'une seule famille, dans laquelle les manigances et les combines en coulisse sont des pratiques courantes et considérées comme tout à fait normales. Le roi approuve ou refuse, mais il est rarement à l'origine des politiques de son pays.

1.2 La loi de la Charia

La Constitution du pays est fondée sur le Coran en s’appuyant sur une stricte observance de l’islam. L'islam sunnite est la religion d'État du royaume, les statistiques officielles faisant même état de 100 % de musulmans sunnites. Aucune manifestation ni aucun culte d'une autre religion n'est accepté et ceux qui expriment à ce titre une opinion différente sont déclarés apostats et passibles de la peine de mort; l'athéisme peut entraîner la peine de mort. Non seulement l'apostasie est punie de mort, mais aussi l’homicide, le viol, le vol à main armée, le trafic de drogue, la sorcellerie, l’adultère, la sodomie, l’homosexualité et le sabotage. Les personnes exécutées sont généralement décapitées d'un coup de sabre, ou lapidées pour adultère. L’assistance d'un avocat avant le procès et la représentation en salle d'audience est régulièrement déniée aux prévenus.

Les décrets royaux (nizam) constituent les sources principales de la loi, mais pour montrer qu'ils sont subordonnés à la Charia ils sont qualifiés de «régulation» et non de «loi». L'Arabie saoudite est l'un des pays les plus conservateurs du monde.

L'Arabie saoudite s'est toujours opposée à la plupart des dispositions de Déclaration universelle des droits de l'homme, notamment les articles 1, 13, 16, 18 et 19 (voir les textes). Elle s'est déclarée:

- contre le principe selon lequel «tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droits» (art. 1er);
- contre le fait que «
toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État» (art. 13), considérant qu'il est interdit aux non-musulmans de circuler à la Mecque;
- contre le «libre et plein consentement des futurs époux» en cas de mariage, car, dans le royaume de la débauche, la pédophilie est légitimée par des mariages arrangés avec des petites filles (art. 16);
- contre «la liberté de pensée, de conscience et de religion», car ce droit implique la liberté de changer de religion, ce qui est interdit par l'islam (art. 18);
- contre le «droit à la liberté d'opinion et d'expression», car il est interdit de critiquer le régime et la religion (art. 19);

C'est pourquoi l'Arabie saoudite mène une politique répressive de grande ampleur contre les militants des droits de la personne; les rassemblements publics, y compris les manifestations pacifiques, sont interdits depuis un décret de 2011. Tous les défenseurs des droits fondamentaux influents et indépendants du pays ont été emprisonnés, réduits au silence ou ont fui le pays.

1.3 Un réseau d'extrémistes islamistes

L'Arabie saoudite est reconnue pour financer un réseau extraordinaire d'organismes islamistes d'un bout à l'autre de la planète: ce sont des organismes voués au djihad (mot arabe signifiant «effort suprême») depuis une soixantaine d'années. Disposant de très importantes réserves pétrolières, l’Arabie saoudite demeure l’un des pays les plus riches du Moyen-Orient. Ce pays est aujourd'hui le principal financier de mosquées, d'écoles coraniques et de publications islamiques dans le monde entier. Toutes ces institutions sont tenues de propager une idéologie ultraconservatrice, rigoriste et fanatique, une idéologie qui alimente la haine des valeurs démocratiques, comme c'est le cas pour Al-Qaïda, l'État islamique, Boko Haram, etc. De plus, l'Arabie saoudite est une dictature violente qui ne tolère aucune dissidence politique et qui condamne les critiques les plus modérées de l'islam.

Bien que l'Arabie saoudite ait une apparence résolument moderne dans ses édifices, la mentalité des dirigeants est demeurée au Moyen Âge. Le cas du blogueur saoudien, Raïf Badawi, condamné pour «insulte envers l'islam» par le régime saoudien à dix ans de prison, 1000 coups de fouet et 200 000 euros (218 000 $ US) d'amende, est devenu le plus célèbre. Son seul crime est d'avoir exprimé une opinion discordante envers un régime réputé pour être corrompu et sanguinaire. Pour la seule année 2015, la peine de mort a été imposée à plus de 150 personnes, un triste record. Même si aucun parti politique n'est autorisé, quelques groupes d'opposition officieux ont fait leur apparition.

Étant donné la richesse et l'importance stratégique de l'Arabie saoudite, qui en font un pôle de stabilité dans la région, la plupart des pays occidentaux lui apportent un soutien sans faille. Pourtant, les sociétés occidentales se braquent contre l'islam pendant qu'au Moyen-Orient les extrémistes musulmans massacrent d'autres musulmans.

2 Données démolinguistiques

L'Arabie saoudite comptait en 2024 plus de 35,9 millions d'habitants, des Saoudiens. Le pays comprend deux principaux groupes ethniques autochtones: les Arabes (environ 90%) et les Afro-Asiatiques (environ 10%). Les étrangers sont nombreux en Arabie saoudite. En effet, on dénombre environ près cinq millions d'étrangers et d'expatriés dans le pays, soit près de 27 % de la population totale. Les principales communautés d'«expatriés» (des travailleurs immigrés) sont les Indiens (1,2 million), les Égyptiens (1,1 million), les Pakistanais (778 600), les Philippins (460 000), les Bangladeshis (446 200) et les Yéménites (424 300). De plus, près de 35 000 Américains, 30 000 Britanniques, 5000 Français et 2500 Allemands sont actuellement présents sur le territoire saoudien. Les seuls «étrangers» admis dans le pays sont les «hommes d'affaires» (ce qui inclut d'ailleurs les travailleurs immigrés) et les musulmans effectuant un pèlerinage à La Mecque. Il existe néanmoins des possibilités de «visas de visite» pour les parents des étrangers résidents.

2.1 Les langues autochtones

La carte ci-contre illustre les principales langues arabiques, c'est-à-dire celles qui sont parlées par des populations autochtones en Arabie saoudite. L'arabe najdi et l'arabe hijazi sont les deux grandes variétés dialectales de la péninsule Arabique; elles présentent des différences marquées en matière de phonologie, de vocabulaire, de grammaire et de contexte sociolinguistique. Il faut ajouter aussi l'arabe bahrani, l'arabe du Golfe et l'arabe yéménite du Nord. La compréhension entre les deux grandes variétés est élevée, mais inégale. Les locuteurs se comprennent généralement sans grande difficulté en contexte, mais les fortes variantes rurales du najdi ou les sous-variétés très locales du hijazi peuvent temporairement réduire la compréhension. Il faut toujours distinguer les principales variétés de l'arabe: l'arabe vernaculaire, l'arabe coranique et l'arabe standard moderne. En Arabie saoudite, l'arabe vernaculaire correspond essentiellement à l'arabe najdi, l'arabe hizaji et l'arabe du Golfe, abstraction faite des autres variétés d'arabe parlées par les populations immigrantes.

- L'arabe najdi (34,6 %)

Dans la partie centrale du pays, incluant Riyad, les habitants parlent principalement l'arabe najdi, terme issu de Najd ou Nejd, un plateau situé entre 762 et 1525 mètres d'altitude et entouré par des déserts sableux; le Najd est le berceau du wahhābisme, un mouvement puritain de l'islam qui a permis aux Saoudites d'unifier l'Arabie sous leur pouvoir. Le vocabulaire du najdi est relativement archaïque; les mots sont liés au pastoralisme, à la vie tribale et à l’écologie désertique; le najdi conserve certains termes classiques et préislamiques peu courants ailleurs. Particulièrement à Riyad, le najdi a acquis un prestige national grâce à l'État saoudien moderne et aux médias; il est donc considéré comme la variété dominante dans le pays, ce qui explique un discours marqué par des formules de politesse tribales, un usage plus marqué des titres honorifiques et des vocatifs, des schémas de prise de parole conservateurs.

- Le hijazi (28,2 %)

L'orthographe hijazi est la translittération la plus courante du mot arabe "حجازي" (= ḥijāzī), mais les formes hejazi et hedjazi sont également utilisés. La variété du hizaji, terme issu du Hedjaz désignant la zone de montagnes parallèle au rivage de la mer Rouge, laquelle s'étend d'Aqaba au nord jusqu'à La Mecque au sud. Le hizaji est donc parlé le long de la côte ouest de la mer Rouge (y compris Djeddah, La Mecque et Médine). C'est une région qui a historiquement connu une plus grande influence internationale due aux commerçants et aux pèlerins; elle possède notamment dans les villes portuaires une longue histoire de commerce, de pèlerinage et de contacts avec des langues non arabes. Le hijazi compte de nombreux emprunts lexicaux au turc ottoman, au persan, aux langues africaines, au swahili, aux langues sud-asiatiques et aux variétés levantines; on y trouve également de nombreux synonymes pour les termes liés au commerce, à l'alimentation et à la vie urbaine.

- L'arabe du Golfe (2,6 %)

Cette variété d'arabe constitue un groupe de langues parlé dans le golfe Persique, principalement en Arabie saoudite, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Koweït, à Oman, au Qatar, mais également par les bédouins de l'Irak et de la Jordanie. Mais cet arabe du Golfe englobe plusieurs sous-variétés selon qu'il est parlé en Arabie saoudite, à Oman (arabe omanais), à Bahreïn (arabe bahreïnien), au Koweït (arabe koweïtien), au Qatar (arabe qatarien), etc., qui sont toutes mutuellement compréhensibles. Quoi qu'il en soit, ces variétés d'arabe sont des langues parlées transmises de génération en génération depuis de nombreux siècles, la langue écrite étant l'arabe coranique pour la religion ou l'arabe standard moderne pour les autres écrits. L'arabe du Golfe a emprunté de nombreux mots à l'anglais qui ont ensuite été adaptés à l'arabe.

- L'arabe bahrani

L'arabe bahrani est une variété d'arabe parlée principalement dans l'est de l'Arabie saoudite et dans des villages chiites au Bahreïn; il est distinct des autres variétés arabes parlées dans la région, comme l'arabe du Golfe. L'arabe bahrani a été influencé par plusieurs langues anciennes, notamment l'araméen, le syriaque et l'akkadien. De plus, il a intégré des mots d'origine persane, hindi, turque et anglaise, reflétant la diversité culturelle.

2.2 Les langues étrangères

Les Arabes n'appartiennent pas tous à la même ethnie. On distingue les Arabes saoudiens najdi, les Arabes saoudiens (proprement dits), les Bédouins (traditionnellement nomades, mais plus sédentarisés aujourd'hui), les Arabes du Golfe, les Arabes yéménites, les Arabes égyptiens, les Arabes palestiniens, les Arabes libanais, les Arabes syriens, les Tihama (ceux qui habitent la plaine côtière désertique de la mer Rouge), les Arabes soudanais, les Arabes jordaniens, les Arabes omanais, les Arabes du Sahara, les Fayfa, les Mahra, etc. Parmi les Afro-Asiatiques, il y a les Noirs d'Afrique (Swahilis), les Ourdous, les Somalis, les Kabardes, les Turcs, les Bangladeshi, les Baloutches, les Malais, les Ouïgours, etc.

Bref, les ethnies sont plus nombreuses qu'on le croit généralement en Arabie saoudite. Il suffit de voir le tableau ci-dessous:

Groupe ethnique Population Pourcentage Première Langue Filiation linguistique Religion
Arabe saoudien - Najdi 10 857 000 31,4 % arabe najdi afro-asiatique islam
Arabe saoudien - Hijazi 9 774 000 28,2 % arabe hijazi afro-asiatique islam
Bengladais 2 110 000 6,1 % bengali indo-iranien islam
Arabe égyptien 1 338 000 3,8 % arabe égyptien afro-asiatique islam
Ourdou 1 189 000 3,4 % ourdou indo-iranien islam
Arabe bédouin 1 111 000 3,2 % arabe najdi afro-asiatique islam
Arabe du Golfe 909 000 2,6 % arabe du Golfe afro-asiatique islam
Philippin 718 000 2,0 % tagalog (philippin) austronésien christianisme
Panjabi occidental 501 000 1,4 % pandjab occidental indo-iranien islam
Rohingya 481 000 1,3 % rohingya indo-iranien islam
Arabe palestinien 392 000 1,1 % arabe leventin afro-asiatique islam
Swahili 373 000 1,0 % swahili bantou islam
Télougou 330 000 0,9 % télougou dravidien hindouisme
Panjabi oriental 321 000 0,9 % pandjab oriental indo-iranien islam
Népalais 274 000 0,7 % népali indo-iranien hindouisme
Arabe yéménite du Nord 249 000 0,7 % arabe yéménite du Nord afro-asiatique islam
Arabe libanais 242 000 0,7 % arabe leventin afro-asiatique islam
Arabe syrien 242 000 0,7 % arabe leventin afro-asiatique islam
Sindhi 231 000 0,6 % sindhi indo-iranien islam
Iranien 219 000 0,6 % farsi (iranien) indo-iranien islam
Jat (de tradition musulmane) 193 000 0,5 % saraiki indo-iranien islam
Pachtou 181 000 0,5 % pachtou indo-iranien islam
Arabe yéménite du Sud 178 000 0,5 % arabe yéménite du Sud afro-asiatique islam
Arabe tihami 178 000 0,5 % arabe yéménite du Sud afro-asiatique islam
Coréen 163 000 0,4 % coréen famille coréenne christianisme
Autres ethnies 121 000 0,3 % - -

-

Total 2023 34 566 000 100,0 %      

Malgré le grand nombre des variétés d'arabe, c'est l'arabe standard moderne (ASM) qui sert de langue écrite et de langue officielle. Toutes les langues arabes du pays (à l'exception de l'arabe coranique) connaissent des variantes vernaculaires locales, mais elles appartiennent toutes à la famille afro-asiatiqueVoir l'article sur la Langue arabe et ses variétés.

Si l'on fait exception des étrangers, on peut affirmer qu'il n'existe pas de véritables langues minoritaires en Arabie saoudite, étant donné qu'aucune des langues arabes autochtones, toutes orales, n'est majoritaire et que, de toute façon, l'arabe classique sert d'unique langue écrite.  Parmi les travailleurs immigrés et les étrangers (les Occidentaux), les langues les plus parlées sont l'hindi et l'ourdou  (langues indo-iraniennes), le philippin (langue austronésienne), le swahili (langue bantoue), le somali (groupe couchitique de l'afro-asiatique), le turc (famille altaïque), le bengali (une langue indo-iranienne), le kabarde (famille caucasienne), le baloutchi (langue indo-iranienne) et le malais (langue austronésienne). Les langues occidentales courantes sont l'anglais, le français et l'allemand. Bien que certaines langues puissent servir dans les communications orales (l'hindi, l'ourdou ou le persan), l'anglais est couramment utilisé comme langue véhiculaire pour communiquer avec les travailleurs immigrés dans la région.

2.3 La religion

Selon les sources officielles, 100 % de la population est musulmane. L’islam est la religion d’État en Arabie saoudite et l'exercice d'un autre culte que l'islam est interdit. Dans les faits, les habitants du pays sont des musulmans sunnites wahhabites dans une proportion de 98 %. Il faut compter aussi de 200 000 à 300 000 musulmans chiites, puis 500 000 catholiques, 70 000 protestants et une petite minorité hindoue.  Les sunnites des wahhabites, qui ont pris le pouvoir au XVIIIe siècle, ont cherché à purifier et à simplifier la pratique de l’islam; ils exercent une grande influence sur l’islam d’Arabie saoudite. Même les Américains et autres conseillers européens à la sécurité nationale n'ont pu faire fi du refus de l'Arabie saoudite de permettre aux ressortissants occidentaux de pratiquer leur culte librement. Tous les gouvernements ont dû accepter le diktat des autorités saoudiennes: pour pratiquer sa religion, il faut le faire dans le plus grand secret.

3 Données historiques

L’Arabie semble historiquement la patrie des peuples de langues sémites, qui s’établirent au début du IVe millénaire avant notre ère en Mésopotamie et en Palestine. Plus tard, ils se sont identifiés sous les noms d’Assyro-Babyloniens, de Cananéens et d’Amorrites.

3.1 La patrie des Arabes

En 854 avant notre ère, les Arabes auraient fait leur apparition dans l’histoire. Les premières nations arabes furent généralement des nomades vivant dans le centre de ce qui est aujourd'hui l'Arabie saoudite. Cependant, ils avaient développé également des centres urbains et de petits royaumes au sud de la péninsule Arabique, plus précisément dans l'actuel Yémen. Avec le temps, ils s'établirent aussi au nord de la péninsule, puis en Mésopotamie et en Syrie.

À la fin du VIe siècle, une nouvelle religion monothéiste appelée «islam» fut fondée par Mahomet, dont les adeptes furent connus sous le nom de musulmans. Mahomet réussit à unir les tribus d’Arabie dans un régime militaro-religieux, un califat, dont lui et ses successeurs étendirent les domaines en un vaste empire au moyen de «guerres saintes» successives. Les affrontements militaires avec l’Empire byzantin commencèrent du vivant de Mahomet.

La première bataille opposant musulmans et Byzantins eut lieu en 629 près du village de Mu’tah, à l’est du Jourdain. Mahomet voulait ainsi conquérir les territoires des Arabes chrétiens, les Ghassanides, vassaux de l'Empire byzantin. Les forces musulmanes furent mises en déroute, mais Mahomet considéra néanmoins la défaite comme une victoire.

3.2 L'arabisation et l'islamisation

Mahomet, le prophète de l’islam, naquit à La Mecque en 570. Son enseignement suscita l’opposition des habitants et il dut s’exiler à Médine en 622. En 630, il revint avec ses disciples et conquit par la force La Mecque.

Avant sa mort en 632, Mahomet et ses troupes avaient réussi à soumettre la plus grande partie de l'Arabie, l'Iran et l'Afghanistan. En même temps, Mahomet avait pu arabiser et islamiser les populations vaincues, mais certains peuples refusèrent d'adopter l'arabe, dont l'Iran et l'Afghanistan, et conservèrent leurs langues locales. Après la mort de Mahomet, ses successeurs continuèrent à conquérir et à convertir le monde arabe et la Perse, donc ce qui est aujourd'hui l'Arabie saoudite. Paradoxalement, le pays natal de Mahomet devint moins important au sein de l’empire musulman, mais il s'est islamisé et arabisé.

Les armées musulmanes finirent par vaincre les Byzantins à la bataille de Fahl, dans la vallée du Jourdain en Jordanie, le 23 janvier 635. Dès lors, presque toute la Palestine, la Jordanie et la Syrie méridionale, à l’exception de Jérusalem, furent aux mains des musulmans. En 638, le calife Omar (634-644) envahit le reste de la Palestine et prit Jérusalem. Il annexa les territoires de la Syrie et de la Palestine. Des juifs et des chrétiens restèrent néanmoins à Jérusalem, et les premiers musulmans, des Arabes de la péninsule Arabique, commencèrent à s'y installer, tandis que les juifs ne formaient plus que de petites communautés éparses.

3.3 L’arrivée des wahhabites

Au milieu du XVIIIe siècle, le chef religieux Muhammad Ibn Abd al-Wahhab se souleva contre les chiites et prêcha un retour à l’islam originel. Il fonda un mouvement religieux fondamentaliste: le wahhabisme. Une étroite alliance s’établit entre la dynastie des Saoud et les wahhabites, qui fondèrent un État dans le Nedjd en 1744. Au début du XIXe siècle, ils détruisirent la ville sainte chiite de Kerbela en Irak et s’emparèrent de La Mecque en 1802, puis de Médine en 1804. Chassés par les Égyptiens entre 1811 et 1819, les wahhabites et les Saoudiens se retirèrent à Riyad, dont ils firent leur capitale en 1818.

Progressivement, les Saoudiens reconquirent la majeure partie des territoires qu’ils avaient perdus. Après 1865, la dynastie des Saoud glissa dans la guerre civile, tandis que le royaume fut partagé entre les divers clans et les Ottomans. La famille royale saoudienne s’exila au Koweït.

3.4 Le règne d’Ibn Séoud

En 1902, Abdel-Aziz ben Abdel-Rahman al-Saoud (le fils d’Abd al-Aziz) commença en 1902 la reconquête du royaume que ses ancêtres avaient perdu. Après Riyad, et la province du Nejd au centre du pays (1906), il s'empara du Hassa à l'est (913), d'une partie de l'Assir au sud-ouest (1921) et du Hedjaz à l'ouest (1925). En 1932, il réunit ses conquêtes dans un État unique, le royaume d'Arabie saoudite auquel le traité de Taëf de 1934 adjoignit les trois provinces yéménites de l'Assir, Najran et Jizan. À partir de 1938, la prospérité du royaume assise sur l'exploitation du pétrole fit de cet État l'un des plus puissants du Moyen-Orient.

En 1945, le roi Abdel-Aziz Al Saoud conclut avec le président Franklin D. Roosevelt un accord qui plaçait l'Arabie saoudite dans l'orbite économique et sous la protection militaire américaine. L’Arabie avait cédé l’exploitation de ses ressources pétrolières aux États-Unis. La même année, l’Arabie saoudite devint membre de l’Organisation des Nations unies et de la Ligue arabe.

3.5 La guerre froide

Le roi Ibn Séoud décéda en 1953 en laissant à son fils aîné, Saoud Ibn Abd al-Aziz, un royaume prospère. Mais ce dernier fut écarté du pouvoir en 1964 au profit de son frère Fayçal ben Abdelaziz al Saoud. À partir de 1973, l'Arabie saoudite profita du boom pétrolier pour se poser en champion de l'islam sunnite dans le monde. Lors de la guerre du Kippour, l’Arabie saoudite joua un rôle décisif en suspendant brièvement les livraisons de pétrole vers les pays qui avaient soutenu Israël et en multipliant par quatre le prix mondial du pétrole.

En mars 1975, le roi Fayçal était assassiné par un neveu Khaled. La révolution iranienne de 1979 et la prise de la Grande Mosquée à La Mecque par des fondamentalistes musulmans constituèrent un choc pour le gouvernement saoudien qui, avec l’aide des États-Unis, accrut ensuite sa puissance militaire et les mesures de sécurité. Le roi Khaled mourut en juin 1982 et le prince héritier Fahd lui succéda. En juillet 1987, au moins 400 personnes furent tuées à La Mecque lorsque des pèlerins chiites iraniens affrontèrent la police saoudienne. Plus de 1400 pèlerins subirent le même sort en juillet 1990 après une panique générale.

3.6 La guerre du Golfe 

La prise du Koweït par l’Irak en août 1990 connut des répercussions militaires, politiques et économiques importantes en Arabie saoudite. Une coalition dirigée par les États-Unis prit position sur le territoire saoudien pour le défendre contre une éventuelle invasion irakienne et libérer le Koweït. Les problèmes économiques devinrent importants en 1993, car les États-Unis avaient insisté pour que l’Arabie saoudite paie la facture de la guerre du Golfe, qui coûta à l’Arabie saoudite quelque 51 milliards de dollars. Victime d’une embolie cérébrale en 1995, le roi Fahd dut confier la régence au prince Abdallah.

Au plan économique, l’Arabie saoudite réussit à éradiquer la dette extérieure (100 milliards de dollars) consécutive à la guerre du Golfe. Dès le début de sa régence, en 1995, le prince héritier Abdallah réforma les institutions et la vie politique du pays. Il ouvrit le pays aux capitaux extérieurs, autorisant notamment des compagnies pétrolières internationales à investir dans le pays.

3.7 Des accrocs aux droits de la personne

Sur un autre plan, l'Arabie saoudite est réputée pour violer systématiquement les droits les plus fondamentaux des personnes vivant dans le pays. Il n'existe ni parti politique, ni élection, ni Parlement autonome, ni magistrature indépendante, ni syndicat, ni organisation vouée à la défense des droits de la personne.  Tout individu résidant en Arabie saoudite qui critique le régime est sévèrement puni; tout opposant politique ou religieux est arrêté et incarcéré sans jugement, pour une durée illimitée, ou condamné à de lourdes peines d'emprisonnement. Le recours à la torture est très répandu dans ce pays. Non seulement la peine de mort est appliquée, mais le nombre des amputations (main, pied, œil, etc.) et flagellations semble avoir augmenté de façon alarmante.

- Les condamnés à mort

Les étrangers (travailleurs immigrés) constituent la moitié du contingent des condamnés à mort dans une année (plus d'une centaine en moyenne). Ces abus de pouvoir sont favorisés par  l'absence de tout contrôle judiciaire au moment de l'arrestation et de la détention. La peur et le secret sont omniprésents dans la vie des gens. Le gouvernement  contrôle l'information sous toutes ses formes et les médias sont soumis à une censure stricte.  Amnistie internationale recueille depuis vingt ans des informations sur les violations systématiques des droits de la personne commises dans ce pays. Les chrétiens, les sikhs et les membres des autres minorités religieuses sont fréquemment victimes de discrimination et sont pris pour cibles par les forces de sécurité. Quant aux gouvernements étrangers, ils dénoncent rarement, sinon jamais, les violations signalées en Arabie saoudite.

La communauté internationale s'abstient régulièrement d'examiner de près la situation des droits fondamentaux dans cette dictature monarchique et théocratique. Des responsables gouvernementaux ont été amenés à faire des déclarations sur les droits de la personne, dont le ministre de l'Intérieur qui aurait affirmé: «Nous demandons à ceux qui portent des accusations contre le royaume de donner leurs preuves. Nous accueillons volontiers ceux qui veulent connaître la réalité, car nous n'avons rien à cacher… »

- Les droits civils et politiques

L'Arabie saoudite est l'un des rares pays à ne pas avoir ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ni la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, ni le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). Pour ce faire, le gouvernement saoudien devrait modifier sa législation et ses pratiques pour que ces changements se transposent dans la réalité. Il devrait aussi veiller à ce que toutes les autorités du pays connaissent ces lois et les appliquent, puis que tous les citoyens soient informés de leurs droits. Ces changements devraient prévoir des garanties concrètes qui permettraient de remplacer le climat de peur et de secret par un système transparent et équitable.

Mais ce n'est pas demain la veille, car les autorités ont déclaré que, en cas de contradiction entre une disposition quelconque d'une convention internationale et les normes du droit musulman, le Royaume ne se croyait pas tenu d'appliquer une telle disposition contradictoire. Par exemple, le gouvernement saoudien précise que le Royaume ne croyait pas obligatoire de respecter les dispositions prévoyant l'égalité des droits des hommes et des femmes dans la transmission de leur nationalité à leurs enfants!

- Les droits des femmes

L’Arabie saoudite demeure l’un des pays du monde où les femmes sont les plus mal traitées, après l'Afghanistan. Ce pays est le principal exportateur du wahhabisme, une idéologie meurtrière à la base de l’islamisme radical. Les juifs n’y ont pas davantage droit de cité que dans l’Allemagne «judenfrei» dont ont rêvé les nazis. En réalité, l'interprétation étroite que les autorités de l'État saoudien donnent des textes islamiques entrave l'exercice de nombreux droits fondamentaux protégés par les conventions internationales. Le clan Al Saoud est au pouvoir depuis 1932. Le roi Abdallah ben Abdel Aziz (92 ans) est décédé en janvier 2015. Lors du «Printemps arabe» en 2011, l'Arabie saoudite a connu de «petites protestations», mais elle les a rapidement étouffées par une répression extrêmement efficace.

Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, le demi-frère du roi Abdallah, lui a succédé le 23 janvier 2015. Les observateurs ne s'attendaient pas à de grands changements de la part de ce réformateur prudent et expérimenté, dont la santé mentale serait fragile. D'ailleurs, dès sa première sortie médiatique, le nouveau roi Salmane d'Arabie saoudite a déclaré qu'il n'y aurait pas de changement dans la politique du royaume et a appelé à l'unité parmi les musulmans divisés par la guerre. Le nouveau roi, réputé pour sa probité, est issu du clan des Soudayris considéré comme l'aile dure de la famille royale, mais il est plutôt connu pour sa ligne libérale et conservatrice. Quoi qu'il en soit, rien n'a vraiment changé dans le royaume, la situation aurait même régressé depuis l’arrivée au pouvoir du roi Salmane.

3.8 Le prince héritier MBS

Depuis le 21 juin 2017, l'Arabie saoudite a hérité d'un prince héritier en la personne de Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud (ou MBS). Membre de la dynastie Al Saoud, fils du roi Salmane et petit-fils d'Ibn Séoud, le fondateur du royaume, il est devenu en fait l'homme fort du royaume, qui contrôle les principaux leviers du pouvoir. Dès son accession aux pleins pouvoirs, MBS a entamé une politique de répression féroce, visible par la hausse des décapitations (48, seulement pour les quatre premiers mois de 2017), mais aussi, et surtout au travers des arrestations et détentions arbitraires de militants des droits de l'homme. MBS pratique une politique de l'ultranationalisme qui consiste à faire croire que le pays est constamment attaqué, tous les jours, et qu'il faut arrêter les ennemis, c'est-à-dire tous les opposants qualifiés de traîtres. Cette stratégie permet d'instaurer un climat de peur et de terreur dans tout le pays.  

Néanmoins, ce pays n'est pas plus que d'autres pays à l’abri d’une révolution, puisque beaucoup des conditions, qui ont fait que la situation a pu exploser dans d’autres pays, existent en Arabie saoudite. Il est probable qu'un jour le statu quo ne sera plus viable dans ce pays qui dépense des sommes immenses pour propager une vision passéiste, archaïque et violente de l’islam.

4 La politique linguistique

L'Arabie saoudite n'a pas de véritable politique linguistique écrite, comme on en trouve en Europe, par exemple, avec une loi générale portant sur la ou les langues du pays. À des fins de simplification, on peut affirmer qu'il s'agit d'une politique linguistique plutôt rudimentaire et limitée à la promotion de l'arabe standard moderne, car elle pourrait être plus élaborée en incluant les variétés d'arabe locales et en facilitant l'intégration des travailleurs étrangers par des cours de langue. L'Arabie saoudite n'a pas davantage de Constitution, car il s'agit de la Loi fondamentale adoptée par décret par le roi Fahd ben Abdelaziz Al Saoud (1982-2005) en octobre 1993. Cette constitution est fondée sur le Coran. On trouve néanmoins dans ce pays un grand nombre de décrets royaux servant à la promulgation des lois. 

Comme il n'y a pas de véritables minorités linguistiques (si l'on fait exception des ressortissants étrangers), le gouvernement ne fait qu'appliquer une diglossie arabe standard/arabe naji, considérée comme un phénomène normal. Aucune manifestation ni aucun culte d'une autre religion que l'islam n'est toléré dans ce pays; ceux qui expriment une opinion différente sont déclarés «apostats» et passibles de la peine de mort. Dans ce pays, les propos blasphématoires sont passibles d'un emprisonnement à vie et même de la peine de mort.

4.1 La langue et la religion

Salmane ben Abdelaziz Al Saoud (en arabe : سلمان بن عبد العزيز آل سعود, Salmān bin ʻAbd al-ʻAzīz Āl Saʻūd) ou, de manière plus courte, Salmane, est né le 31 décembre 1935 à Riyad; il est roi d'Arabie saoudite depuis le 23 janvier 2015. En matière de langue, le roi Salman, surnommé «le gardien des Deux Grandes Mosquées» (Médine et La Mecque), affirme que l’arabe est la langue de la religion et de la civilisation, et que sa préservation équivaut à la préservation de l’identité de son peuple.

Il conseille aux jeunes de s’immerger dans la langue arabe et de servir leur religion et leur nation à travers elle, tout en les mettant en garde contre un vocabulaire qui pourrait lui nuire. Le roi estime aussi que l’apprentissage des langues étrangères n’est pas incompatible avec la maîtrise de l’arabe. Il encourage les jeunes à apprendre d’autres langues et à approfondir leurs connaissances scientifiques dans leurs domaines respectifs. Le roi Salmane croit que l’arabe est une langue vivante qui influence et est influencé par d’autres langues. Voici la traduction du texte ci-contre du roi Salmane ben Abdelaziz: «L’enseignement en Arabie saoudite constitue le pilier fondamental à travers lequel nous réalisons les aspirations de notre peuple au progrès et à l’élévation dans les sciences et les savoirs.» Ce genre d'affirmation n'a pas manqué de susciter l’ironie, car elle intervient après des décennies durant lesquelles un wahhabisme radical et aliénant a profondément meurtri l’âme du peuple saoudien et, au-delà, celle de nombreux pays musulmans.

Voici un autre texte présenté par le roi Salman ben Abdelaziz Al Saoud ; on peut y lire les liens étroits entre la religion et la langue, plus particulièrement entre l'islam et l'arabe coranique, bien que le texte ci-dessous soit rédigé en arabe standard moderne:


"قامت المملكة العربية السعودية على أساس متين يتمثل في عقيدة الإسلام الذي نزلَ كتابُه بلسانٍ عربيٍّ مبين".

"إن من أجلِّ النعم على أمة الإسلام نعمة القرآن الكريم الذي نزل بلسان عربي مبين. قال تعالى: ﴿إنا أنزلناه قرآنًا عربيًّا لعلكم تعقلون﴾، فقد حفظ هذا الكتاب المبين لأمة العرب لغتها، ولأمة الإسلام طريق الخير والهداية وسائر الأحكام، ولشبابها أحسن الأخلاق والآداب، ثم إن من النعم الكبرى التي تستوجب الشكر أننا نعيش في دولة أُسست على هدى من كتاب الله الكريم، وسنة رسوله الأمين صلى الله عليه وسلم، تطبق شرعه، وتقيم حدوده، وتلتزم عقيدته في سائر تعاملاتها الداخلية والخارجية".

"ولا شك في أن هذه البلاد بالذات التي أنزل الله القرآن على أرضها، وعلى نبي منها وبلغتها هي أولى من يحتفل بالقرآن، وأولى من يعمل به، ولا شك في أن العرب جميعًا الذين أنزل القرآن بلغتهم هم أيضًا مثلنا يتشرفون بحمل هذا الكتاب، كذلك إخواننا المسلمون في كل مكان الذين يقرؤون القرآن – والحمد لله – باللغة العربية في الغالب منهم".

"نحتفل بكتاب الله الذي أنزل إلينا في أرضنا هذه، على نبي عربي باللغة العربية، هذا ولا شك في أنه شرف لكنه مسؤولية".

“إنَّ لغتنا العربية لغة حضارة وثقافة، وقبل ذلك لغة الدين القويم، ومن هنا فإنها لغة عالمية كبرى شملت المعتقدات والثقافات والحضارات، ودخلت في مختلف المجتمعات العالمية، وهي مثال اللغة الحية التي تؤثر وتتأثر بغيرها من اللغات
”.
 
Le Royaume d'Arabie saoudite a été fondé sur les fondements uniques de la foi islamique, dont le livre saint a été révélé en une seule langue arabe.

Parmi les plus grandes bénédictions accordées à la nation musulmane figure le Saint Coran,
révélé en une seule langue. Dieu Tout-Puissant a dit : « Nous l'avons certes fait descendre comme un Coran arabe afin que vous compreniez. » Ce livre saint a préservé la langue de la nation arabe, le chemin de la droiture et l'assistance pour la nation musulmane, ainsi que tous ses préceptes. Il a également inculqué à sa jeunesse les plus belles valeurs morales et les meilleures manières. De plus, parmi les plus grandes bénédictions qui méritent notre gratitude, il y a le fait de vivre dans un État fondé sur l'aide du Saint Coran et de la Sunna du messager digne de confiance, que la paix et les bénédictions soient sur lui. Cet État applique la loi islamique, et en respecte les limites et adhère à ses principes dans toutes ses affaires intérieures et extérieures.

« Sans aucun doute, cette terre, sur le sol de laquelle Dieu a révélé le Coran à un prophète issu de son peuple
et dans sa langue, est la plus digne de célébrer le Coran et de mettre en pratique ses enseignements. Et sans aucun doute, tous les Arabes, dans la langue auxquels le Coran a été révélé, partagent notre honneur de posséder ledit livre. De même, nos frères et sœurs musulmans, où qu'ils soient, qui lisent le Coran – louange à Dieu – sont pour la plupart arabophones. »

« Nous célébrons le Livre de Dieu, qui nous a été révélé sur cette terre,
à un prophète arabe et en langue arabe. C'est assurément un honneur, mais aussi une responsabilité. »

« Notre langue arabe est une langue de civilisation et de culture, et surtout la langue de notre véritable religion. C’est pourquoi elle est une langue mondiale majeure qui a embrassé des croyances, des cultures et des civilisations, et qui a imprégné diverses sociétés à travers le monde. Elle est un exemple parfait de langue vivante qui influence d’autres langues et est influencée par elles. »

Dans ce contexte, l'arabe dont on fait allusion est l'arabe coranique, la variété d'arabe employée par le prophète Mahomet et d'autres spécialistes de l'islam, non pas les variétés vernaculaires, même si, répétons-le, le texte ci-dessus est rédigé en arabe standard moderne.

La liberté de religion de la population non musulmane d'origine y demeure très restreinte, et elle doit s'exercer exclusivement dans le domaine privé. L'article 1er de la Loi fondamentale de 1993 stipule que la langue de l'État de l'Arabie saoudite est l'arabe:

Article 1er

Le royaume d'Arabie saoudite est un État souverain arabe islamique avec l'islam comme sa religion; le Livre de Dieu et la Sunnah de son Prophète, les prières de Dieu et la Paix qui est avec sur lui sont sa constitution, l'arabe est sa langue et Riyad, sa capitale.

Il faut comprendre qu'il s'agit de l'arabe coranique (ou classique) qui sert de langue officielle pour l'État. Quant à l'article 39 de la Loi fondamentale, il portant sur l'«expression», il n'apporte pas davantage de précision en ne faisant allusion qu'à la «langue correcte»:

Article 39 

Moyens d'expression

Les médias, les publications et tous les moyens d'expression sont tenus d'utiliser un langage respectueux et de se conformer aux lois de l'État. Ils contribuent à l'éducation de la nation et au renforcement de son unité. Tout acte incitant à la sédition ou à la division, portant atteinte à la sécurité de l'État et à ses relations publiques, ou violant la dignité et les droits de la personne est interdit. Les modalités d'application de cette loi seront précisées par voie réglementaire.

Par ailleurs, de nombreux décrets royaux, plusieurs ordonnances et des instructions ont été promulgués afin d'imposer l'emploi de la langue arabe. Peu de ces documents sont accessibles pour le public à moins de payer des droits relativement élevés. C'est pourquoi il a paru nécessaire de s'en tenir le plus souvent à des résumés publiés en arabe.  

4.2 Les décrets royaux

Les décrets royaux sont des ordres officiels promulgués par le roi ou d'autres membres de la famille royale, tels que les princes héritiers ou les ministres. Ils sont juridiquement contraignants et ont autorité sur l'État. Les décrets royaux jouent un rôle essentiel dans le système juridique saoudien, car ils constituent un mécanisme clé pour la gouvernance, l'élaboration des politiques et la réforme juridique. Ces décrets, promulgués par le roi et d'autres hauts responsables, complètent le droit islamique fondamental (la Charia) et offrent la flexibilité nécessaire pour répondre aux défis juridiques contemporains.

4.3 La langue des tribunaux

Il existe des tribunaux civils et des tribunaux religieux (islamiques). Les premiers concernent généralement les affaires internationales, par exemple les litiges commerciaux et financiers avec une société étrangère. Depuis 1970, certains litiges échappent aux tribunaux religieux comme le Bureau des plaintes, le Bureau des arbitrages du ministère du Commerce, la Commission de règlement des conflits du travail du ministère des Affaires sociales et le ministère de l’Intérieur pour les infractions au Code de la route (sauf si l’accident est mortel auquel cas les tribunaux islamiques redeviennent compétents).

- La langue arabe

L'article 36 du Décret royal n° M/64 (1975) prescrit que l'arabe est la langue officielle des tribunaux, mais la cour peut faire appel à un interprète si l'une des parties ou un témoin ne comprend pas la langue officielle, en l'occurrence le niveau intermédiaire :

Article 36

L'arabe est la langue officielle des tribunaux; toutefois, le tribunal peut entendre la déclaration des parties ou des témoins qui ne parlent pas l'arabe par l'intermédiaire d'un interprète.

C'est l'un des rares textes juridiques où l'on mentionne un type d'arabe, l'arabe intermédiaire. Il s'agit d'un minimum d'arabe correspondant généralement au niveau A-2 du Cadre européen commun de référence pour les langues.

L'article 172 du Décret royal n° M/39 (2001) reprend cette même disposition concernant les interprètes dans une cour de justice:  

Article 172

La cour peut affecter un ou plusieurs experts pour conseiller sur des questions techniques liées à la cause. L'expert doit fournir à la cour, dans le délai prescrit, un rapport écrit énonçant son avis. Les parties peuvent obtenir un exemplaire de ce rapport. Si les parties au litige, les témoins ou l'un d'eux ne comprennent pas l'arabe, la cour peut demander l'aide d'un interprète. Si une fausse déclaration ou un manque délibéré est établi contre l'un des experts ou des interprètes, la cour doit prendre des sanctions.

- La langue de l'arbitrage

L'article 29 du Décret royal n° M/34 (2012) prescrit l'arabe comme langue de l'arbitrage:

Article 29

1)
L'arbitrage se déroule en arabe, à moins que le tribunal d'arbitrage ne décide ou que les parties à l'arbitrage ne conviennent d'une ou de plusieurs autres langues. Et la règle de l'accord ou de la décision s'appliquera à la langue des données et des conclusions écrites et des plaidoiries, ainsi qu'à toute décision prise par le tribunal arbitral, ou à un message orienté par celui-ci, ou à une sentence rendue par celui-ci, à moins que l’accord des parties ou la décision du tribunal arbitral en dispose autrement.

2) Le tribunal d'arbitrage peut décider qu'en totalité ou une partie des documents écrits fournis dans la réclamation seront joints par une traduction dans la ou les langues utilisées lors de l'arbitrage.
En cas de langues multiples, le tribunal peut limiter la traduction à certaines d'entre elles.

En réalité, l'arabe standard moderne n'est pas la seule langue utilisée, car le recours à l'anglais est possible par l'intermédiaire de la traduction, le juge n'étant pas tenu de connaître une langue étrangère. Dans les échanges oraux, l'arabe najdi et l'arabe hijazi sont également employés.

Le décret royal n° 190, en date du 16/11/1409 AH, n'a pas été promulgué en tant que décret royal, mais en tant que résolution du Conseil des ministres n° 190, également en date du 16/11/1409 AH, relative aux règles de procédure devant le Tribunal des griefs. Toutefois, cette résolution a été ultérieurement abrogée par la Loi sur la procédure devant le Tribunal des griefs.
 

Article 62

This Law shall repeal the Rules of Procedures and Hearings before the Board of Grievances issued pursuant to Council of Ministers Resolution No. (190) dated 16/11/1409H and any conflicting provisions.
Article 62

La présente loi abroge le Règlement d'application des règles de procédure et de preuve devant le Tribunal des griefs établi en application de la résolution n° (190) du Conseil des ministres en date du 16/11/1409H et de toute disposition contraire.

Le décret royal n° 200 du 28/7/1422 AH devrait correspondre au Code de pratique judiciaire saoudien, mais c'est le Décret royal n° M/38 (2001) (2001) du 15 octobre 2001 qui, dans les faits, promulgue le Code de pratique judiciaire saoudien, lequel régit la profession d'avocat dans le pays:
 

Article 12

Un avocat ne doit pas évoquer des affaires personnelles concernant la partie adverse ou l'avocat de son client, et il doit s'abstenir de tout langage injurieux ou de toute accusation offensante qui pourrait porter atteinte à son intégrité.

Il n'est pas anodin qu'il puisse exister autant de documents juridiques concernant la langue employée dans les procès. Le gouvernement saoudien utilise les tribunaux dans le but de présenter une fausse impression de légalité afin de masquer l’usage abusif qu’il fait de la Loi de lutte contre le terrorisme afin de réduire ses détracteurs au silence. De façon générale, toute étape d'une procédure judiciaire paraît entachée de violations des droits de la personne, que ce soit la privation de l’accès à un avocat, la détention au secret ou encore des déclarations de culpabilité prononcées uniquement sur la base de prétendus « aveux » extorqués sous la torture », selon Amnistie internationale.

- Les tribunaux islamiques

En matière de justice, ce sont bien souvent les tribunaux islamiques qui règlent les affaires judiciaires. Au nombre de 300, ils sont divisés en "chambres spécialisées" selon la nature de l’affaire (tribale, pénale, familiale, etc.). La justice est rendue par un qadi qui juge seul, sauf lorsque la peine de mort ou l’amputation peut être requise contre un prévenu auquel cas le tribunal est composé de trois "qadis". Un Conseil judiciaire suprême, composé de 11 oulémas et présidé par le ministre de la Justice, exerce son contrôle sur les condamnations à mort, à l’amputation ou à la lapidation pour adultère. La police religieuse, les mouttawayn, veille à prévenir toute délinquance religieuse. Sauf en cas de force majeure, l'arabe classique sert de langue de référence pour les écrits et les sentences, mais l'arabe dialectal est utilisé à l'oral. 

Le problème est plus délicat pour les travailleurs immigrés (environ 40 % de la population), car beaucoup ignorent l'arabe ou, s'ils sont arabophones, pas nécessairement l'arabe standard moderne. Souvent, lorsqu'ils sont arrêtés, ils sont contraints par la ruse à signer des aveux rédigés en arabe standard et, parce qu'ils ont avoué, ils peuvent être empêchés de prendre contact avec des personnes susceptibles d'intervenir en leur faveur, notamment le personnel de leur consulat. Cette situation semble particulièrement normale pour les ressortissants de pays en voie de développement. Pour les Occidentaux, les règles sont moins contournées, car les accusés ne signent généralement pas d'aveu en arabe, sauf sous la torture. 

4.3 Les langues administratives

L'arabe est la langue officielle de l'administration publique saoudienne, et tous les organismes gouvernementaux et les entreprises opérant dans le Royaume sont tenus de l'utiliser dans leur correspondance officielle. Cependant, d'autres langues peuvent être utilisées dans des contextes spécifiques, comme la formation des employés en langues étrangères pour répondre aux exigences professionnelles, ou la traduction de documents et de correspondance avec des entités étrangères.

Dans l'administration publique, une attention particulière est portée à la correction de la langue arabe dans le discours administratif et les documents officiels afin d'éviter les fautes d'orthographe et de grammaire. Le Royaume soutient la langue arabe par le biais d'initiatives telles que l'Académie mondiale du roi Salman pour la langue arabe, qui œuvre à la promotion de la langue et au soutien de son utilisation.

- L'emploi de l'arabe

Le Décret royal n° M/61du 17 décembre 1409 AH (1989) impose l'arabe 

Article 1er

Tout commerçant doit conserver les registres commerciaux nécessaires pour la nature et l'importance de son commerce de façon à qu'il présente sa situation financière exacte ainsi que les droits et obligations relatifs à son commerce. Ces registres doivent être en règle et rédigés en arabe. Le commerçant doit également conserver au moins les registres suivants :

• le journal dans sa forme originale ;
• le livre d'inventaire ;
• le grand livre général.

Est dispensé de tenir ces registres le commerçant dont le capital ne dépasse pas 100 000 riyals.

De plus, la Loi sur le Registre du commerce (1995), promulguée par le décret royal n° M/1 du 21 février 1416 AH, énonce que les données doivent être rédigées en arabe:

Article IX :

Quiconque doit être inscrit au registre du commerce doit mentionner dans une correspondance, une publication, des sceaux et des illustrations, en plus de son nom inscrit au registre du commerce, le nom de la ville dans laquelle il est restreint, ainsi que toutes les données qui doivent être présentées en arabe.

La Loi sur les appels d'offres et les marchés publics, promulguée par le décret royal n° M/58 du 4 septembre 1427 AH, exige que les contrats doivent être rédigés en arabe. Ce décret royal n° M/58 a établi la loi initiale sur les appels d'offres et les marchés publics, un cadre fondamental pour les achats de l'État, axé sur la transparence, la concurrence loyale et la protection des fonds publics, et qui a été considérablement modifié par la suite par le décret royal n° M/128 en 1440 H (2019) afin de s'aligner sur la Vision 2030. Ce décret et ses règlements d'application ont défini les procédures relatives aux contrats publics, y compris les appels d'offres, l'attribution et l'exécution, constituant ainsi la base des marchés publics avant sa mise à jour.

Lorsqu'on consulte la figure ci-dessus, on constate qu'il existe des inscriptions unilingues arabes et des inscriptions bilingues arabes-anglaises, la seule inscription unilingue anglaise étant le Hilton. Il ne semble pas y avoir de règle, car les inscriptions unilingues anglaises concernent la police, une animalerie, le coca-cola, une pharmacie, un restaurant, une épicerie et un dentiste. 

- Les dénominations commerciales

Le système d'enregistrement des dénominations commerciales (ou noms commerciaux), institué par le Décret royal n° (M/83) du 19/3/1446 AH (environ mars/avril 2024), est un système saoudien modernisé visant à renforcer la confiance commerciale en réglementant la réservation et l'enregistrement des dénominations commerciales. La réglementation de 2024 et de 2025 offre une plus grande flexibilité en autorisant les noms innovants ou en langues étrangères, interdit l'usage des symboles religieux ou nationaux et permet à une entreprise d'employer son nom commercial de manière indépendante.

Les principales dispositions concernant les dénominations commerciales :

- accroître la confiance, faciliter les transactions, remédier aux similitudes des noms, élargir la gamme des noms pour inclure des lettres et des chiffres, et garantir la transparence;
- assurer la flexibilité dans la création des dénominations en autorisant des termes innovants ou étrangers, et des mots contenant des lettres ou des chiffres, sous réserve d'une réglementation spécifique;
- interdire l'usage d'une dénomination commerciale réservé ou enregistré sans le consentement du propriétaire;
- autoriser une entreprise à employer son nom commercial de manière indépendante;
- interdire l'usage commercial des symboles et des emblèmes nationaux, religieux ou sectaires.

Les articles 3 et 4 de la Loi sur les dénominations commerciales (2024) énoncent les obligations concernant la réservation ou l'inscription d'une dénomination commerciale:

Article 3

Obligation d'adopter et d'enregistrer une dénomination commerciale

1)
Tout commerçant
est tenu d'adopter une dénomination commerciale et de l'enregistrer au Registre du commerce.

2) Une dénomination commerciale peut être réservée temporairement auprès du Registraire sans inscription au Registre du commerce. La durée de la réservation et ses modalités sont précisées par la réglementation.

Article 4

Création d'une dénomination commerciale

1)
Une dénomination commerciale peut être dérivée du nom du commerçant, d'un nom distinctif, ou des deux. Elle peut être composée de mots arabes ou arabisés, de lettres ou de chiffres arabes, ou d'un ou plusieurs de ces éléments.

2) Une dénomination commerciale
peut être composée de mots, de lettres, de chiffres, ou d'un ou plusieurs de ces éléments, dans une autre langue que l'arabe.

3) Le règlement précisera les dispositions relatives au présent article,
notamment une autre langue que l'arabe de la dénomination commerciale, le mode d'inscription de la dénomination commerciale au registre du commerce et les modalités de réservation et d'enregistrement des dénominations « Arabie saoudite », des noms de « villes, régions et lieux publics » et des « noms de famille » en tant que dénominations commerciales.

Dans ce pays, un commerçant peut adopter une dénomination temporaire en la «réservant» auprès du Registre du commerce. Le fait de «réserver» un nom commercial en Arabie saoudite signifie le sécuriser auprès du ministère du Commerce pour pouvoir l'utiliser lors de l'enregistrement d'une entreprise, empêchant ainsi d'autres personnes de l'employer et protégeant l'identité d'une marque et sa crédibilité locale, généralement pour une période de 60 jours pendant que le requérant finalise les documents constitutifs. C'est une étape obligatoire pour établir légalement une entreprise, donnant des droits exclusifs sur ce nom dans le Royaume.  

L'article 7 de la même loi énonce ainsi les interdictions concernant les dénominations commerciales:

Article 7

Dénominations interdites

1)
Il est interdit de réserver ou d'enregistrer une dénomination commerciale qui contrevient à l'ordre public ou aux bonnes mœurs, qui est trompeuse ou dont l'utilisation est interdite par la réglementation applicable. Sont notamment concernées les dénominations qui :

a. ressemblent à une dénomination commerciale déjà réservée ou enregistrée au Registre du commerce, quel que soit le secteur d'activité. La réglementation précisera les critères de similitude des dénominations commerciales et les moyens de les distinguer;
b. ne doivent pas ressembler à une dénomination commerciale ou à une marque de renommée mondiale, ni à une marque déposée ou notoire du Royaume, sauf si elle appartient au requérant;
c.
ne doivent pas comporter de signification, de connotation ou de contenu politique, militaire ou religieux;
d.
ne doivent pas ressembler au nom, à l'insigne ou au symbole d'une organisation – locale, régionale ou internationale – ou de l'une de ses institutions.

2) Le Ministère tient à jour une liste des noms importants dont l'enregistrement en tant que dénominations commerciales est interdit, conformément au paragraphe 1 du présent article.

Les articles 1 et 2 du Règlement d'application sur les dénominations commerciales (2025) explicitent la notion de «réservation» des dénominations par rapport à l'enregistrement ou à l'inscription :

Article 1

1) Les termes et expressions utilisés dans le présent règlement ont la signification qui leur est attribuée à l'article 1 de la Loi sur les dénominations commerciales, promulguée par le Décret royal n° (M/83) du 30/19/1446 AH.

2) Les termes et expressions suivants, lorsqu'ils apparaissent dans le présent règlement, ont la signification qui leur est attribuée :

Réservation : conservation d'un nom commercial spécifique pour une période temporaire avant son inscription au Registre du commerce.
I
nscription : enregistrement des données du commerçant et de toute modification ultérieure au Registre du commerce, ainsi que sa publication dans le registre.

Article 2

1)
La réservation ou l'inscription d'une dénomination commerciale peut être
effectuée en arabe ou en anglais.

2)
Si une demande de réservation ou d'inscription d'une dénomination commerciale est faite en anglais, le nom doit être écrit en caractères latins suivis de son équivalent arabe.

3)
Un investisseur étranger peut réserver ou enregistrer une dénomination commerciale, à condition que celui-ci soit accompagné de son équivalent arabe, sans préjudice des dispositions de la loi et du présent règlement.

4) Si une dénomination commerciale doit être réservée ou enregistrée à l'aide de chiffres, celle-ci ne doit pas excéder neuf chiffres.

L'article 5 du Règlement d'application sur les dénominations commerciales précise les critères d'une dénomination considérée comme similaire à une autre :

Article 5

1)
Une dénomination commerciale est considérée comme similaire à une autre dénomination commerciale si son orthographe ressemble à celle d'une dénomination commerciale réservée, enregistrée ou reconnue internationalement, selon les critères déterminés par le Registraire, notamment :

a) L'orthographe suit un ordre différent des mots.
b)
L'orthographe correspond à la différence d'une lettre.
c)
L'orthographe correspond à l'ajout, la suppression ou la modification de pronoms, de formes duelles ou plurielles, ou de l'article défini.
d.
La prononciation d'un chiffre ou d'une lettre correspond à la prononciation ou inversement.

2) Les dispositions du paragraphe 1 du présent article s'appliquent aux dénominations commerciales en anglais, selon leurs équivalents arabes.

3) Le Registraire rejette toute demande de réservation ou d'enregistrement d'une dénomination commerciale si celle-ci est jugée similaire à une autre dénomination commerciale réservée ou enregistrée.

4) Le Ministère tient à jour et actualise périodiquement une liste des mots les plus fréquents qui ne sont pas considérés comme distinctifs dans une dénomination commerciale.

L'article 8 du Règlement d'application sur les dénominations commerciales formule la période de réservation d'une dénomination commerciale, soit 60 jours:

Article 8

1)
La période de réservation d’une dénomination commerciale est de 60 jours à compter de la date d’acceptation de la demande par le Registraire. Le requérant peut solliciter une prolongation de ce délai pour une durée identique avant son expiration. Des prolongations supplémentaires peuvent être accordées dans des circonstances jugées appropriées par le Registraire.

2) Une dénomination commerciale réservée ne peut être utilisée ni cédée avant son inscription au Registre du commerce.

De plus, l'article 14 de la Loi sur les dénominations commerciales énonce les sanctions prévues pour les infractions:

Article 14

Énoncé des infractions

1)
Sans préjudice des sanctions prévues par d'autres dispositions, une amende n'excédant pas 50 000 riyals est infligée à toute personne qui :

a) utilise une dénomination commerciale réservée ou soumise à restriction en violation des dispositions du présent règlement;
b) ne se conforme pas aux dispositions du paragraphe 1 de l'article 3, du paragraphe 1 de l'article 6, de l'article 8 ou du paragraphe 2 de l'article 13 de la présente loi.

2) L'amende peut être doublée en cas de récidive. La récidive est définie comme la commission de la même infraction ayant fait l'objet d'une décision définitive dans un délai de trois ans à compter de la date de cette décision.

3) Le montant de l'amende est déterminé en fonction de la gravité de l'infraction, de ses circonstances, de ses effets et de la taille de l'établissement. Le règlement établit un barème de classification des infractions.

Une amende de 50 000 riyals saoudiens équivaut à 13 330 $US ou à 11 345 €.

Tous les commerçants doivent vérifier et régulariser leur statut conformément aux mécanismes du ministère du Commerce dans les délais impartis afin de garantir la validité de leurs registres commerciaux. Ce système offre une meilleure protection des noms commerciaux et facilite le développement des entreprises tout en assurant la transparence.

- L'emploi des langues étrangères

Toutefois, la traduction peut être utilisée dans les transactions qui le requièrent avec des entités étrangères. L’Institut d’administration publique propose des programmes de formation en anglais destinés aux fonctionnaires, notamment à ceux dont les fonctions requièrent une maîtrise de la langue. De plus, certains organismes gouvernementaux s’efforcent de proposer leurs services dans différentes langues afin de répondre aux besoins des usagers, à l’instar du service de traduction assuré par l’Autorité générale pour la gestion des affaires de la Grande Mosquée et de la Mosquée du prophète. L'Arabie saoudite a ouvert des instituts Confucius pour enseigner le mandarin comme deuxième langue étrangère dans certaines provinces. D'autres initiatives, comme l'Académie mondiale Roi Salman pour la langue arabe, renforcent la présence de l'arabe à l'échelle mondiale.

Dans les faits, bien que la langue officielle soit l'arabe, l'anglais est la langue clé des affaires, puisqu'il est largement utilisé dans le commerce, la finance et les relations internationales, surtout par l'élite et les jeunes. Du fait que les langues vernaculaires arabes sont parlées, l'anglais facilite grandement les interactions personnelles et professionnelles, même si apprendre l'arabe des affaires (registre professionnel) constitue un atout stratégique pour la négociation et l'acculturation. En fait, l'arabe est surtout utile pour les documents juridiques (souvent traduits, mais sans valeur légale) et administratifs.

- La nationalité saoudienne

L'une des conditions pour obtenir la nationalité saoudienne, c'est notamment selon la Loi sur la nationalité saoudienne (1954-2023) de maîtriser la langue arabe à l'oral comme à l'écrit:

Article 8

Sont considérées comme étrangères les personnes nées au royaume d’Arabie saoudite de parents étrangers, ou d’un père étranger et d’une mère saoudienne, ainsi que les personnes nées à l’étranger d’un père de nationalité étrangère connue et d’une mère saoudienne. Toutefois, à sa majorité, toute personne a le droit de choisir la nationalité saoudienne si les conditions suivantes sont remplies :

Elle doit posséder un statut de résident permanent au Royaume d’Arabie saoudite à sa majorité. Le demandeur doit également remplir les conditions suivantes :

a) Être majeur.
b) Être de bonne moralité et ne pas avoir de casier judiciaire, ni avoir été emprisonné pour une infraction morale pendant plus de six mois.
c)
Maîtriser la langue arabe.

Article n° 9

La nationalité saoudienne peut être accordée à un étranger qui remplit les conditions suivantes : qu’il ait atteint l’âge de la majorité au moment du dépôt de sa demande. Cet article a été modifié par le décret royal n° (M/54) du 29/10/1425 AH et se lit comme suit :

« La nationalité saoudienne peut être accordée à un étranger qui remplit les conditions suivantes :

a) Au moment du dépôt de sa demande de nationalité saoudienne, il doit être majeur et avoir acquis un statut de résident pendant une période d’au moins dix années consécutives.
b) Il doit être sain d’esprit et de corps.
c) Il doit être de bonne moralité et de bonne conduite, et ne doit pas avoir été condamné par un tribunal à une peine d’emprisonnement de plus de six mois pour une infraction morale.
d) Il doit exercer une profession dans un domaine nécessaire au pays. Cette condition ne s’applique pas aux personnes nées dans le Royaume d’une mère étrangère et d’un père inconnu.
e) Il doit prouver qu’il gagne sa vie par des moyens légaux.
f)
Il doit maîtriser la langue arabe, à l’oral comme à l’écrit.

On ignore de quel arabe le règlement fait allusion, mais on peut supposer qu'il s'agit d'abord de l'arabe classique, la langue officielle de l'État, puis de l'arabe naji ou de l'arabe hijazi.

Dans le cas des entreprises commerciales, le Décret royal n° M/61(1989) impose l'arabe pour tenue des livres commerciaux:

Article 1er

Tout commerçant doit conserver les livres commerciaux nécessaires pour la nature et l'importance de son commerce de façon à qu'il présente sa situation financière exacte ainsi que les droits et obligations relatifs à son commerce. Ces livres doivent être en règle et en arabe. Le commerçant doit également conserver au moins les livres suivants :

• le journal dans sa forme originale ;
• le livre d'inventaire ;
• le grand livre général.

L'article 9 du Décret royal n° M/1 (1995) impose également l'usage de l'arabe pour l'inscription dans le registre du commerce ainsi que dans la correspondance, les documents imprimés, les timbres et les affiches:

Article 9

Quiconque est inscrit au registre du commerce doit indiquer dans la correspondance, les documents imprimés, les timbres et les affiches son numéro d'enregistrement commercial, en plus de son nom et du nom de la ville de l'inscription. Toutes les données doivent être rédigées en arabe.

Ces textes témoignent de l'effort d'arabisation dans le pays.

4.4 L'Académie mondiale du roi Salman pour la langue arabe

L’Académie mondiale du roi Salman pour la langue arabe est une académie de langue arabe dont le siège se trouve à Riyad.  Sa création et son organisation ont été approuvées par le Conseil des ministres saoudien le 1er septembre 2020. L'Académie a été créée pour contribuer au renforcement du rôle de la langue arabe aux niveaux régional et mondial; elle vise à mettre en valeur son importance dans l’expression de la richesse linguistique de la culture arabe et islamique, et à servir de centre de référence scientifique national pour la langue arabe et ses disciplines.

L'Académie mondiale du roi Salman pour la langue arabe vise les objectifs suivants:

- diffuser et protéger la langue arabe, ainsi que corriger les erreurs courantes de vocabulaire et de syntaxe;
- traduire des productions intellectuelles internationales;
- arabiser les nouveaux mots et les termes pour lesquels aucun mot ou terme n'avait été préalablement établi;
- étudier tout ce qui concerne la langue arabe, y compris les variétés locales appelées «dialectes».
- mettre en valeur le statut de la langue arabe et activer son rôle aux niveaux régional et international;

De façon plus stratégique, l'Académie veut préserver l’intégrité de la langue arabe, la soutenir dans sa prononciation et son écriture, examiner son éloquence, ses origines, ses styles, son vocabulaire, ses règles et ses normes, et faciliter son apprentissage et son enseignement à l’intérieur et à l’extérieur du Royaume, afin de suivre l’évolution de tous les aspects de la langue arabe.

L’Académie a aussi entrepris l’élaboration de politiques linguistiques pour certaines institutions aux niveaux local, régional et international. Au niveau local, elle a mis en œuvre en 2022 le projet de Guide des politiques linguistiques pour les institutions saoudiennes. Au niveau régional, elle a lancé un plan d’action conjoint avec l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO) axé sur le développement de politiques linguistiques dans les pays arabes.

Pour mener à bien le projet du Dictionnaire de l'arabe contemporain, l’Académie a signé en 2022 un protocole d’accord avec le Centre national des documents et des archives afin d’élaborer un dictionnaire encyclopédique des termes et des documents d’archives en arabe, en anglais et en français, de le mettre à la disposition des chercheurs, de développer des technologies d’intelligence artificielle et de créer des dictionnaires spécialisés. Par exemple, la première phase du projet de dictionnaires linguistiques, lancée en 2023, visait à recenser 180 000 racines de mots, le projet devant s’achever en 2025.

4.4 L'éducation

Avant la création du royaume d’Arabie saoudite en 1932, l’éducation se limitait aux établissements d'enseignement informel dirigé par les mosquées. De petits groupes d’élèves y apprenaient les lois islamiques, ainsi que la lecture et l’écriture de l'arabe coranique. Jusqu’à 1956, il n’existait pas d’écoles pour les filles, celles-ci recevant leur éducation à la maison. Même si ce système exclusivement religieux est disparu, le gouvernement a maintenu l’importance des études islamiques dans le système d’éducation moderne.

Le taux d'instruction a fait un bond prodigieux en Arabie saoudite depuis 1970, alors que ce taux n'atteignait que 15 % pour les hommes et 2 % pour des femmes, un taux inférieur à celui du Yémen et de l'Afghanistan. L'Arabie saoudite était alors un pays islamique très conservateur: les écoles destinées aux filles suscitaient une forte opposition dans certaines régions du royaume, où l'instruction non religieuse était considérée comme inutile, voire réellement dangereuse pour des filles. En 1990, le taux d'instruction avait augmenté à 73 % pour les hommes et à 48 % chez les femmes. 

Il n'existe pas de loi unique et exhaustive sur l'éducation en Arabie saoudite depuis 2019. En revanche, plusieurs règlements et lois connexes ont été mis en œuvre et modifiés durant cette période et ultérieurement, notamment la nouvelle loi sur les universités, promulguée en 2019, qui a remplacé les réglementations antérieures, ainsi que la mise en œuvre continue de la politique éducative saoudienne.  

- Les racines islamiques

L'éducation publique en Arabie saoudite, du primaire jusqu'à l'université, en passant par le secondaire, n'est jamais totalement séparée de ses racines islamiques. La politique en éducation impose parmi ses objectifs la promotion de la «croyance en Dieu», «en l'islam en tant que mode de vie» et «en Mahomet comme messager de Dieu». Par exemple, à l'école primaire, une moyenne de neuf périodes par semaine est consacrée aux matières religieuses et huit par semaine au niveau secondaire. Cette concentration sur les matières religieuses peut paraître considérable par comparaison avec le temps consacré à d'autres disciplines. Ainsi, selon les lois islamiques, les garçons et les filles n'ont pas le droit de fréquenter les mêmes écoles. Le ministère de l'Éducation accorde d’ailleurs des budgets séparés pour les écoles de filles et les écoles de garçons. 

Bref, la politique éducative du Royaume repose sur la religion et la culture islamiques, et met l’accent sur la transmission de valeurs et d’idéaux élevés. Afin de se faire une idée plus concrète de l'idéologie islamo-saoudienne, on peut lire ce texte du roi Salman ben Abdelaziz Al Saoud – «que Dieu le protège» –, aussi gardien des Deux Saintes Mosquées (La Mecque et Médine):

"قامت المملكة العربية السعودية على أساس متين يتمثل في عقيدة الإسلام الذي نزلَ كتابُه بلسانٍ عربيٍّ مبين".

"إن من أجلِّ النعم على أمة الإسلام نعمة القرآن الكريم الذي نزل بلسان عربي مبين. قال تعالى: ﴿إنا أنزلناه قرآنًا عربيًّا لعلكم تعقلون﴾، فقد حفظ هذا الكتاب المبين لأمة العرب لغتها، ولأمة الإسلام طريق الخير والهداية وسائر الأحكام، ولشبابها أحسن الأخلاق والآداب، ثم إن من النعم الكبرى التي تستوجب الشكر أننا نعيش في دولة أُسست على هدى من كتاب الله الكريم، وسنة رسوله الأمين صلى الله عليه وسلم، تطبق شرعه، وتقيم حدوده، وتلتزم عقيدته في سائر تعاملاتها الداخلية والخارجية".

"ولا شك في أن هذه البلاد بالذات التي أنزل الله القرآن على أرضها، وعلى نبي منها وبلغتها هي أولى من يحتفل بالقرآن، وأولى من يعمل به، ولا شك في أن العرب جميعًا الذين أنزل القرآن بلغتهم هم أيضًا مثلنا يتشرفون بحمل هذا الكتاب، كذلك إخواننا المسلمون في كل مكان الذين يقرؤون القرآن – والحمد لله – باللغة العربية في الغالب منهم".

"نحتفل بكتاب الله الذي أنزل إلينا في أرضنا هذه، على نبي عربي باللغة العربية، هذا ولا شك في أنه شرف لكنه مسؤولية

“إنَّ لغتنا العربية لغة حضارة وثقافة، وقبل ذلك لغة الدين القويم، ومن هنا فإنها لغة عالمية كبرى شملت المعتقدات والثقافات والحضارات، ودخلت في مختلف المجتمعات العالمية، وهي مثال اللغة الحية التي تؤثر وتتأثر بغيرها من اللغات

Le Royaume d'Arabie saoudite a été créé sur les fondements uniques de la foi islamique, dont le Livre saint a été révélé en une seule langue arabe.

Parmi les plus grandes bénédictions accordées à la nation musulmane figure
le Saint Coran, révélé en une seule langue. Dieu tout-puissant a dit : « Nous l'avons certes fait descendre comme un Coran arabe afin que vous compreniez. » Ce Livre saint a préservé la langue de la nation arabe, le chemin de la droiture et l'assistance pour la nation musulmane, ainsi que tous ses préceptes. Il a également inculqué à sa jeunesse les plus belles valeurs morales et les meilleures manières. De plus, parmi les plus grandes bénédictions qui méritent notre gratitude, il y a le fait de vivre dans un État fondé sur l'aide du Saint Coran et de la Sunna du Messager digne de confiance, que la paix et les bénédictions soient sur lui. Cet État applique la loi islamique, en respecte les limites et adhère à ses principes dans toutes ses affaires intérieures et extérieures.

« Sans aucun doute, cette terre, sur le sol de laquelle Dieu a révélé le Coran à un prophète issu de son peuple
et dans sa langue, est la plus digne de célébrer le Coran et de mettre en pratique ses enseignements. Et sans aucun doute, tous les Arabes, dans la langue desquels le Coran a été révélé, partagent notre honneur de posséder ledit Livre. De même, nos frères et sœurs musulmans, où qu'ils soient, qui lisent le Coran – louange à Dieu – sont pour la plupart arabophones. »

« Nous célébrons le Livre de Dieu, qui nous a été révélé sur cette terre,
à un prophète arabe et en langue arabe. C'est assurément un honneur, mais aussi une responsabilité. »

« Notre langue arabe est une langue de civilisation et de culture, et surtout la langue de notre véritable religion. C’est pourquoi elle est une langue mondiale majeure qui a embrassé des croyances, des cultures et des civilisations, et qui a imprégné diverses sociétés à travers le monde. Elle est un exemple parfait de langue vivante qui influence d’autres langues et est influencée par elles. »

Nous pouvons constater que la religion et la langue sont intimement liées. Évidemment, il s'agit dans ce cas de l'arabe coranique dont les préceptes ont été révélés. Il n'en demeure pas moins que cette variété d'arabe n'est jamais parlée comme langue maternelle, bien que le texte mentionne qu'il s'agit d'un exemple parfait de langue vivante. Dans les faits, l'arabe coranique est une langue essentiellement «liturgique», comme le fut le latin dans les pays chrétiens. Or, l'usage d'une version propre à la liturgie est liée au fait que la langue liturgique et la langue vernaculaire ont rarement coïncidé. L'arabe coranique du VIIe siècle ne fait pas exception parce que, depuis ce temps-là, l'arabe vernaculaire a continué d'évoluer.  

- L'enseignement primaire et secondaire

Dans les écoles primaires, seul l'arabe sert de langue d'enseignement. Neuf périodes sont dévolues à la langue arabe et douze au total pour la géographie, l'histoire, les mathématiques, les sciences, les arts et l'éducation physique. Au secondaire, ce sont six périodes par semaine pour l'arabe, dix-neuf pour les autres disciplines. Au niveau secondaire, les périodes exigées pour les études religieuses ont été réduites, bien qu'il soit possible pour les élèves de recevoir une instruction avec une concentration dans des études religieuses. Toujours au secondaire vient s'ajouter l'apprentissage d'une langue étrangère: l'anglais. L’éducation privée est officiellement encouragée en Arabie saoudite, mais les écoles privées ne disposent pas du droit de délivrer des diplômes. Elles peuvent néanmoins utiliser une autre langue que l'arabe comme langue d'enseignement. Il existe donc des écoles pour les ressortissants américains, britanniques, français, allemands, etc. Dans ces écoles, l'enseignement de l'arabe comme langue seconde est obligatoire. 

- L'université

La Loi sur les universités (2019) vise à réglementer les affaires universitaires, y compris les conseils académiques et les affaires professorales. L'article 54 impose l'arabe comme langue d'enseignement, mais d'autres langues peuvent être employées, sous réserve de l'approbation du Conseil universitaire:

Article 54

L'arabe est la langue d'enseignement à l'université. D'autres langues peuvent être employées, sous réserve de l'approbation du Conseil universitaire.

Le Conseil universitaire ("University Council") supervise les affaires académiques, notamment les promotions, les nominations, l'approbation des congés sabbatiques et les contrats externes.

Les Saoudiens peuvent poursuivre leurs études dans les établissements universitaires où les langues d'enseignement sont l'arabe et l'anglais. Deux types de programmes sont assurés : ceux de type occidental et ceux d’éducation islamique. Les jeunes filles sont admises dans les universités selon les mêmes critères que les jeunes gens, mais elles sont complètement isolées des hommes pendant leurs études universitaires; par exemple, elles n’ont pas le droit d’assister aux cours dispensés par un homme et doivent alors suivre le cours sur un écran de télévision en circuit fermé.

4.5 Les médias

Tous les Saoudiens sont assurés de recevoir une information en arabe. En matière de presse écrite, qui compte plus de 10 quotidiens et des dizaines de magazines, l'Arabie saoudite a adopté une politique qui dote chaque grande région d'un quotidien. Par exemple, Al Madina est publié à Medine, Oukaze à Djedda, Al Riyad dans la capitale, etc. Citons quelques-uns de ces journaux, tous diffusés en arabe: Al Jazirah, Asharq Al Awsat, etc. Le Al Hayat est diffusé en arabe et an anglais. Le Washington Post et Arab News sont disponibles en anglais, Le Monde diplomatique en français. Dans les médias électroniques, le système est similaire, mais l'arabe classique est seul utilisé pour la radiotélévision d'État.   

Le système de radiodiffusion saoudien, institué par le décret royal n° 1004/16/3/7 du 17 juin 1374 AH, stipule en son article 5 que la langue officielle de la radiodiffusion est l'arabe, sans préciser la variété d'arabe, mais il s'agit de l'arabe standard moderne. Ce décret souligne l'importance du respect de la phonologie et des normes linguistiques de l'arabe dans les communications et les médias officiels.

Un décret royal de 1982 sur la presse et les publications imposait aux journalistes une très forte autocensure. Ainsi, il est interdit de critiquer le gouvernement, la famille royale, les chefs d'État des pays amis ou la hiérarchie religieuse, sous peine d'être poursuivis et incarcérés. Même Internet, depuis son introduction en 1999, est censuré par un ministère de la «Cité du roi Abdul Aziz pour la Science et la Technique», qui filtre les sites consultés et bloque ceux qui sont jugés contraires à la morale ou à l'islam. En 2001, un décret royal a autorisé la distribution d'Al Hayat (propriété du prince Khaled bin Sultan, fils du ministre de la Défense) sans censure préalable, comme c'était le cas pour certains autres journaux saoudiens et le quotidien panarabe Asharq al-Awsat. De façon générale, le régime contrôle les médias et impose de sévères limites aux médias sociaux. Les écrivains, les journalistes et les critiques sont harcelés, sinon détenus ou bannis, quand ils ont la chance d'échapper à la peine de mort.

L'Arabie saoudite pratique une politique d'arabisation, sans aucune loi générale sur l'arabe, mais avec de lois non linguistiques contenant plus ou moins régulièrement une disposition sur l'arabe ou sur d'autres langues. La langue officielle, l'arabe standard moderne (ASM), est une langue que personne ne parle, mais c'est la langue de l'école et de tous les documents écrits officiels de l'État. En Arabie saoudite, l'arabisation est considérée comme une obligation afin de maintenir la «pureté» de la langue arabe. En effet, il est largement admis parmi les Saoudiens que la préservation de la pureté de la langue arabe, la langue du Coran, constitue un devoir religieux, mais ce n'est pas davantage cette autre variété d'arabe que parlent les Saoudiens. Dans ce pays, l'arabe vernaculaire parlé correspond essentiellement à l'arabe najdi, à l'arabe hizaji et à l'arabe du Golfe, abstraction faite des autres variétés d'arabe parlées par les populations immigrantes.

En Arabie saoudite, la problématique ne concerne pas la protection des minorités linguistiques, mais celle des travailleurs étrangers. À ce sujet, on ne peut que déplorer le fait que l'État saoudien n'offre pas à ces travailleurs s (25 % de la population), en collaboration avec les pays d’origine de cette main-d’œuvre, des cours de conversation en arabe local, afin de faciliter la communication sociale et d’éviter les conflits dus aux difficultés linguistiques et culturelles et à l’incompréhension. Bref, la politique linguistique de ce pays est rudimentaire, mais elle pourrait être plus élaborée en laissant une place aux langues arabes autochtones et, dans une moindre mesure, à celle des travailleurs étrangers. Dans les faits, l'anglais est beaucoup plus choyé que toute autre langue, hormis l'arabe standard moderne et l'arabe coranique.

Dernière mise à jour: 04 janv. 2026

Bibliographie

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HUMPHREYS, R. Stephen. «Islam and Political Values in Saudi Arabia, Egypt, and Syria», dans Middle East Journal, vol. 33, no 1, hiver 1979, p. 1-19.

LINDSEY, Gene. Saudi Arabia, New York, Éditions Hippocrene Books, 1991.

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UNITED NATIONS SOCIAL DEFENCE RESEARCH INSTITUTE. The Effect of Islamic legislation on crime prevention in Saudi Arabia : proceedings of the symposium held in Riyadh, Social Defence Research Institute Crime prevention in Saudi Arabia, ministère de l'Intérieur, Riyad, Arabie saoudite, 1980, 606 p. (copie de l'Université d'Ottawa, KBL .E377 1980 MRT.

YACOUB, Joseph. «Asie du Sud et du Sud-Est» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 593-637.

 

 

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