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Venezuela(3) La politique indigéniste et la politique linguistique |
Rappelons que les autochtones, généralement appelés «indigènes» ("indígenas"), ne constituent qu'une faible portion de la population du Venezuela et qu'ils ne dépassent pas les 320 000 locuteurs (mais atteindrait peut-être 50 000, selon des statistiques non gouvernementales). Ces populations sont concentrées dans les régions frontalières du nord-ouest, du nord-est et du sud du pays: provinces de Delta Amacuro, Monagas, Sucre, Anzoategui, Bolivar, Amazonas, Apure et Zulia. De plus, un rapport de l'ONU (1996) pour l'élimination de la discrimination raciale révélait que les indigènes du Venezuela ont toujours jusqu'à récemment fait l'objet de pratiques discriminatoires en raison de leur condition raciale et qu'ils ont toujours été des parias dans la société vénézuélienne. La plupart des spécialistes sur la question parlent d'ailleurs de «génocide ethnoculturel».
Le Ministère public du Venezuela reconnaissait en 1990 que «jusqu'à présent, il n'a pas existé dans le pays une politique indigéniste effective». Même dans les cas où le gouvernement est intervenu activement dans quelques dossiers concernant le droit des autochtones, il ne semble pas avoir obtenu les résultats escomptés, en raison de l'ampleur et de la complexité des problèmes graves que présentaient les différentes ethnies. Ces problèmes, constatés par divers procureurs du Ministère public mandatés à cet effet, auraient exigé pour les résoudre une plus grande participation des organismes de l'État. Comme il n'existait pratiquement aucune politique officielle indigéniste dans le pays, aucune solution n'a été trouvée. Pire, les fonctionnaires de l'État ont constamment violé les droits individuels des indigènes parce qu'ils ignorent même jusqu'à l'existence de ces droits. Cela se traduit par des violations des droits de l'homme telles que des arrestations arbitraires, des intimidations, des mauvais traitements ou des violations encore plus graves comme des exécutions sommaires.
Si ce n'était du courant mondial qui favorisait les mouvements d'émancipation des autochtones, leur poids politique serait à peu près nul au Venezuela. Mais nouvelle démocratie oblige... l'État vénézuélien a refait ses devoirs. Sur le plan juridique, le changement est majeur. Les droits des peuples autochtones sont maintenant reconnus dans un véritable arsenal d'instruments juridiques.
1.1 La reconnaissance constitutionnelle
La politique indigéniste a joué un rôle fondamental dans le processus révolutionnaire guidé par Hugo Chavez au Venezuela. Dans le préambule de la Constitution de 1999, les «aborigènes» ("aborígenes ") furent placés au premier paragraphe, puis aussi bien reconnus dans le présent, en inscrivant le Venezuela comme une société «pluriculturelle et multiethnique» ("sociedad multiétnica y pluricultural"), que dans l'Histoire, en qualifiant leur geste d’héroïque et de sacrificielle :
| PREÁMBULO (1999)
El pueblo de Venezuela, en ejercicio de sus poderes creadores e invocando la protección de Dios, el ejemplo histórico de nuestro Libertador Simón Bolívar y el heroísmo y sacrificio de nuestros antepasados aborígenes y de los precursores y forjadores de una patria libre y soberana; |
PRÉAMBULE (1999)
Le peuple du Venezuela, dans l'exercice de ses pouvoirs créateurs et en invoquant la protection de Dieu, l'exemple historique de notre Libérateur Simon Bolivar, ainsi que l'héroïsme et le sacrifice de nos ancêtres aborigènes et de leurs précurseurs et fondateurs d'une nation libre et souveraine; |
De plus, la Constitution de 1999 contient un chapitre (art. 119-126) sur les droits des indigènes. L'article 119
oblige l'État à reconnaître l'existence des peuples et des communautés indigènes, leur organisation sociale, politique et économique, leurs cultures, leurs us et coutumes, leurs langues et leurs religions, ainsi que leur habitat et leurs droits d’origine sur les terres ancestrales qu'ils occupent traditionnellement et qui sont nécessaires au développement et au maintien de leur mode de vie. L’article 125 garantit la représentation politique indigène dans les organismes délibérants, tant à l’Assemblée nationale que dans les institutions fédérales, régionales et locales ayant des populations indigènes. D'après la Septième disposition transitoire de la Constitution, les représentants indigènes devraient être au nombre de trois à l'Assemblée nationale, ce qui correspondrait à chacune des trois grandes régions du pays où les indigènes sont présents: l’Orient, le Sud et l’Occident. Il doit s'ajouter aussi un représentant indigène dans les conseils législatifs des neufs États (Zulia, Mérida, Trujillo, Apure, Monagas, Anzoátegui, Sucre, Delta et Amazonas) à population indigène ainsi qu’un représentant dans les conseils municipaux de ces États. Tous sont en position de rédiger des lois et de promouvoir des politiques publiques en faveur des autochtones.1.2 Les mesures législatives
L'année 2001 vit le pays prendre un tournant majeur en matière des droits des peuples autochtones. Après des décennies d'indifférence, le Venezuela adopta successivement la Loi sur l’éducation des peuples indigènes et sur l’usage de leurs langues (18 juin 2001), qui ne fut jamais appliquée, la Loi approuvant la Convention no 169 relative aux peuples indigènes et tribaux (2000) et, le 17 octobre 2001, la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l'OIT, la convention de l'Organisation international du travail. En 2005, ce fut l'adoption de la Loi organique sur les peuples et les communautés indigènes. Ces lois ont été suivis de deux décrets importants: Décret présidentiel no 1.795 du 27 mai 2002 ordonnant l'obligation d'employer les langues indigènes et le Décret présidentiel no 1.795 du 27 mai 2002 instituant le Conseil national de l'éducation, de la culture et des langues indigènes. En 2008, le président Hugo Chavez a fait adopter une loi très ambitieuse sur l'usage des langues indigènes: la Ley de Idiomas Indígenas ("Loi sur les langues indigènes"); celle-ci fut modifiée en 2021 (voir la Loi sur les langues indigènes de 2021).
La loi de 2008 était une loi détaillée comptant 44 articles et destinée à réglementer, à promouvoir et à renforcer l'emploi, la revitalisation, la préservation, la protection et le développement des langues indigènes, sur la base du droit d'origine des peuples indigènes et de l'usage de leurs langues comme moyen de communication et d'expression culturelle.
La version de 2021 de la Loi sur les langues indigènes reconnaît les langues autochtones comme langues officielles avec l'espagnol (appelé castillan). Dans les écoles des communautés indigènes, les cours doivent dorénavant être dispensés dans les langues indigènes. Dans les villes où réside une population autochtone, il doit y avoir au moins un enseignant chargé de donner, soit les cours en langue indigène soit l’éducation interculturelle bilingue. C'est l'une des lois les plus ambitieuses de tout le continent sud-américain. Outre les lois moins récentes comme la Loi organique sur l'éducation (9 juillet 1980), le Règlement général sur la Loi organique en éducation (1999), la Loi sur la protection et la défense du patrimoine culturel (3 septembre 1993), mentionnons les documents suivants: la Loi sur l’éducation des peuples indigènes et sur l’usage de leurs langues (18 juin 2001), la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l'OIT (octobre 2001), la Loi organique sur les peuples et les communautés indigènes (2005), la Loi organique sur l'identification (2006) et surtout la Loi sur les langues indigènes (2008) et la version de 2021.
Le président
Chavez a aussi créé le "Ministerio del Poder Popular para los Pueblos Indígenas", le ministère du Pouvoir populaire pour les peuples indigènes (auparavant le ministère de l'Éducation, de la Culture et des Sports), avec à sa tête une autochtone yekuana de l’Amazonie. Chavez a créé ensuite le ministère du Pouvoir populaire pour l'enseignement supérieur (auparavant le ministère de l'Enseignement supérieur): le Ministerio del Poder Popular para la Educación Universitaria (el Ministerio de Educación Superior). Il apparaît clair que l'ex-président Hugo Chavez était en quête de reconnaissance de la part de la population indigène, bien que les appuis en termes de voix électorales allaient demeurer faibles, puisque les indigènes ne représentent que 2,3 % de la population vénézuélienne. Avec Hugo Chavez, les populations indigènes, les illettrés, les sans-voix et les sans-abri ont eu l’impression d’exister au sein de la société vénézuélienne.1.3 La Convention relative aux peuples indigènes et tribaux
Le gouvernement du Venezuela a signé la Convention relative aux peuples indigènes (Convenio sobre pueblos indígenas y tribales) de l’Organisation internationale du travail (OIT); le Parlement l’a ratifiée le 17 octobre 2001 et avait auparavant adopté la loi approuvant la Convention no 169 relative aux peuples indigènes et tribaux (2000). La Convention revêt une grande importante, puisqu'elle implique 14 États d'Amérique latine: outre le Venezuela, il s'agit de la Bolivie, de l'Argentine, de la Colombie, du Costa Rica, de l’Équateur, du Guatemala, du Honduras, du Mexique, du Paraguay et du Pérou.
La Convention reconnaît aux peuples indigènes le droit de jouir pleinement des libertés fondamentales, sans entrave ni discrimination (art. 3). Les dispositions de cette convention doivent être appliquées sans discrimination aux femmes et aux hommes de ces peuples. Les gouvernements des États signataires doivent mettre en place des moyens par lesquels les peuples autochtones pourront, à égalité avec le reste de citoyens de leur pays, participer librement et à tous les niveaux à la prise de décisions dans les institutions électives et les organismes administratifs et autres qui sont responsables des politiques et des programmes qui les concernent (art. 6). L’article 7 reconnaît aux populations concernées le droit de contrôler leur développement économique, social et culturel propre. Les États doivent aussi tenir compte des coutumes et du droit coutumier de ces populations (art. 8). L’article 20 de la Convention oblige les gouvernements à «prendre des mesures spéciales pour assurer aux travailleurs appartenant à ces peuples une protection efficace en ce qui concerne le recrutement et les conditions d'emploi». Les gouvernements doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter toute discrimination entre les travailleurs appartenant aux peuples intéressés.
La partie VI de la Convention est consacrée à l’éducation, donc indirectement à la langue. L’article 26 est très clair sur la possibilité des autochtones d’acquérir leur instruction à tous les niveaux:
| Article 26
Des mesures doivent être prises pour assurer aux membres des peuples intéressés la possibilité d'acquérir une éducation à tous les niveaux au moins sur un pied d'égalité avec le reste de la communauté nationale. |
Le paragraphe 3 de l’article 27 reconnaît «le droit de ces peuples de créer leurs propres institutions et moyens d'éducation» et que des ressources appropriées leur soient fournies à cette fin. C’est l’article 28 qui semble le plus important en cette matière:
| Article 27
1) Lorsque cela est réalisable, un enseignement doit être donné aux enfants des peuples intéressés pour leur apprendre à lire et à écrire dans leur propre langue indigène ou dans la langue qui est le plus communément utilisée par le groupe auquel ils appartiennent. Lorsque cela n'est pas réalisable, les autorités compétentes doivent entreprendre des consultations avec ces peuples en vue de l'adoption de mesures permettant d'atteindre cet objectif. 2) Des mesures adéquates doivent être prises pour assurer que ces peuples aient la possibilité d'atteindre la maîtrise de la langue nationale ou de l'une des langues officielles du pays. 3) Des dispositions doivent être prises pour sauvegarder les langues indigènes des peuples intéressés et en promouvoir le développement et la pratique. |
Les États appuieront l'élaboration de programmes scolaires correspondant à la réalité des peuples autochtones et mobiliseront les ressources techniques et financières nécessaires à leur bonne application. Quant à l’article 31, il précise que «mesures de caractère éducatif doivent être prises dans tous les secteurs de la communauté nationale, et particulièrement dans ceux qui sont le plus directement en contact avec les peuples intéressés, afin d'éliminer les préjugés qu'ils pourraient nourrir à l'égard de ces peuples». Dans ces perspectives, il est précisé que «des efforts doivent être faits pour assurer que les livres d'histoire et autres matériels pédagogiques fournissent une description équitable, exacte et documentée des sociétés et cultures des peuples intéressés».
Comme il se doit, les États signataires de la Convention reconnaîtront et établiront des mécanismes pour assurer l'exercice de tous les droits des peuples autochtones, en particulier en ce qui concerne l'éducation, la langue et la culture.
Le Venezuela est une fédération de 23 États. Non seulement l'État fédéral a prévu des dispositions concernant les autochtones, mais également certains États fédérés comptant un nombre significatif d'indigènes.
2.1 La Constitution fédérale
Lors de l'élaboration de la Constitution de décembre 1999, plus de 400 délégués indigènes représentant 28 groupes ethniques différents ont été consultés et trois représentants ont fait partie de l'Assemblée constituante. L'article 9 reconnaît aux langues indigènes, à côté de l'espagnol (castillan), le statut de langues officielles partout au pays:
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Article 9 La langue officielle est le castillan. Les langues indigènes sont aussi d'usage officiel pour les peuples indigènes et elles doivent être respectées dans tout le territoire de la République, pour constituer le patrimoine culturel de la nation et de l'humanité. |
Cependant, cette égalité juridique ne peut se transposer facilement dans la vie quotidienne, comme pour l'espagnol. N'oublions pas que 92 % des Vénézuéliens parlent l'espagnol, contre 1,5 % pour les langues amérindiennes. Ce n'est pas l'égalité juridique qui peut réduire une si grande inégalité numérique ni effacer deux siècles de répression et de déni de toutes sortes.
L'article 81 est plus ou moins sans intérêt pour les autochtones. Il porte sur les personnes souffrant d'incapacités; l'État leur reconnaît certains droits: «Il est reconnu aux personnes sourdes ou muettes le droit d'exprimer et de communiquer au moyen de la langue des signes.»
| Article 81 Toute personne ayant un handicap ou des besoins particuliers est habilitée à exercer de façon complète et autonome de ses capacités et son intégration familiale et communautaire. Avec la participation solidaire des familles et de la société, l'État doit assurer le respect de la dignité humaine, l'égalité des chances et des conditions de travail satisfaisantes, et promouvoir l'instruction, la formation et l'accès à l'emploi adaptés à l'état de handicapé, conformément à la loi. Il est reconnu que les personnes sourdes le droit de s'exprimer et de communiquer par la langue des signes vénézuéliens. |
L'article 101 est de la même eau au sujet des moyens de communication télévisuels: «Les moyens télévisuels doivent incorporer des sous-titres et la traduction dans la langue des signes pour les personnes ayant des problèmes auditifs.»
Cela étant dit, l'article 119 de la Constitution parce qu'il énonce les grands principes concernant les droits des autochtones:
| Article 119
LL'État reconnaît l'existence des peuples et des communautés indigènes, leur organisation sociale, politique et économique, leurs cultures, leurs us et coutumes, leurs langues et leurs religions, ainsi que leur habitat et leurs droits d’origine sur les terres ancestrales qu'ils occupent traditionnellement et qui sont nécessaires au développement et au maintien de leur mode de vie. Il appartient à l'Exécutif national, avec la participation des peuples indigènes, de délimiter et de garantir le droit à la propriété collective de leurs terres, lesquelles sont inaliénables, imprescriptibles, insaisissables et non transférables, conformément aux dispositions de la présente Constitution et de la loi. |
Il incombe à l'Exécutif national, avec la participation des peuples indigènes, de délimiter et de garantir le droit à la propriété collective de leurs terres, lesquelles seront inaliénables et non transférables. L'article 121 de la Constitution précise certaines modalités:
| Article 121
Les peuples indigènes ont le droit de maintenir et de développer leur identité ethnique et culturelle, leur vision du monde, leurs valeurs, leur spiritualité, leurs lieux sacrés et lieux de culte. L'État favorisera la valorisation et la diffusion des manifestations culturelles des peuples indigènes, lesquels ont droit à une éducation propre et à un régime éducatif à caractère interculturel et bilingue, en tenant compte à leurs particularités socioculturelles, leurs valeurs et leurs traditions. |
En ce qui a trait aux dispositions à caractère non linguistique, mentionnons que la Constitution accorde aux peuples indigènes le droit à l'accès à la santé (art. 122), le droit de maintenir et de promouvoir leurs pratiques économiques particulières et leurs activités productives traditionnelles (art. 123), le droit à des services de formation professionnelle (art. 123) et à la législation du travail (art. 123), de même qu'à la propriété intellectuelle de leurs connaissances et de leurs technologies (art. 124), à la participation politique (art. 125). À ce sujet, l'État garantit une représentation indigène à l'Assemblée nationale et dans les organismes fédéraux et locaux. Il y est prévu que trois députés autochtones doivent être élus à l’Assemblée nationale pour les régions sud, est et ouest. En outre, dans chaque municipalité autochtone, il y a des conseillers municipaux autochtones, et dans chaque province où vivent des communautés autochtones, il y a des «législateurs» indigènes. Enfin, l'article 126 énonce que les peuples indigènes «font partie de la nation, de l'État et du peuple vénézuélien» et qu'ils ont le devoir de sauvegarder l'intégrité et la souveraineté nationale.
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.2 Les dispositions constitutionnelles des États fédérésLes États fédérés du Venezuela qui ont élaboré une ou plusieurs dispositions d'ordre linguistique destinées aux autochtones sont les suivants: l'État du Zulia (2003), l'État d'Anzoátegui (2002), l'État de Bolivar (2001), l'État d'Apure (2002), l'État de Sucre (2002) et l'État de Monagas (2002). Seuls les États du Zulia, d'Anzoátegui (2002) et de Bolivar reconnaissent le statut de langues co-officielles aux langues autochtones.
- L'État du Zulia
L'article 9 de la Constitution de l'État du Zulia reconnaît le castillan et les langues indigènes comme officielles dans leurs communautés respectives:
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Constitución del Estado Zulia (2003) Artículo 9. |
Constitution de l'État du Zulia (2003) Article 9 |
- L'État de Bolivar
L'article 9 de la Constitution de l'État de Bolivar accorde le statut de langues officielles au castillan et aux langues indigènes sur tout le territoire de l'État:
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Constitución del Estado Bolívar (2001) Artículo 9º |
Constitution de l'État de Bolivar (2001) Article 9 Article 71 |
L'État de Bolivar s'engage aussi à publier dans les différentes langues indigènes la Constitution de l'État.
- L'État d'Anzoátegui
Les articles 8 et 87 de la Constitution de l'État d'Anzoátegui reconnaissent le caractère officiel du castillan et des langues indigènes, notamment le karina et le cumanagoto (une langue pratiquement éteinte):
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Constitución del Estado Anzoátegui (2002) Artículo 8. |
Constitution de l'État d'Anzoátegui (2002) Article 8 |
- L'État de Sucre
L'article 20 de la Constitution de l'État de Sucre ne reconnaît pas l'usage officiel des langues indigènes, mais uniquement le droit aux autochtones de les utiliser, comme tous les autres us et coutumes:
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Constitución del Estado Sucre (2002) Artículo 20. |
Constitution de l'État de Sucre (2002) Article 20 |
- L'État de Monagas
La Constitution de l'État de Monagas, dans son article 53, contient une disposition similaire, soit celle de reconnaître l'existence et le droit des peuples indigènes à utiliser leurs langues, leurs us et coutumes, etc.:
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Constitución del Estado Monagas (2002) Artículo 53°. |
Constitution de l'État de Monagas (2002) Article 53 |
- L'État d'Apure
L'article 41 de la Constitution de l'État d'Apure ne mentionne même pas que les peuples indigènes ont le droit d'utiliser leur langue maternelle. Tout au plus il est possible d'interpréter que les langues ancestrales font partie du «patrimoine culturel»:
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Constitución del Estado Apure (2002) Artículo 41º |
Constitution de l'État d'Apure (2002) Article 41 |
Mentionnons aussi que l'État d'Apure ne semble pas autoriser l'emploi des langues indigènes dans les établissements d'enseignement:
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Ley orgánica de educación Artículo 61 |
Loi organique sur l'éducation Article 61 |
Il n'en demeure pas moins que, si l'on cumule les dispositions des constitutions fédérale et celles des États, les indigènes du Venezuela bénéficient, du moins juridiquement, d'une protection sans précédent dans l'histoire du pays.
La législation fédérale portant sur les droits des indigènes au point de vue administratif est importante au Venezuela. Ainsi, l'article 94 de la Loi organique sur les peuples et communautés indigènes (2005) reconnaît les «langues indigènes comme langues officielles» :
| Article 94 Les langues indigènes comme langues officielles Les langues indigènes sont d'usage officiel pour les peuples indigènes et constituent le patrimoine culturel immatériel de la nation et de l'humanité, conformément à la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela et de la présente loi. |
Mais l'article 4 de la Loi sur les langues indigènes (2021) énumère un grand nombre de langues indigènes, soit 37, comme langues officielles à côté du castillan, sans nier les droits et garanties des autres peuples indigènes non identifiés dans la loi :
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Article 4 La déclaration des peuples indigènes énumérés ici est établie afin de se concentrer sur l'identité et l'autodésignation et n'implique pas la négation des droits et des garanties des autres peuples indigènes non identifiés dans la présente loi. |
Il faut comprendre que ces langues ne sont pas officielles au même titre que l'espagnol (appelé «castillan»). Si l'espagnol est officiel sur tout le territoire vénézuélien, les langues indigènes ne sont officielles que dans les municipalités ou villages où ils résident. Néanmoins, dans les localités où vivent les indigènes, l'espagnol et la langue amérindienne sont à égalité de statut, ce qui peut être différent en ce qui a trait à l'égalité de traitement.
3.1 Les certificats de naissance
La Loi organique sur l'identification (2006) impose aux fonctionnaires d'émettre les certificats de naissance et les cartes d'identité à la fois en castillan et dans la langue du peuple concerné, et ce, en respectant les noms et prénoms particuliers de la langue indigène:
| Article 14 Respect des langues et des vêtements indigènes Le certificat de naissance et la carte d'identité doivent être émis dans la langue castillane et dans la langue du peuple ou de la communauté à laquelle il convient, ainsi que tout autre document d'identification de personnes appartenant aux peuples et communautés indigènes, en respectant les noms et prénoms particuliers de leurs langues. De plus, il est interdit de les photographier avec des vêtements différents de ceux correspondant à leurs us et coutumes, et leurs traditions. |
La procédure est régie selon les principes de gratuité, de transparence, d'équité, de célérité, de responsabilité sociale, de non-discrimination et d'efficacité. L'article 6 de la Loi sur les langues indigènes accorde le droit aux peuples et communautés indigènes de développer toutes leurs activités et leurs initiatives dans leur langue maternelle, afin d'augmenter leur espace et leur sphère d'emploi au-delà de toute limite spatiale, sociale ou politique:
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Article 6 3. Dans les domaines personnel et familial, les peuples et les communautés indigènes ont le droit et l'obligation d'utiliser leur langue comme seule garantie de leur développement continu et de leur survie sans restriction. |
3.2 Les services publics
L'article 43 de la Loi sur les langues indigènes (2021) oblige les services gouvernementaux à offrir des services aux peuples et communautés indigènes dans leur langue maternelle:
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Article 43 |
Il en est ainsi à l'article 46 de la même loi dans le système de santé et le système judiciaire:
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Article 46 |
3.3 La traduction
De plus, l'article 8 de la Convention interaméricaine des droits de l'Homme ("Convención Interamericana de Derechos Humanos"), signée et ratifiée par le Venezuela le 23 juin 1977, accorde le droit aux indigènes d'être assistés gratuitement d'un traducteur ou d'un interprète s'ils ne comprennent pas ou ne parlent pas la langue employée à l'audience ou au tribunal:
| Article 8 Garanties judiciaires 1) Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue avec les garanties voulues, dans un délai raisonnable, par un juge ou un tribunal compétent, indépendant et impartial, établi antérieurement par la loi, qui décidera du bien-fondé de toute accusation dirigée contre elle en matière pénale, ou déterminera ses droits et obligations en matière civile ainsi que dans les domaines du travail, de la fiscalité, ou dans tout autre domaine.
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L'article 45 de la Loi sur les langues indigènes (2021) prévoit également l'emploi des langues indigènes et le recours à des traducteurs pour la procédure électorale:
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Article 45 |
L'article 95 de la Loi organique sur les peuples et communautés indigènes (2005) résume bien le champ d'application des langues indigènes dans le domaine administratif : la traduction des principaux textes législatifs et autres documents officiels concernant les peuples indigènes, la présence d'interprètes bilingues dans la procédure judiciaire, l'emploi des langues indigènes dans les actes publics et officiels des États ayant une population indigène, l'emploi et l'enregistrement de la toponymie en usage par les peuples et communautés indigènes, l'emploi des langues indigènes dans les procédures d'information et de consultation ainsi que dans les services système national de santé.
| Article 95 Champ d'application des langues indigènes L'État doit garantir l'emploi des langues indigènes dans les domaines suivants:
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L'article 114 de la Loi organique sur les peuples et communautés indigènes (2005) énonce les limites de ces droits dans le domaine de la santé publique:
| Article 114 Les langues indigènes en matière de soins de santé Les services du régime national de santé destinés aux peuples et communautés indigènes doivent intégrer les langues indigènes à ce système, en désignant le personnel approprié et les interprètes nécessaires pour les soins des indigènes et pour faciliter la communication avec les individus, les familles, les peuples et les communautés indigènes. |
L'article 46 de la Loi sur les langues indigènes de 2021 prévoit les mêmes mesures:
| Article 46 Usage des langues autochtones dans le système national de santé et le système judiciaire Dans le système national de santé et le système judiciaire, les entités et les organismes compétents désignent, en coordination avec l’Institut national des langues indigènes, les interprètes et les traducteurs nécessaires pour servir les peuples et les communautés indigènes. Ces professionnels exercent leurs fonctions exclusivement auprès de ces populations et doivent disposer des moyens et ressources appropriés pour accomplir efficacement leurs missions. |
Il est clair que la façon d'accorder ces droits est en relation avec la présence d'interprètes auprès des indigènes, car il demeure difficile de demander au personnel médical de connaître un grand nombre de langues amérindiennes. Il en est ainsi pour la plupart des services de l'État ou des États fédérés concernés.
Forcément, il faut fonctionner avec la présence d'interprètes dans les tribunaux (art. 137 de la Loi organique sur les peuples et communautés indigènes):
| Article 137 Les droits devant les tribunaux ordinaires 1) Les peuples et communautés indigènes, et tout individu indigène qui est à une procédure judiciaire sont en droit de connaître son contenu, ses effets et ses ressources, et de disposer d'une défense professionnelle appropriée, tout en utilisant leur propre langue dans le respect de leur culture durant toutes les étapes de la procédure. 2) L'État doit établir des mécanismes pour surmonter les difficultés inhérentes aux différences culturelles et linguistiques afin d'aider les indigènes à comprendre entièrement la procédure. 3) Les dispositions du présent article s'appliquent aux indigènes qui sont soumis ou qui participent à une procédure administrative ou spéciale, le cas échéant. |
D'ailleurs, l'article 137 de la Loi organique sur les peuples et communautés indigènes rend systématique ce «droit à l'interprétariat» plus qu'au «droit à la langue». Du moins, le droit n'implique pas celui d'être copris dans sa langue sans interprète:
| Article 139 Le droit à un interprète officiel L'État garantit aux indigènes l'usage de leur langue maternelle dans toute la procédure administrative ou judiciaire. La désignation d'un interprète est obligatoire à des fins de témoignages, de déclarations ou de tout autre acte de procédure. Les actes qui ont été effectués sans la présence d'un interprète seront nuls. |
La Constitution de la République bolivarienne du Venezuela de 1999 consacre un chapitre entier sur les droits des peuples autochtones (articles 119 à 126) en harmonie avec les grands traités internationaux sur les droits des peuples autochtones. Il contient également huit articles qui traitent de questions d'intérêt pour ces peuples. La Constitution met l'accent sur les droits sociaux des peuples autochtones: le droit à l'éducation interculturelle bilingue, la santé, la médecine traditionnelle, de ses pratiques économiques traditionnelles, pour participer à l'économie nationale en tant que travailleurs, la formation professionnelle, de participer à des programmes de formation et de services ont assistance technique et financière pour renforcer leurs activités économiques et la participation politique des populations autochtones à l'Assemblée nationale et les organes délibérants des institutions fédérales et locales ayant des populations autochtones.
L'article 121 de la Constitution stipule expressément que «les peuples indigènes ont le droit de maintenir et de développer leur identité ethnique et culturelle, leur vision du monde, leurs valeurs, leur spiritualité, leurs lieux sacrés et lieux de culte». De plus: «L'État doit favoriser la valorisation et la diffusion des manifestations culturelles des peuples indigènes, lesquels ont droit à une éducation propre et à un régime éducatif à caractère interculturel et bilingue, en tenant compte de leurs particularités socioculturelles, leurs valeurs et leurs traditions.»
4.1 Les mesures législatives fondamentales
Bien avant la Constitution de 1999, la Loi organique sur l'éducation du 9 juillet 1980 (aujourd'hui abrogée) laissait entrevoir quelques vagues et timides mesures sur les peuples autochtones ou indigènes. Ce sont les articles 51 et 53:
| Article 51 [abrogé]
1) L'État doit prêter une attention particulière aux indigènes et préserver les valeurs autochtones socioculturelles de ces communautés, afin de les associer à la vie nationale, ainsi que les habiliter à l'accomplissement de leurs obligations et au bénéfice de leurs droits de citoyens sans discrimination aucune. 2) À cet effet, des services pédagogiques correspondants sont créés.3) De façon égale, des programmes destinés à la réalisation de ces objectifs doivent être conçus et réalisés. Article 53 [abrogé] Le ministère de l'Éducation doit établir les régimes d'administration en éducation applicables en milieu rural, spécialement dans les régions frontalières et dans les zones indigènes. |
La loi de 1980 a été remplacée en 2009 par la nouvelle Loi organique sur l'éducation. Par ailleurs, le Règlement général portant sur la Loi organique sur l'éducation de 1999 ne fait pas de distinction entre les indigènes et les non-indigènes. Par exemple, l'article 22 précise que les disciplines suivantes étaient obligatoires dans tout programme d'études: le castillan et la littérature, la géographie et l'histoire du Venezuela, la géographie générale, l'histoire universelle, les mathématiques, l'éducation familiale, l'éducation esthétique, l'éducation au travail, l'éducation à la santé, l'éducation physique, les sciences de la nature, la biologie, la physique, la chimie et l'anglais. Quelques lignes précisaient cependant que le ministère de l'Éducation devait faire «des adaptations pertinentes» («adaptaciones pertinentes») dans les programmes d'études pour le milieu rural, les régions frontalières et les zones indigènes:
| El Ministerio de Educación, de conformidad con lo dispuesto en el numeral 2 del artículo 8º de este Reglamento, hará las adaptaciones pertinentes de los programas de estudio, para el medio rural, regiones fronterizas y zonas indígenas. | Le ministère de l'Éducation, conformément aux dispositions du paragraphe 2 de l'article 8 de ce règlement, fera les adaptations pertinentes dans les programmes d'études pour le milieu rural, les régions frontalières et les zones indigènes. |
L'article 13 du Règlement de 1999 ne fait qu'une allusion sans grande conséquence du développement de l'enfant au point de vue cognitif, socio-affectif, psychomoteur, langagier et physique:
| Article 13 Le programme de niveau préscolaire doit être structuré en tenant compte de l'intérêt de l'enfant et de son environnement dans les domaines suivants de son développement évolutif: cognitif, socio-affectif, psychomoteur, langagier et physique. |
En conformité avec les droits des peuples indigènes, tels que consacrés dans la Constitution en fonction du contexte multiethnique et multiculturel du Venezuela, des mesures ont été prises pour instituer le Conseil national de l'éducation, de la culture et des langues indigènes dans le décret présidentiel n° 1.796 du 27 mai 2002, en tant qu'organisme consultatif destiné à assurer la participation des peuples indigènes dans la conception, la planification et l'exécution des politiques pédagogiques, linguistiques et culturelles. L'article 1er du décret présidentiel n° 1.795 du 27 mai 2002 a imposé l'usage obligatoire des langues indigènes dans toutes les écoles publiques et privées situées dans des habitats indigènes, y compris les zones urbaines habitées par des populations indigènes, et ce, à tous les niveaux du système d'éducation national:
| Article 1er Il est obligatoire d'employer les langues indigènes, tant dans leur forme orale qu'écrite, dans les établissements d'enseignement privés et publics situés dans des habitats indigènes, ainsi que dans d'autres zones rurales et urbaines habitées par des populations indigènes à tous les niveaux du système d'éducation national. Il est convenu que la langue ou les langues indigènes correspondent au peuple indigène qui habite dans le secteur. |
L'article 31 de la Loi sur les langues indigènes (2021) impose l'enseignement obligatoire des langues indigènes dans tous les établissements d'enseignement publics et privés situés dans des habitats indigènes:
| Article 31 Instruction obligatoire dans les langues indigènes L'enseignement dans les langues indigènes, oralement et par écrit, est obligatoire dans tous les établissements d'enseignement publics et privés, situés dans des habitats indigènes. Dans les zones rurales et urbaines habitées par des peuples indigènes, l'instruction particulière et le système d'éducation sont garantis en vertu du principe du multiculturalisme. Il appartient à l'organisme directeur pour la politique éducative, en collaboration avec d'autres organismes responsables des langues indigènes, d'assurer le respect de la présente disposition. |
L'article 35 de cette loi de 2021 prévoit des mesures nécessaires à l'enseignement des langues indigènes, notamment la formation des enseignants indigènes et non indigènes, l'élaboration et l'approbation d'alphabets, de grammaires, de techniques d'enseignement et d'échanges pédagogiques, ainsi que la publication de documents pédagogiques et didactiques:
| Article 35
Ressources pédagogiques nécessaires à l'enseignement L'État, au moyen des autorités et des organismes compétents, avec la participation des peuples et communautés indigènes, doivent prévoir des mécanismes appropriés pour l'enseignement des langues indigènes. Il s'agit notamment de la formation des enseignants indigènes et non indigènes, de l'élaboration et de l'approbation d'alphabets, de grammaires, de techniques d'enseignement et d'échanges pédagogiques, de publication de documents pédagogiques et didactiques interculturels et de l'élaboration de tout matériel nécessaire pour l'enseignement. |
L'article 37 de la Loi sur les langues indigènes reprend la notion de «niches linguistiques» pour les communautés qui ont perdu ou sont menacées de perdre leur langue maternelle:
| Article 37
Niches linguistiques Les niches ethnolinguistiques sont des espaces de développement holistique situés en dehors du cadre scolaire, où le foyer et l'environnement socioculturel autochtone traditionnel sont reproduits et enrichis en tant qu'espaces d'apprentissage. Dans ces espaces, des aînés sages et des locuteurs de langues indigènes, s'appuyant sur les principes, les méthodes originales, les ressources et les stratégies qui sous-tendent l'éducation indigène et la cogestion communautaire et institutionnelle, interagissent avec les enfants indigènes, facilitant ainsi l'apprentissage de leur langue maternelle et des attributs de leur peuple et de leur culture. L'objectif est de revitaliser la langue et la culture ancestrales, en respectant leurs spécificités, leurs langues originales et leurs valeurs culturelles traditionnelles. |
4.2 L'éducation interculturelle bilingue (EIB)
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Le Venezuela a élaboré une notion appelée "educación intercultural bilingüe" ou «éducation interculturelle bilingue» (EIB). Il s'agit de l'une des modalités du système d'éducation national; celle-ci est juridiquement reconnue pour les peuples indigènes et vise à préserver et à développer leurs langues et leurs cultures, en les intégrant à la culture dominante pour une société multiethnique et multiculturelle. Ce régime «bilingue» implique l’enseignement et l’apprentissage à la fois dans la langue indigène (langue maternelle) et espagnole (langue seconde d’héritage). L'EIB repose sur les connaissances, les pratiques et la vision du monde de chaque peuple indigène, et favorise le dialogue avec les autres cultures. En fin de compte, l'EIB vise à former des citoyens capables de s’épanouir au sein de leur communauté et dans d’autres contextes socioculturels, en favorisant une citoyenneté démocratique et pluraliste. |
L'article 76 de la Loi organique sur les peuples et communautés indigènes (2005) réactivait alors ce régime de l'éducation interculturelle bilingue:
| Article 76
Le régime de l'éducation interculturelle bilingue |
L'article 77 de la Loi organique sur les peuples et communautés indigènes précise les obligations de l'État dans ce domaine. À des fins de mise en œuvre du régime d'éducation interculturelle bilingue chez les peuples et les communautés indigènes, les organismes compétents de l'État, avec la participation des peuples et communautés indigènes, doivent adopter les mesures suivantes:
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Article 77
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En principe, l'éducation interculturelle bilingue destinée aux indigènes débute entièrement dans la langue indigène, pour des raisons d'ordre identitaire, culturel, psychosocial et pédagogique. Puis l'apprentissage du castillan commence à partir de la seconde année de l'instruction primaire, pour se poursuivre durant tout le primaire, mais de manière équilibrée avec la langue d’origine, sans entraîner de subordination pour celle-ci.
L'article 27 de la Loi organique sur l'éducation de 2009 énonce ainsi les fondements de l'éducation interculturelle dans les régions à population indigène:
| Article 27 L'éducation interculturelle est intégrée à l'ensemble du système d'éducation et favorise un accès libre grâce à des programmes fondés sur les principes et les fondements des cultures originelles des peuples et des communautés indigènes et afro-descendants. Ces programmes valorisent notamment leur langue, leur vision du monde, leurs valeurs, leurs savoirs et leurs mythologies, ainsi que leur organisation sociale, économique, politique et juridique, qui constituent le patrimoine national. Ce patrimoine indigène est systématiquement enrichi par les contributions culturelles, scientifiques, technologiques et humanistes de la nation vénézuélienne et par le patrimoine culturel de l'humanité. L'éducation interculturelle bilingue est obligatoire et imprescriptible dans tous les établissements scolaires et les centres éducatifs situés dans les régions à population indigène, jusqu'au niveau de l'enseignement fondamental. L'éducation interculturelle bilingue sera régie par une loi spécifique qui définira les programmes, le calendrier scolaire, le matériel pédagogique, ainsi que la formation et les qualifications des enseignants. |
L'article 6 de la Loi organique sur l'éducation (2009) rappelle que l'enseignement bilingue interculturel indigène doit garantir l’usage officiel et égal des langues indigènes et de l’espagnol pour les peuples latino-américains, caribéens, indigènes et afro-descendants dans le respect de la diversité culturelle:
| Article 6 L’État, par l’intermédiaire des instances nationales compétentes en matière d’éducation, doit exercer un rôle de chef de file dans le système d'éducation. En conséquence : 1. Il garantit :
5. Il favorise l’intégration culturelle et éducative régionale et universelle :
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L'éducation interculturelle est considérée comme obligatoire et inaliénable dans toutes les écoles et les établissements d'enseignement situés dans les régions à population indigène. Cela implique que la conception des programmes, le calendrier scolaire, les supports pédagogiques et la formation des enseignants doivent correspondre à cette modalité. Cette éducation interculturelle concerne également les hispanophones, dans la mesure où elle vise l'intégration et le respect mutuel. Son principal objectif, inscrit dans la loi est l'Éducation interculturelle bilingue (EIB) pour les peuples autochtones, reconnaissant leur droit d'apprendre dans leur langue maternelle et en espagnol. Elle s'étend en principe à la société majoritaire afin de construire une vision critique et inclusive, impliquant tous les groupes culturels du pays, y compris les créoles et les étrangers hispanophones.
Cependant, la mise en œuvre pratique de l'EIB se heurte à des obstacles tels que le manque de ressources, l’insuffisance des infrastructures et les difficultés de formation des enseignants, ce qui empêche tous les secteurs de bénéficier pleinement de l’interculturalité, alors même que l’objectif est d’en faire un outil d’inclusion pour tous les groupes culturels, y compris les hispanophones non autochtones et les élèves étrangers.
4.3 L'application des mesures en éducation
Le régime d'éducation interculturelle bilingue (EIB) au Venezuela a été mis en œuvre en 2002 dans quelque 140 communautés réparties dans neuf peuples indigènes, sélectionnés à partir de critères préliminaires, dans la première année de l'enseignement de base pour les Jiwi, les Karina, le Pemon, les Pumé, les Wayuu, les Warao, les Yanomami, les Yekuana et les Yukpa. Cet enseignement a été introduit progressivement chez les indigènes du rio Negro (les États d'Amazonas, d'Apure, d'Anzoátegui, de Sucre et du Zulia). Les programmes ont été mis en place pour la première année, la 2e et la 3e année, puis les programmes se sont étendus à la 4e année, la 5e année et la 6e année. Lors de la troisième étape, les programmes ont été appliqués pour les années scolaires de la 7e à la 9e. En 2004, le projet d'éducation interculturelle bilingue avait touché un total de dix peuples indigènes, qui représentent des inscriptions pour 22 478 enfants d'âge préscolaire et 110 273 enfants du primaire. L'enseignement secondaire et professionnel avait rejoint 4605 élèves, pour un effectif scolarisé estimé à 117 284 élèves, avec quelque 5479 enseignants répartis dans 1138 écoles situées dans les zones indigènes.
La scolarisation des populations indigènes du Venezuela est confrontée à une grave crise, caractérisée par des taux d'abandon scolaire élevés, un accès limité à des écoles multilingues et adaptées à leur culture, et des infrastructures insuffisantes. Cette situation engendre une perte d'identité et perpétue la pauvreté, contraignant enfants et jeunes à franchir les frontières ou à abandonner leurs études pour survivre, malgré l'existence de cadres juridiques favorisant l'éducation bilingue interculturelle.
Les principaux problèmes sont les suivants:
- Les infrastructures insuffisantes : les écoles manquent de mobilier, de services de base et souvent d'enseignants formés à l'éducation interculturelle bilingue (EBI).
- Les fermetures d'écoles et l'abandon scolaire : de nombreuses écoles sont fermées et des taux d'abandon scolaire élevés sont enregistrés, avec des conséquences telles que le travail des enfants et les migrations forcées.
- Les disparités de fréquentation : d'importantes disparités de fréquentation sont observées entre les populations indigènes et non indigènes, avec une participation plus faible à l'enseignement primaire et secondaire.
- Le manque de pertinence culturelle : les écoles n'offrent pas une éducation qui respecte et valorise les langues et les visions du monde indigènes, bafouant ainsi le droit à l'identité.
- Les facteurs socio-économiques : la pauvreté et le manque de perspectives contraignent les enfants et les jeunes à quitter l’école, ce qui aggrave leur vulnérabilité.
Il est aisé de constater l'impact sur les populations indigènes: l'absence d’éducation interculturelle bilingue érode les savoirs et les valeurs ancestrales; les communautés indigènes, souvent situées dans des régions reculées, sont exclues des services sociaux de base, notamment d’une éducation de qualité; la crise scolaire et sociale contraint les familles indigènes à migrer, parfois en franchissant des frontières. Résultat pour la fréquentation scolaire : environ 45 % pour le primaire, 4 % pour le secondaire et seulement 0,5% pour l'université.
Malgré les efforts entrepris par le gouvernement, l'éducation interculturelle bilingue ne s'est pas révélée jusqu'à présent la panacée escomptée. Il faut mentionner d'abord la faible préparation des enseignants, dont beaucoup ne connaissent pas la langue indigène ni les réalités culturelles de la communauté concernée. En raison de la pénurie d'enseignants indigènes, la plupart des enseignants ne parlent que l'espagnol, et il n'existe que fort peu de véritable contrôle pédagogique. Une seconde difficulté concerne les documents pédagogiques peu disponibles pour les enseignants et les élèves, que ce soit les manuels, les livres bilingues ou en langue indigène, les cahiers d'exercices, les ouvrages de référence, les informations didactiques pour l'éducation interculturelle bilingue, etc. Par ailleurs, le gouvernement n'a accordé jusqu'ici que peu de soutien, direct et indirect, aux communautés indigènes sélectionnées dans les projets d'implantation. Les «niches linguistiques» si prisées par le gouvernement pour revitaliser les langues en danger d'extinction auprès des adultes n'ont à peu près jamais été évaluées ni soutenues. Soulignons aussi qu'il y a eu de nombreuses tentatives visant à aider les indigènes à élaborer des systèmes d'écriture adaptés à leur langue, mais il a fallu dans un grand nombre de cas s'en tenir à des enseignements limités à l'oral. Lorsque l'alphabétisation avec des stratégies adaptées à la culture indigène a été rendue possible, des programmes d'enseignement ont été inclus dans le système d'éducation.
Enfin, en dépit des nombreux travaux préparés par les intellectuels indigènes, que ce soit les recherches et les matériaux indigènes concernant les coutumes, les traditions, l'histoire, la mythologie, les croyances religieuses et la musique, les enseignants œuvrant en éducation interculturelle bilingue n'y accordent, au mieux, qu'une attention limitée, au pire, qu'une indifférence.
À quelques exceptions près, les efforts ont donné néanmoins des résultats positifs: les écoles Madre Mazzarello de Puerto Ayacucho, les écoles Yanomami dans le Haut-Orénoque, Ocamo, Mavaca, Platanal, Mavaquita, Shapono Itinerante, Monseñor Jáuregui dans l'île de Raton, etc. Bref, c'est l'État d'Amazonas qui demeure un exemple significatif dans la mise en œuvre de l'éducation interculturelle bilingue au Venezuela, mais certains succès ont aussi été signalés dans l'État de Bolivar et l'État de Zulia.
4.4 Les résultats de la législation vénézuélienne
Le problème, comme toujours, est de vérifier si les lois sont appliquées. Dans le cas du Venezuela, on peut penser que les probabilités pour que la législation soit appliquée dans son intégralité sont minces. Comme la politique linguistique ne constitue qu'un aspect de la politique globale à l'égard des indigènes et qu'elle couvre un vaste champ d'opération, elle ne peut que nécessiter du temps dans son application.
- Le rouleau compresseur de l'espagnol
Ce ne sont pas les discours officiels, émaillant ses discours de sempiternelles références à Simon Bolivar, à Che Guevara ou à Jean-Jacques Rousseau, qui amélioreront la situation des indigènes. Présentement, dans de nombreuses salles de classe, on enseigne à la fois le castillan et les langues indigènes. Mais les langues en présence ne sont guère de force égale. Les expériences d'éducation bilingues ont commencé en 1979 avec neuf ethnies: les Jiwi, les Kariña, les Pemón, les Pumé, les Warao, les Wayúu, les Yanomami, les Yekuana et les Yukpa; par la suite, on a incorporé les Piaroa et les Arawak.
Étant donné que les langues indigènes ne font pas le poids devant le rouleau compresseur de l'espagnol, les résultats sont médiocres. L'État encourage et protège en principe les langues des communautés autochtones, mais il ne les place jamais sur le même pied que l’espagnol. Même si les instruments juridiques dont s’est doté le Venezuela sont très impressionnants, il n’en demeure pas moins que la plus grande partie de cette politique reste à se concrétiser, et les embûches sont encore bien réelles. Dès que les langues indigènes et l'espagnol entrent en contact, la culture indigène s'affaiblit et a tendance à disparaître.
- Une interculturalité ratée
Le plus grave problème provient du fait que le système actuel ne répond pas aux besoins des indigènes, parce que ce sont des programmes nationaux qui n’intègrent aucun élément de la culture indigène. Les enseignants sont régis par des programmes urbains et traditionnels élaborés à Caracas, loin des populations indigènes qui vivent dans l'arrière-pays. Dans toutes les écoles, toute spécificité ou toute référence à la réalité indigène reste encore totalement absente. Les enseignants n'ont jamais été formés pour apprendre aux enfants comment préserver leur culture et leur langue, mais pour apprendre une autre langue et adopter une autre culture. La fameuse éducation «interculturelle» n'a jamais existé, car elle est à sens unique: elle n'a jamais impliqué des échanges réciproques entre les indigènes et les Mestizos. L'interculturalité n'est obligatoire que pour les indigènes. Pendant que les autochtones sont tenus de recevoir une éducation bilingue et de développer des habiletés de bilinguisme, les Mestizos s’en tiennent à la seule langue espagnole et, lorsqu'ils apprennent une autre langue, c'est l'anglais.
| En éducation, la moitié seulement des enseignants est d’origine indigène, et les manuels adaptés en langue indigène font cruellement défaut. Il existerait quelques rares manuels dans une trentaine de langues, mais seulement cinq langues sont utilisées dans les écoles: le wayúu, le pemón, le pumé, le yekuana et le warao. Tous les autres enfants ne disposent que de manuels rédigés en espagnol. Il n'existe pas de manuels bilingues, encore moins de programmes d'études interculturelles bilingues. Le régime interculturel n'a pas été implanté comme il devait l'être et comme le prévoyait la Constitution.
Le diagnostic est encore plus sombre dans les États frontaliers d'Amazonas, de Bolívar, de Delta Amacuro et du Zulia. Dans ces régions, les populations indigènes sont confrontées à plusieurs défis. Parmi ceux-ci figure le manque d'infrastructures et de ressources adéquates pour la création d'écoles dans les communautés rurales et isolées. Souvent, les écoles existantes ne disposent pas des conditions d'apprentissage nécessaires, telles que le mobilier, le matériel pédagogique et les équipements technologiques. Dans ces mêmes régions, huit écoles sur dix sont hors service; et les écoles qui fonctionnent souffrent de graves carences en infrastructures, en fournitures et en matériel pédagogique. Les enfants indigènes peuvent suivre les cours assis à même le sol ou sur des bancs rudimentaires fabriqués par la communauté elle-même, par les enseignants. |
Il semblerait que les seuls établissements d'enseignement qui fonctionnent à peu près selon les dispositions constitutionnelles prévues sont ceux que dirigent les missions catholiques salésiennes dans le Haut-Orinoco (dans le Delta Amacuro: partie extrême-nord de la côte est). Autrement dit, le Venezuela n'a pas les moyens d'appliquer sa politique à l'égard des indigènes.
- L'analphabétisme
Dans le cadre des politiques et de l'administration publique mises en œuvre par le gouvernement vénézuélien depuis 1999, des programmes d'alphabétisation spécifiques ont été créés pour permettre aux personnes non scolarisées, donc exclues du système d'éducation, d'acquérir les rudiments du langage oral et écrit. Ces programmes ont été mis en œuvre selon le concept de «missions», une adaptation de la terminologie militaire à la conception et à la mise en œuvre de programmes sociaux.
Selon les chiffres du ministère de l'Éducation, issu du recensement de 2011 et réalisé par l'Institut national de la statistique, l'illettrisme reste présent dans la réalité pédagogique du pays avec près de 5 % d'analphabète, ce qui correspond à 1,4 million de jeunes. Le problème se complexifie si l'on constate que l'illettrisme persiste et que le système d'éducation formelle, obligatoire et historique, tend à réduire sa capacité d'inclusion.
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Dynamique historique de l'alphabétisation au Venezuela
Source: Premiers résultats du recensement de 2011; Resultados Basicos Censo 2011, |
Les politiques et l'administration publique de ces dernières années, soutenues par d'importantes recettes pétrolières et les efforts de propagande qui les accompagnent, contredisent les fortes attentes suscitées par l'alphabétisation au Venezuela. Les résultats obtenus entre 1961 et 2011 en témoignent, et ce, d'autant plus que le système d'éducation vénézuélien connaît actuellement un déclin de sa capacité d'inclusion sociale. Ce déclin conjugue la stagnation, qui a tourné à la récession dans ses indicateurs les plus fondamentaux, à une incapacité manifeste du pouvoir exécutif à le reconnaître. Cette incapacité se traduit par un manque d'expansion de l'offre scolaire, empêchant ainsi de réduire l'exclusion scolaire, qui se serait aggravée depuis 1977, année où le pays a enregistré ses recettes fiscales les plus élevées. Ce déclin semble exacerbé par une crise politique profonde et une situation d'hyperinflation, qui mettent à rude épreuve la capacité institutionnelle à honorer les engagements historiques pris envers l'éducation de la population vénézuélienne.
En ce qui a trait à l'éducation, la santé et les communications, un rapport de l'ONU, rapporté par Edith Mabel Cuñarro et Luz María Martínez de Correa (voir la bibliographie), signale que 65,16 % des communautés indigènes ne possèdent pas d'école, 86,8 % ne comptent pas de dispensaire ou de soins de santé, 95,8 % n'ont pas de radio; finalement, 63,8 % des communautés ne disposent d'aucun de ces trois services de base.
4.5 L'enseignement supérieur
L'éducation universitaire destinée aux indigènes est une innovation au Venezuela. Bien que la Constitution accorde des droits aux indigènes à tous les niveaux du système d'éducation, il peut y avoir loin de la coupe aux lèvres, car la situation semble préoccupante. En effet, une proportion infime (0,5 %) des indigènes ont accès réellement à l'université. En réalité, l'enseignement supérieur n'est guère adapté aux us et coutumes des indigènes. L'absence d'adéquation sociale et culturelle de l'enseignement supérieur en rapport avec les peuples indigènes reflète les carences plus répandues dans le système d'éducation vénézuélien. Il en résulte un choc des cultures avec comme conséquence des résultats scolaires décevants, un grand nombre de décrocheurs, la séparation systématique des diplômés de leur communauté respective ainsi que leur non-retour dans cette même communauté. Or, la pertinence socioculturelle et l'accès à l'enseignement supérieur sont des aspects inséparables.
Le développement de l'enseignement supérieur indigène devrait subir une transformation radicale, ce qui amènerait les professeurs à repenser leurs pratiques pour rendre effectif le développement durable des populations indigènes. Il existe depuis 2010 l'Universidad Indígena de Venezuela, une université publique destinée aux indigènes et basée à Tauca dans l'État de Bolivar; il existe des campus dans l'État d'Amazonas. Il s'agit d'un établissement d'enseignement créé par la Causa Amerindia Kiwxi, dont l'objectif est de fournir des moyens pour le développement de l'éducation interculturelle bilingue. L'étudiant apprend à maîtriser le bilinguisme langue maternelle/castillan comme instrument essentiel des relations interculturelles et apprend à communiquer couramment en castillan et à maîtriser la lecture et l'écriture dans sa langue. En 2010, quelque 810 étudiants y étaient inscrits. Actuellement, on y compte sept disciplines de formation: droits des peuples indigènes, histoire, écologie indigène, ethnologie indigène, langues, art indigène, démonstration des zones de production durable.
La législation vénézuélienne est claire en ce qui concerne les droits des indigènes à recevoir des informations dans leurs langues d'origine. Il s'agit surtout des médias électroniques destinés aux indigènes. L'article 48 de la Loi sur les langues indigènes oblige les médias communautaires indigènes à employer une langue autochtone:
| Article 48 Usage des langues autochtones dans les médias L’Institut national des langues indigènes, en collaboration avec les peuples et les communautés indigènes, les conseils communautaires indigènes et les organisations indigènes, doit promouvoir auprès des instances et des entités compétentes la création et le maintien de médias, y compris des médias communautaires gérés par les peuples et les communautés indigènes, comme instruments de diffusion des langues indigènes. Il fournira à cet effet une assistance technique et financière. L’usage des langues indigènes est obligatoire dans les médias communautaires indigènes. |
Quant à l'article 96 de la Loi organique sur les peuples et communautés indigènes, il oblige l'État à prendre des mesures efficaces pour promouvoir la transmission et la publication dans les langues indigènes, par les différents médias dans les régions ayant une présence indigène:
| Article 96
Les médias indigènes |
5.1 Les médias électroniques
La législation concerne avant tout les médias électroniques, notamment la «radio communautaire». Il existe au Venezuela un réseau communautaire indigène appelé RENAVIVE: Red Nacional de Voceros Comunitarios Indígenas de Venezuela, sous la responsabilité de la Radio nationale du Venezuela : Radio Nacional de Venezuela (RNV). La Radio nationale dispose d'un «canal indigène»: le Canal Indígena de Radio Nacional de Venezuela, lequel est installé dans les diverses régions sous la juridiction du ministère du Pouvoir Populaire pour les peuples autochtones ("Ministerio del Poder Popular para los Pueblos Indígenas"), afin de renforcer le droit de participation, d'information et de communication des peuples indigènes, ainsi que pour assurer la souveraineté de l'État par l'émission d'informations officielles dans tout le pays.
Le "Red Nacional de Voceros Comunitarios Indígenas" vise à consolider la présence des médias audiovisuels dans les zones à haut indice de population indigène, lesquelles en raison de leurs conditions géographiques et de la distance avec les centres d'activité économique, n'ont jamais bénéficié jusqu'à présent d'agents des médias. La "Radio Nacional de Venezuela Indígena" a commencé ses opérations avec des radios locales transmettant des émissions dans les communautés indigènes des États du Zulia, d'Apure, de Bolivar et d'Amazonas, à l'intention des ethnies karina, pumé, wayuu, arahuaco, yekuana, yanomami, etc. Les radios communautaires desservent en général entre 200 et 1000 auditeurs.
Ce type de média est directement géré par des organismes de la société civile à but non lucratif, avec une forte empreinte de la participation communautaire dans la programmation et la gestion des stations. Au Venezuela, selon l'Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (Asociación Mundial de Radiodifusores Comunitarios), la radio communautaire peut porter différents noms : Radio Comunitaria, Radio Rural, Radio Cooperativa, Radio Participativa, Radio Libre, Radio Alternativa, Radio Populares, Radio Educativa, etc. Les stations de radio sont situées autant dans les zones rurales isolées que dans le cœur des grandes villes, par exemple, la Radio Alternativa de Caracas (RAC).
La programmation de chaque station doit respecter des normes précises édictées dans le Règlement de la radiodiffusion et de la télédiffusion de service public communautaire, à but non lucratif (2002):
| Article 26
Programmation
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Contrairement à une station de radio ordinaire, la radio communautaire a une portée de diffusion et une puissance de signal très limitées, généralement de 800 watts. Certaines stations fonctionnent temporairement dans des centres communautaires et des centres de santé, qui ont été correctement équipés, mais d'autres bénéficient de bâtiments permanents. La plupart des stations comptent non seulement d'antennes de radio, mais aussi d'un récepteur satellite, d'équipements de diffusion professionnelle, d'une console audio, de lecteurs CD/DVD, du matériel informatique nécessaire pour la production de contenus culturels, de nouvelles et de musique. Toutes les stations diffusent à la fois en espagnol et dans une ou plusieurs langues indigènes.
Les stations destinées aux indigènes constituent des exemptions à la Loi sur la responsabilité sociale à la radio, à la télévision et dans les médias électroniques (art. 4), qui impose l'emploi de l'espagnol (castillan), sauf «dans le cas des informations diffusées par les services de radio et de télévision ciblant spécifiquement les peuples et communautés indigènes, ainsi que l'emploi officiel des langues indigènes»:
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Article 4
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5.2 La presse écrite
| La presse écrite indigène est fort limitée. Quand elle existe, elle est généralement rédigée en espagnol. Il existe cependant un journal indigène: Wayuunaiki. C'est un périodique mensuel bilingue, de format tabloïd, de 16 ou 20 pages, écrit en partie en wayuu, une langue parlée par quelque 170 000 locuteurs au Venezuela. Interculturalité oblige, le journal contient des articles en wayuu et en espagnol, qui portent sur les actualités indigènes. Plusieurs des articles sont des traductions de l'espagnol. Le journal atteint presque toutes les municipalités indigènes des États du Zulia, d'Amazonas et de Bolivar. |
La Loi sur les langues indigènes de 2008 créait l'Institut national des langues indigènes ("Instituto Nacional de Idiomas Indígenas"). Selon l'article 10 de la loi, cet organisme national doit mettre en œuvre des politiques et des activités visant à la protection, la défense, la promotion, la préservation, le développement, l'étude, la recherche et la diffusion des langues indigènes et doit aussi en assurer l'emploi approprié. En vertu de l'article 12 de la Loi sur les langues indigènes de 2021, l'Institut national des langues indigènes a les responsabilités suivantes:
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Article 12
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Il s'agit d'un programme extrêmement ambitieux qui couvre toutes les sphères d'activités des peuples indigènes. La loi énonce également que le Conseil des langues indigènes ("Consejo de Idiomas Indígenas") est l'organisme consultatif des politiques, programmes, projets et activités destinés aux peuples et aux communautés indigènes. Bien que, selon les estimations, la population autochtone ne compte qu'un million d'individus, sur un total de 28 millions de Vénézuéliens, les coutumes indigènes sont maintenant considérés comme une valeur importante de la nation vénézuélienne.
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La situation linguistique du Venezuela n’est pas radicalement différente des autres pays de l’Amérique du Sud. Les communautés indigènes sont généralement concentrées dans les zones rurales éloignées des grands centres et disposent de services réduits par apport au reste de la population. En ce qui a trait à la politique linguistique, rares sont les États latino-américains qui se préoccupent adéquatement de leurs populations indigènes, autrement que par des textes juridiques symboliques, visant davantage à calmer l’opinion publique internationale que de favoriser les citoyens les plus pauvres de leur pays.
Le cas du Venezuela est particulier dans la mesure où l'État prétend se doter d'instruments juridiques très élaborés pour assurer le respect des droits des communautés autochtones. Contrairement à la plupart des autres pays latino-américains, les textes juridiques vénézuéliens ne se contentent pas d'énumérer de grands principes sur la reconnaissance des populations autochtones. Les modalités sont connues et leurs applications, réalisables avec des moyens financiers beaucoup plus considérables que ceux dont l'État a disposé jusqu'à présent.
Quant à la politique linguistique elle-même, elle n'est pas limitée à la fameuse éducation interculturelle bilingue, car elle englobe des services relevant de l'Administration, de la santé, de la justice, de la culture, etc. En ce sens, elle s'oriente vers une politique globale. Il reste encore à intégrer l'éducation dite interculturelle qui, pour le moment, reste encore un idéal à atteindre. En réalité, le Venezuela vit une période de transition. Les instruments juridiques dont sont dotées les populations autochtones n'ont certainement pas atteint leurs objectifs. Ainsi, la Loi organique sur les peuples et communautés indigènes (2005) et la Loi sur les langues indigènes (2021) sont relativement récentes à ce point qu'elles n'ont pu être appliquées intégralement. On pourrait tout de même accorder une «chance au coureur», mais la situation actuelle est le fruit de deux siècles de «colonialisme de l'intérieur».
À la lumière de la législation vénézuélienne, on peut dire que l'État fédéral a tenté de se soucier sérieusement de ses «indigènes», même s'ils ne comptent que pour 2 % de la population du pays. Le Venezuela dispose de tous les instruments juridiques pour devenir un modèle du genre sur ce continent. Il lui restait à acquérir les moyens de sa politique. En fait, le «bon indigène» demeure celui qui est satisfait de sa parcelle de terre, qui a le droit de promouvoir sa culture et sa langue, mais qui reconnaît en même temps la primauté de l'État sur ses droits individuels. La reconnaissance des droits égaux pour tous est une chose, mais son transfert dans la réalité en est une autre. La révolution bolivarienne nous montre que l'État peut subordonner les intérêts des minorités indigènes à ses propres objectifs d'intégration sociale, ce qui comprend les indigènes.
La politique indigéniste et la politique linguistique sont dues en partie aux idéaux de l'ex-président Hugo Chavez. Pour les uns, celui-ci était un fou («el Loco»), tandis que pour les autres il demeurait le leader (el «Comandante»). De leur côté, les médias l'accusaient d'être «populiste» parce qu'il recourait souvent à ce qu'il appelait lui-même la «démocratie participative». C'est un style de direction qui plaisait au petit peuple, longtemps mis à l'écart par les pouvoirs précédents, mais qui continue aujourd’hui de vivre dans un pays où l’écart entre les riches et les pauvres est colossal, et où la classe moyenne s’est réduite comme une peau de chagrin et où la criminalité bat les pires records. Malgré des revenus pétroliers annuels importants, le Venezuela compte une population parmi les plus pauvres de l'Amérique latine. En effet, le pays se classe au 72e rang dans l'indice de développement humain, suivi de près par le Pérou. La pauvreté touche 74 % de la population vénézuélienne, dont la moitié de celle-ci est aux prises avec une pauvreté extrême, notamment les populations autochtones. Manifestement, la «révolution bolivarienne» n'a pas donné tous ses fruits.
Dans un contexte de tensions avec les États-Unis, le successeur de Chavez, le président Nicolás Maduro, a poursuivi en douce la politique linguistique, mais a surtout appelé à la création de «brigades de milices» composées de peuples autochtones pour défendre le pays «si nécessaire», lors d'une mobilisation massive à Caracas. Maintenant Maduro est exclu de la présidence, le régime va se chercher un certain temps, mais il est à parier que l'intervention américaine va sonner le glas des politiques indigénistes pour favoriser l'apprentissage de la «nouvelle langue», l'anglais.
Dernière révision en date du 08 janv. 2026
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