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Venezuela(2) Données historiques |
À l'origine, plusieurs peuples indigènes, dont des Caraïbes, des Arawaks et des Cumanagatos, habitaient le territoire de l'actuel Venezuela. Christophe Colomb fut le premier navigateur européen à atteindre cette région en 1498, lors de son troisième voyage. En 1520, les Espagnols commencèrent à coloniser les îles et les régions côtières. Caracas, fondée en 1567, fut la première colonie d'importance. Les habitations des autochtones construites sur pilotis inspirèrent aux premiers explorateurs européens le nom de Venezuela, c'est-à-dire «Petite Venise».
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Jusqu'à l'établissement du vice-royaume de la Nouvelle-Grenade en 1717, le territoire qui correspond aujourd'hui au territoire vénézuélien fut divisé entre le vice-royaume du Pérou et l'Audience de Saint-Domingue (Audiencia de Santo Domingo). En 1777, le pays fut érigé en «capitainerie générale», tandis que l'économie de la région se développa à partir des exploitations de café, de cacao, de tabac et de coton, ainsi que sur le commerce de ces produits. Les richesses du pays restèrent aux mains d'une aristocratie créole.
L'histoire de la guerre d'indépendance contre l'Espagne mit en scène deux personnages incontournables: Simón José Bolívar (1783-1830) et Francisco de Miranda (1750-1816), qui prirent la tête des mouvements insurrectionnels. La première rébellion eut lieu en 1809 et fut dirigée par le général Miranda, qui avait combattu en Amérique aux côtés de George Washington et en France pendant la Révolution française. |
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L'indépendance fut officiellement proclamée le 5 juillet 1811, mais le général Miranda fut battu par les Espagnols et incarcéré jusqu'à sa mort dans une prison de Cadix. Simón Bolívar reprit alors le combat. Des années d'affrontements s'ensuivirent, avant que les forces menées par Bolívar, avec l'aide des Britanniques, puissent libérer la Colombie en 1829 et que le "Libertador" ne fonde la République de Grande-Colombie (comprenant le Venezuela, l'Équateur, le Panama et la Colombie appelée "Nueva Granada" ou Nouvelle-Grenade), dont Bolívar devint le premier président.
C'est la victoire décisive de Carobobo, le 24 juin 1821, qui assura l'indépendance du pays. Bolivar libéra successivement le Venezuela, la Colombie, l’Équateur et le Pérou, et notamment le Haut-Pérou. Bolivar choisit le nom de «Colombie» afin de rendre hommage à Christophe Colomb:
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Depuis cette époque, les Vénézuéliens ont toujours voué un véritable culte pour Simón José Bolívar, dont la statue équestre trône à Caracas. Le "Libertador" abandonna le pouvoir en mai 1830 et mourut quelques mois plus tard. La monnaie du Venezuela est le bolivar. |
Les débuts de l'histoire du Venezuela indépendant furent marqués par une série de dictatures, de révolutions et de contre-révolutions. De 1830 à 1848, le pouvoir fut détenu par les conservateurs, avant de devenir une dictature sous la dynastie des Monagas. La Colombie, le Pérou et le Venezuela se firent la guerre. Le général José Antonio Páez gouverna le pays durant dix-huit ans. C'est lui qui, en 1830, scinda la Grande-Colombie en trois pays: la Colombie ou Nouvelle-Grenade (dont faisait alors partie le Panama), l'Équateur et le Venezuela. Puis le Venezuela fut déchiré par une guerre civile entre 1858 et 1870 avant d'être dirigé, de 1870 à 1888, par un autre despote, Antonio Guzmán Blanco. Sa politique s'orienta vers une laïcisation de l'État et une modernisation de l'économie.
3.1 Les États-Unis du Venezuela
Entre-temps, soit depuis 1864, le pays prit comme nom officiel États-Unis du Venezuela. Se succédèrent ensuite plusieurs dictatures militaires, dont celle de Cipriano Castro (de 1899 à 1908). En 1902, celui-ci s'opposa à la Grande-Bretagne et à l'Allemagne, qui bloquèrent les ports vénézuéliens en raison des nombreuses dettes non remboursées de la part du gouvernement vénézuélien. Le conflit fut réglé en 1904 par le tribunal de La Haye, qui trancha en faveur des Européens, mais en juillet 1907 le Venezuela finit par s'acquitter de ses obligations. L'année suivante, Castro fut déposé par le général Juan Vicente Gómez, qui conserva le pouvoir de 1908 à 1935. C'est sous son régime que commença l'exploitation du pétrole (1922) qui transforma le pays en favorisant l'essor économique.
À la suite des pressions de l'armée, qui avait exigé d'avoir un militaire originaire du Táchira à la présidence, Isaías Medina Angarita fut élu sans surprise comme président du Venezuela en 1941. Medina Angarita avait servi comme ministre de la Guerre et la marine entre 1936 et 1941. Il exerça la présidence de son pays de 1941 jusqu'en 1945, sans avoir terminé son mandat. Il fut renversé par un coup d'État perpétré par une section de l'armée et des militants alliés au Parti de l'action démocratique. Medina Angarita eut néanmoins le temps d'introduire des réformes audacieuses qui ont transformé le Venezuela en une république moderne et pleinement intégrée au XXe siècle.
3.2 La république du Venezuela
En dépit des guérillas menées par des mouvements d'extrême gauche révolutionnaire, le Venezuela connut une période de stabilité politique avec l'alternance au pouvoir des deux grands partis politiques: l'Action démocratique et le Parti démocrate-chrétien. En raison de la croissance économique due aux revenus du pétrole, le pays connut une modernisation rapide. Mais le modèle économique ne permit ni la diversification ni une répartition équitable des richesses. Le malaise social s'accrut dès la fin des années 1980. En février 1989, l'augmentation brutale des prix à la consommation dans le cadre d'un programme d'austérité et de mesures de rigueur déclencha de vives protestations et des émeutes sanglantes à Caracas et dans plusieurs villes.
4.1 Les coups d'État militaires
En 1992, deux tentatives de coup d'État militaire furent réprimées, mais le pouvoir resta fragilisé. Le président Carlos Andrés Pérez Rodríguez (mandats de 1974 à 1979 et de 1989 à 1993) fut suspendu de ses fonctions en mai 1993, après que le Sénat eût décidé de le faire passer en jugement pour détournements et abus de fonds publics. En décembre 1993, Rafael Caldera fut élu à la présidence du pays (pour une seconde fois): il suspendit les garanties constitutionnelles dans l’intention d'enrayer la crise financière et économique et de mettre fin à l'agitation sociale.
En juin 1996, le Venezuela signa avec le Fonds monétaire international (FMI) un accord de réajustement économique impliquant la hausse des prix des produits de première nécessité et la privatisation de certaines entreprises comme la Corporación de Guyana, l'un des grands complexes industriels publics du pays. La croissance redémarra en 1997 grâce à la hausse des cours du pétrole et l'inflation se maintint autour de 40 %. Mais le pays traversait une crise politique majeure et la paupérisation de la population s'accentuait.
4
.2 La république bolivarienne de Hugo ChavezLors de son serment d'investiture, le nouveau président refusa de jurer fidélité sur l'ancienne Constitution (1961) et annonça la convocation d'une assemblée constituante, qui devait donner naissance à la Ve République. Malgré l’opposition qui en dénonçait l’illégitimité, les Vénézuéliens approuvèrent massivement par référendum la convocation de l'Assemblée constituante chargée de rédiger la loi fondamentale de la Ve République.
Quelque 70 % des Vénézuéliens approuvèrent, le 15 décembre 1999, la nouvelle Constitution qui fut promulguée le 30 décembre 1999. Le Venezuela a ainsi institutionnalisé la «révolution bolivarienne» de son président, Hugo Chavez. Pour les partisans du OUI, il s'agissait de balayer un ancien régime inefficace et corrompu, et d'offrir «un certificat de naissance au nouveau Venezuela» en tant que «démocratie populaire et participative» inspirée de l'exemple de Simon Bolivar, héros du pays et "Libertador" de l'Amérique latine. Dans la nouvelle Constitution, la torture, la séquestration et les atteintes aux droits de l'homme furent prohibées, tandis que les droits des indigènes (autonomie territoriale, éducation appropriée, interprète dans les procès, etc.) furent enfin reconnus et institutionnalisés.
Pour marquer cet attachement aux idéaux de Simon Bolivar, le Venezuela s'est dorénavant appelé la République bolivarienne du Venezuela (República Bolivariana de Venezuela).
4.3 Le bolivarisme ou néo-bolivarisme
Le nom de Bolivar est constamment rappelé à la mémoire collective, comme l'illustre le grand «Plan Bolivar 2000», qui a permis la scolarisation de centaines de milliers d'enfants, la construction de logements ou la réfection de routes. Au Venezuela, tout est prétexte à utiliser les mots «Bolivar» et «bolivarien/bolivarienne». Hugo Chavez a manifestement tendance à tout «bolivariser» :
Republica Bolivariana de Venezuela
Gobierno Bolivariano de Venezuela
Patria Bolivariana
Revolución Bolivariana
Constitución BolivarianaRépublique bolivarienne du Venezuela
Gouvernement bolivarien du Venezuela
Patrie bolivarienne
Révolution bolivarienne
Constitution bolivarienneGuardia Nacional Bolivariana
Policía Nacional Bolivariana
Milicia Bolivariana
Aviación Militar Nacional Bolivariana
Armada bolivariana de VenezuelaGarde nationale bolivarienne
Police nationale bolivarienne
Milice bolivarienne
Aviation militaire nationale bolivarienne
Marine bolivarienne du VenezuelaMisiones Bolivarianas
Universidad Pontificia Bolivariana
Biblioteca Bolivariana
Radio Bolivariana
Agencia BolivarianaMissions bolivariennes
Université pontificale bolivarienne
Bibliothèque bolivarienne
Radio bolivarienne
Agence bolivarienneAlternativa Bolivariana para América Latina y El Caribe
reflexió bolivariana
movimiento bolivariano revolucionario
escuela bolivariana
círculos bolivarianosAlternative bolivarienne pour l'Amérique latine et les Caraïbes
Réflexion bolivarienne
mouvement révolutionnaire bolivarien
école bolivarienne
cercles bolivariensraíz bolivariana
corriente bolivariana
ideas bolivarianas
educación bolivariana
Venezuela bolivariana
Bolivarianismoorigine bolivarienne
courant bolivarien
idées bolivariennes
éducation bolivarienne
Venezuela bolivarien
bolivarisme
- Le néo-bolivarisme
En réalité, si le mot «Bolivar» tire son origine du «libérateur» Simon Bolivar, il se rapporte désormais à l'idéologie «libératrice» de Hugo Chavez et de sa «révolution bolivarienne». En fait, il s'agit plutôt de la «révolution de Chavez» appelée habilement «révolution bolivarienne». Le président Chavez a effectivement repris les idées du "Libertador" en prônant ce qu'on pourrait appeler le néo-bolivarisme: d'une part, par la volonté d'indépendance plus grande vis-à-vis des grandes puissances, surtout les États-Unis, d'autre part, par les tentatives d'unification ou de rapprochement des ex-colonies espagnoles en essayant d'organiser les principales organisations régionales sud-américaines. Chavez voulait apparaître comme un «rassembleur» des peuples dominés d'Amérique latine, ce qui le légitimait dans son rôle de «nouveau Bolivar» (d'où le néo-bolivarisme). Toutefois, cette appropriation de Chavez comme «défenseur des idées de Simon Bolivar» ou comme «héritier de la pensée politique du Libertador» a fait l'objet de multiples contestations ailleurs en Amérique du Sud.
En août 2004, Hugo Chavez dut se soumettre avec réticence à une procédure constitutionnelle visant à le destituer. Sa victoire du référendum le plaça plus solidement au pouvoir, mais elle n'effaça pas les divisions de la société vénézuélienne. En mars 2006, Chavez fit modifier le drapeau constitué de sept étoiles représentant les sept provinces signataires de l'acte d'indépendance en 1811: Barcelona, Barinas, Caracas, Cumaná, Margarita, Mérida et Trujillo. La huitième étoile désigne désormais celle de Bolivar qui décréta le rattachement des provinces «royalistes» (Coro, Maracaibo et Guayana). Cette modification se voulait une autre adaptation des nombreux symboles de la «révolution socialiste» ou bolivarienne du président Hugo Chavez.
- L'éloquence populiste
En effet, le président Chavez utilisait généralement un langage qui ferait honte à certaines classes de la société. Voici à ce sujet le témoignage d'un Vénézuélien de haut rang : «Chavez ne respecte pas le protocole. Il fait exprès de mal parler. Beaucoup de Vénézuéliens ne l'aiment pas par pur snobisme. [...] Il leur fait honte, ils ont peur que le monde entier s'imagine que tous les Vénézuéliens sont comme ça.» Le recours à un langage faubourien (''lenguaje barriobajero''), plus proche de la marginalité que de celui d'un homme d'État, a permis à Hugo Chavez de nourrir l'illusion qu'il n'était pas un usurpateur du pouvoir, mais plutôt la voix des masses populaires. Le président vénézuélien semblait adorer recourir à un langage scatologique (''lenguaje escatológico'') assorti de métaphores insultantes destinées à décrire ses adversaires politiques comme des «ennemis mortels dignes d'être pulvérisés» (''enemigos mortales dignos de ser pulverizados'') plutôt que des adversaires avec lesquels il était possible de dialoguer. Voici à ce sujet un commentaire du jésuite José Gramunt de Moragas, lauréat du Premio Libertad 2009 («prix Liberté 2009») de l'Association nationale de la presse ("Asociación Nacional de Prensa") pour sa contribution à la liberté d'expression et la poursuite de la vérité:
| Una de las ventajas de las que Chávez se beneficia es su oratoria populista, su lenguaje barriobajero, el uso y abuso de razonamientos simplones pero de gran eficiencia, su versatilidad teatral, muy eficaz para un público mayormente conformado por sectores populares. Diariocrítico de Bolivia |
[L'un des avantages dont Chavez bénéficie est son éloquence populiste, son langage faubourien, l'emploi et l'abus d'arguments simplistes, mais d'une grande efficacité, sa polyvalence théâtrale, fort efficaces pour un public composé essentiellement de secteurs populaires. Journal critique de Bolivie (30 nov. 2007)] |
L'article porte comme titre : "Populismo degradante" («Populisme dégradant»).
4.3 Le bilan de la présidence de Chavez
Qu'on l'accuse de populiste ou non, Hugo Chavez a tout de même mis en place des programmes sociaux qui ont contribué réellement à sa popularité, dont plusieurs programmes en éducation tels que les "Misión Robinson" (une campagne d’alphabétisation), "Misión Ribas" (pour les exclus du système scolaire) et "Misión Sucre" (pour les élèves du secondaire), destinés à l'alphabétisation, avec la participation de plusieurs milliers d'enseignants cubains. Ainsi, la Misión Robinson, pour l’alphabétisation des adultes, en fonction depuis le mois de juin 2003, est parvenue à alphabétiser près d’un million et demi de personnes, selon les chiffres du gouvernement vénézuélien.
Pour le président Chavez, la Misión Ribas était un acte de libération: «La Misión Ribas es un acto de liberación.» Cependant, certains reprochèrent aux «missions» en éducation leur faible niveau d’enseignement, notamment en raison des qualifications peu exigeantes chez les «facilitateurs» et du peu de contrôle des apprentissages. Néanmoins, pour Chavez, ces classes créaient des dynamiques communautaires susceptibles de se transformer en appuis politiques non négligeables.
Hugo Chavez s’était donné jusqu’en 2021 pour construire son «socialisme du XXIe siècle».Mais il décéda le 5 mars 2013 (emporté par un cancer), soit huit ans avant cette échéance, en laissant derrière lui un pays profondément divisé et un héritage controversé. L'ex-président Chavez voulait redonner leur voix aux pauvres de son pays. Il désirait convaincre des gens qui n'avaient pas le sentiment d'être des Vénézuéliens que l'État était le leur. Toutefois, pour atteindre cet objectif, Chavez avait décidé qu'il fallait diminuer la valeur des voix des autres Vénézuéliens, celles de riches et de la classe moyenne, ainsi que celles des entrepreneurs. Chavez a instauré un processus arbitraire de suspension des droits civiques et des droits de vote et de se porter candidat. Bref, la plus grande erreur de Chavez aura été de gouverner seulement pour une portion de la population, c'est-à-dire les plus pauvres. Pour lui, c’était la seule manière pour que tous les citoyens aient une voix égale. Il n'en demeure pas moins que le président Chavez n'a jamais cherché à représenter tous les Vénézuéliens.
- Les bons et mauvais coups
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En quatorze ans de règne, l’homme «au béret rouge», porte-étendard de la gauche latino-américaine, aura réussi à réduire de moitié le taux de pauvreté dans un des pays les plus inégalitaires de la planète. Grâce aux revenus du pétrole, il a financé de généreux programmes sociaux, il s’est attaqué aux bidonvilles, il a fait reculer la mortalité infantile et il a réussi à diminuer substantiellement le niveau d’analphabétisme. Mais, pour avoir accès à ces programmes sociaux, les pauvres devaient posséder une carte d’identité, ce qui a eu pour effet d'augmenter considérablement l'enregistrement des électeurs dans les classes les plus favorables au président Chavez. Tout en soulageant l’extrême misère à grands coups de pétrodollars, Hugo Chavez a laissé sombrer l’économie de son pays. Malgré tout l’argent récolté, la dette publique du pays est passée sous Chavez de 28 milliards à 130 milliards de dollars et le déficit public atteint 7,5 % du PIB. Chavez a exproprié massivement des terres agricoles et il a laissé les infrastructures dans un état lamentable. |
Les Vénézuéliens doivent continuellement faire face à des pannes électriques récurrentes, ils conduisent sur des routes défoncées et ils souffrent de pénuries alimentaires chroniques, sans parler de la corruption généralisée, ce qui rend moins confortable le fameux «paradis du socialisme» promis par Hugo Chavez. Ce n'était probablement pas régime idéal, mais il portait néanmoins un idéal.
Le cercle rapproché de Hugo Chavez affirme depuis longtemps que le cancer diagnostiqué en juin 2011 chez le président aurait été inoculé par des «ennemis historiques de la nation» ("enemigos históricos"), c'est-à-dire les États-Unis. En effet, le vice-président Nicolas Maduro, qui assure l'intérim à la tête de l'État, a déclaré ce qui suit:
| Nosotros no tenemos ninguna duda, llegará el momento indicado de la Historia en que se podrá conformar una comisión científica que revelará que el comandante Chávez fue atacado con esta enfermedad [...], los enemigos históricos de esta patria buscaron el punto para dañar la salud de nuestro comandante. | [Nous n'avons aucun doute que, un jour il arrivera le moment indiqué de l'Histoire où il se formera une commission scientifique qui révèlera que le commandant Chavez a été attaqué par cette maladie [...] par les ennemis historiques de la patrie qui ont cherché un point faible pour atteinte à la santé de notre commandant.] |
Évidemment, l'obsession du régime de Hugo Chavez à l'endroit des États-Unis frisait la paranoïa, alors qu'il continuait à fournir des quantités de pétrole au pays qu'il prétendait mépriser. Dans les faits, les États-Unis sont restés les principaux clients et fournisseurs du Venezuela pour la période de 1999-2013. D’un point de vue économique, Hugo Chavez n'a pas fondamentalement remis en cause le système capitaliste dominant au Venezuela. C'est pourquoi il faut savoir faire la part des choses entre la provocation et l'anti-américanisme; Chavez a même affirmé soutenir le président américain Barack Obama.
- Un président charismatique
Bien qu'il ait dirigé son pays à coups de décrets, qu’il ait concentré le pouvoir entre ses mains, qu'il ait muselé les médias, qu'il ait laissé libre cours à sa mégalomanie, Hugo Chavez est resté, jusqu’à la fin, un président aimé par son peuple. Il apparaissait comme un homme charismatique, doué d’une facilité de communication avec les classes populaires. Son discours se nourrissait des héros et des mythes fondateurs de la nationalité vénézuélienne tels le «Libertador» Simon Bolívar, l'éducateur Simon Rodriguez et le général Ezequiel Zamora.
Lorsque Chavez voulut mettre fin à cette injustice qui consistait à ne s'occuper traditionnellement que des riches et des nantis, ceux-ci, frustrés et habitués à voir le gouvernement être à leur seul service, se sont mis à le combattre. Hugo Chavez aura appris aux autres gouvernements du continent qu'ils ne devaient pas continuer à favoriser seulement une petite clique de bien-nantis au détriment de tout un peuple. Il restait à savoir si le «chavisme» allait lui survivre.
Bref, si le modèle vénézuélien a souvent mis mal à l'aise, ce n'était pas parce que Chavez était un mégalomane dérangé, mais parce que son parcours politique était dérangeant. Les jours qui ont suivi l’annonce de son décès en mars 2013 furent marqués par un dénigrement, voire des critiques acerbes, de la part des médias contre cet homme régulièrement présenté comme un «dictateur», alors qu’il s’était fait élire à chaque fois par une large majorité de Vénézuéliens. Hugo Chavez se sentait libre et pouvait s'adresser à tous les dirigeants du monde, y compris et surtout à ceux diabolisés par Washington et l’OTAN; il le faisait souvent avec bonhommie, voire avec des débordements de truculence. Ses funérailles drainèrent des foules immenses. Il fut surnommé à tort ou à raison le «de Gaulle latino-américain».
4.4 La présidence de Nicolas Maduro
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Le président Nicolas Maduro, au pouvoir depuis avril 2013, a continué d'appliquer le modèle chaviste, c'est-à-dire un socialisme de contrôle et de planification centralisée, mais Maduro dut faire face à un effondrement général de l'économie. Depuis la mort de Hugo Chavez le 5 mars 2013, une crise politique, née de la victoire de l'opposition aux législatives, s'ajouta à une situation économique catastrophique. Le Venezuela avait beau posséder les plus grandes réserves de pétrole au monde, son économie n'en était pas moins très mal en point. Les convulsions qui ont secoué le Venezuela n'ont cessé de s'aggraver. En effet, le pays demeura aux prises avec les pénuries alimentaires et de médicaments, une hyperinflation et une baisse dramatique des revenus pétroliers, principale ressource de ce pays d'Amérique du Sud. |
Le président Maduro a toujours répondu aux manifestations par une surenchère autoritaire. Un décret a même autorisé explicitement l'usage des armes par les forces de l'ordre au cours des manifestations. Selon Nicolas Maduro, les maux de l'économie vénézuélienne devaient être attribués «à la bourgeoisie et à l'impérialisme», qui ont décidé de lui livrer une véritable «guerre économique». Malheureusement pour lui, Maduro n'avait pas hérité du charisme de Chavez, son maître. Il fut impossible pour lui d'égaler le talent oratoire d'Hugo Chavez qui savait haranguer les foules dans ses discours-fleuve.
- La pauvreté endémique
Le manque de charisme de Maduro fait en sorte que les tendances structurelles du pays ont empiré, tandis que les mauvaises décisions de ce président n'ont rien fait pour arranger les choses. Celui-ci n'a réussi qu'à maintenir l’émancipation économique et géopolitique de la sphère latino-américaine vis-à-vis des États-Unis. Finalement, les gens n’ont eu plus qu’un sujet à la bouche : se nourrir. De plus, le pays manqua de médicaments; l'inflation, la misère et la corruption minèrent le pays et la liste des plaies du Venezuela pouvait s’allonger. Le pays de 31 millions d’habitants, riche en pétrole, s'est trouvé au bord du précipice. Si la descente aux enfers a débuté avec la chute des prix de l’or noir — une ressource qui a longtemps permis au régime populiste de gauche de créer les programmes sociaux —, la crise a atteint vers 2020 son paroxysme. La baisse des cours de brut, amorcée en 2009 et accentuée en 2014, a frappé de plein fouet le Venezuela, qui tirait 96 % de ses revenus du pétrole, une dépendance dont il paie encore le prix.
À la fin de 2018, l’inflation avait atteint 1 000 000 %, avec comme conséquence que près de 90 % des Vénézuéliens vivaient sous le seuil de la pauvreté, la mortalité infantile a explosé, et plusieurs furent réduits à fouiller dans les poubelles pour manger. Le Venezuela a connu depuis 2013 un exode peu commun qui ne fait que s'accélérer. En effet, plus de huit millions de Vénézuéliens ont fui leur pays, c'est-à-dire le quart de la population. Il s'agit là d'un mouvement migratoire au moins aussi intense que celui qu’a connu l’Europe en 2015. Les premiers à partir furent les Vénézuéliens les plus instruits et ceux des classes moyennes. Ils se sont dirigés d’abord vers le nord, les États-Unis et le Canada. Puis le mouvement s'est étendu aux classes défavorisées; les gens sont partis à pied ou dans des autobus de fortune vers la frontière la plus proche, mais cette fois ce fut vers le sud, le Brésil, la Colombie, la Bolivie, le Pérou, etc. Les pays voisins furent submergés. À la différence des réfugiés syriens qui fuyaient la guerre en emportant toutes leurs économies, les migrants vénézuéliens de la dernière vague fuyaient le ventre et les poches vides.
Le seul à ne pas voir de problème dans l’exil auquel furent contraints les Vénézuéliens, dont un grand nombre ne rêvent que de rentrer au bercail, fut l'ex-président Nicolás Maduro qui assurait que «seuls» 600 000 de ses citoyens avaient quitté le pays. Campé sur sa position, le successeur d’Hugo Chavez, comme les dirigeants des pays anciennement «communistes», prétendit toujours que tout allait bien et refusa toute aide internationale. Ce qui est sûr dans ce pays, c’est que sous son régime, l’opposition, même majoritaire dans les urnes, ne pouvait pas remporter des élections et assumer le pouvoir. Évidemment, les questions linguistiques ont passé nécessairement au second plan!
4.5 L'intervention américaine
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Le 3 janvier 2026, après plusieurs semaines de menaces de la part du président américain Donald Trump, les forces armées des États-Unis pénétrèrent au Venezuela,
kidnappèrent le président Maduro et son épouse, les menottèrent et les emprisonnèrent à New York en attente d'un procès,
le tout avec une grande télédiffusion comme une parade de la victoire.
Selon l'émission "Fox News Sunday", diffusée par la Fox Broadcasting Company, les États-Unis voulaient un dirigeant au Venezuela qui se tiendrait à nos côtés et défendrait les libertés pour le peuple vénézuélien, mais qui veillerait également à ce qu'il ne perpétue pas de crimes à travers le monde comme il l'a fait par le passé. Le président américain, Donald Trump, désire surtout prendre le contrôle de l'industrie pétrolière du Venezuela et à y envoyer des entreprises américaines pour exploiter les plus grandes réserves de pétrole du monde. Plombée et étouffée par plusieurs années de sanctions internationales, notamment américaines, l'industrie pétrolière du Venezuela est en mauvais état, selon les experts. |
- Au diable le droit international
Au nom de la même idéologie (l’hémisphère occidental est la sphère d’influence des É.-U./l’ex-union soviétique est « l’espace vital » de la Russie), le président Trump bafoue le droit international et déclare que les É.-U. vont diriger le Venezuela. Par conséquent, l’arrestation et l’exfiltration du président vénézuélien devraient faire réfléchir le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Il est aisé d'imaginer que Trump, qui pratique la même politique que Poutine au nom des mêmes raisons, puisse prendre le parti de l’Ukraine dans les négociations de paix en cours, ce qui demeure une formidable illusion. Il vient de dire au monde que le président Poutine est justifié de s’emparer de l’Ukraine et, s’il le veut, d’occuper légitimement l’ancien espace soviétique. De même, qu’est-ce qui retiendrait la Chine d’envahir Taïwan? Elle a autant le droit de faire le ménage en Asie et de mettre la main sur Taïwan! Dans les faits, peu de dirigeants vont oser s'opposer ouvertement au président Trump de crainte de s'attirer des ennuis.
- Le véritable enjeu stratégique
Nicolás Maduro a été emprisonné et accusé par les États-Unis pour de mauvaises raisons, c'est-à-dire d'avoir conspiré avec des groupes narcoterroristes, comme les Forces armées révolutionnaires de Colombie, le Cartel de Sinaloa pour distribuer de la cocaïne. Toutefois, pour les Vénézuéliens eux-mêmes, Maduro demeure un dictateur qui a kidnappé, torturé, tué un grand nombre de ses compatriotes et a entraîné un effondrement économique, lequel a mené 25 % de la population à quitter le pays en moins de dix ans.
Le président Donald Trump a déjà annoncé que les États-Unis comptaient diriger le Venezuela, le temps de mettre en place un gouvernement de transition pour prendre la relève du régime Maduro. Il a également affirmé que les compagnies pétrolières américaines pourraient désormais exploiter les réserves de brut dans le pays. Or, les États-Unis ne dépendent pas du pétrole vénézuélien, tandis que le Canada leur fournit les quelques millions de barils qui leur manquent. Toutefois, en neutralisant le Venezuela, Donald Trump écarte la Chine et la Russie du continent, comme il l’a fait au Panama pour la Chine. C’est là le véritable enjeu stratégique de Trump, conforme à sa Stratégie de sécurité nationale. En ce sens, cette action est logique et cohérente pour un pays redevenu impérialiste. Cette intervention militaire américaine doit constituer un sérieux avertissement aux autres pays de la région, notamment la Colombie et Cuba, sans oublier le Groenland et éventuellement le Canada.
Il n'en demeure pas moins que le président Trump a engagé son pays dans une orientation prédatrice extrêmement dangereuse non seulement pour l'économie américaine, mais aussi pour la paix dans le monde. Si cette situation devait perdurer, les États-Unis risquent de dépendre économiquement et politiquement des nouvelles conquêtes militaires. Cependant, si les États-Unis sont généralement de grands gagnants pour remporter des victoires militaires, ils ne parviennent pratiquement jamais à se maintenir sur le terrain. Leurs interventions au Vietnam, en Afghanistan et en Irak le démontrent amplement. Le Venezuela ne semble pas montrer un grand enthousiasme à obéir aux menaces de Donald Trump. Il ne faut pas oublier que, même si Maduro est parti, la dictature, elle, risque de demeurer encore pour plusieurs années.
En tant qu'organisation régionale multilatérale dédiée à la démocratie, aux droits de l'homme et à l'État de droit, le Conseil de l'Europe considère que tout recours à la force sur le territoire d'un autre État soulève de graves questions au regard du droit international, notamment des principes fondamentaux de la Charte des Nations unies sur la souveraineté, l'intégrité territoriale et la non-ingérence. L'intervention des États-Unis au Venezuela soulève de graves questions au regard du droit international, car il risque d'y avoir deux poids, deux mesures. Cette opération n’avait pas pour objectif de libérer un peuple opprimé d’un despote ou d’un régime corrompu : elle l’a été pour permettre à des entreprises américaines d’exploiter des ressources énergétiques (et, peut-être, faire chuter les coûts de l’énergie aux États-Unis).
Au Venezuela, les personnes qui parlent couramment anglais appartiennent majoritairement aux classes moyennes supérieures; elles ont étudié dans des écoles bilingues, ont participé à des camps d’été aux États-Unis durant leur enfance ou ont fait leurs études supérieures aux États-Unis. Certes, certaines personnes d’autres milieux sociaux ont appris l’anglais par elles-mêmes, mais elles constituent l’exception. Dans les centres urbains, un nombre croissant de personnes maîtrisent l'anglais, notamment à Maracaibo, à Cabimas, à Valencia et à Caracas, ainsi que dans toute autre zone touristique. Si les Américains réussissent à s'implanter durablement au Venezuela, il y a fort à parier que la langue anglaise prendrait du galon.
(1) Généralités & données démolinguistiques |
(2) Données historiques | (3) Politique linguistique de l'espagnol |
(4) Politique linguistique destinée aux indigènes |
(5) Bibliographie | Carte linguistique |