République de Madagascar
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Madagascar
République de Madagascar
Repoblikan'i Madagasikara
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Capitale:
Antananarivo (Tananarive) Population: 21 millions (est. 2011)
Langues officielles:
malagasy
ou malgache (de jure) et français (de
jure) Groupe majoritaire:
malgache (92 %) Groupes minoritaires: 18 variétés malgaches (merina, betsileo,
betsimisaraka, sakalava, etc.), français, comorien, ourdou, chinois
cantonnais, créole mauricien, etc. Langue coloniale: français
Système politique: république démocratique
Articles constitutionnels (langue): art. 4 de la
Constitution de
2010. Lois à portée linguistique:
Ordonnance n° 60-146 du 3 octobre 1960 relative au
régime foncier de l'immatriculation (1960);
Code
de procédure civile (1962);
Code
de procédure pénale (1962);
Arrêté n° 2963 du 26 décembre 1962 fixant les jours et heures
d'audience des cours et des tribunaux (1962);
Décret n° 93-302 portant réorganisation de l'Académie malgache et
abrogeant le décret n° 69-024 du 16 janvier 1969 (1993);
Arrêté no 08 AN/P portant règlement intérieur de l'Assemblée nationale
(1993);
Décret n° 98-945 portant Code de déontologie médicale
(1998);
Décret n° 99-716 du 8 septembre 1999 sur le registre du commerce
et des société (1999);
Arrêté n° 15823/2001-MINESEB portant organisation du Brevet
d'études du premier cycle de l'enseignement secondaire (BEPC) et du concours
d'entrée en classe de seconde des établissements publics d'enseignement
général
(2002);
Décret n° 2004-780 du 3 août 2004 portant Code de déontologie des
infirmiers (2004);
Loi n° 2004-004 portant orientation générale du
système d'éducation, d'enseignement et de formation à Madagascar
(2004);
Loi n° 2005-006 portant politique culturelle nationale pour un
développement socio-économique (2005);
Décret n° 2005-851 portant création de l'Institut de formation
professionnelle des avocats de Madagascar (2005);
Décret n° 2006-015 du 17 janvier 2006 portant organisation
générale de l'administration pénitentiaire (2006);
Loi n° 2007-026 portant statut du notariat à Madagascar (2007);
Arrêté n° 8482/2008 portant habilitation de journaux à publier
des annonces légales et fixant les normes de publication (2008);
Décret n° 2010-381 fixant les attributions du ministre de la
Culture et du Patrimoine ainsi que l'organisation générale de son ministère
(2010);
Arrêté interministériel n° 28540/2011 fixant les modalités
d'application du décret n° 2010-1008 du 14 décembre 2010 portant
conditionnement et étiquetage des produits du tabac en vente à Madagascar
(2011);
Arrêté n° 1075/2012 fixant les indications obligatoires pour
l'étiquetage des produits et denrées alimentaires préemballées (2012);
Décret n° 2012-1008 portant politique malgache du livre
(2012);
Arrêté n° 14631
portant charte du "kabary" et des "mpikabary" (2013).
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1 Situation géographique
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Madagascar est un État constitué par une grande
île de l'océan Indien que le canal de Mozambique sépare de l'Afrique (distant
de 400 km environ). C’est la quatrième plus grande île du monde après le Groenland,
la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Bornéo. Longue de 1580 km et large de 580 km,
Madagascar couvre une superficie de 590 000 km²
(voir
la carte de la région). Le pays est entouré par d'autres îles et
archipels dont l'île Maurice, les Seychelles, les Comores et l’île de La Réunion.
La république de Madagascar a été membre de la Francophonie entre mars 1970
et décembre 1977, puis à nouveau membre depuis décembre 1989.
Le pays est divisé administrativement en six faritany («provinces»), qui
s'articulent autour des villes qui portent le même nom que la province: (1)
Antananarivo ou Tananarive, (2) Antsiranana ou Diégo-Suarez,
(3) Fianarantsoa, (4) Mahajanga ou Majunga, (5) Toamasina ou Tamatave et
(6) Toliara ou Tuléar. Les provinces autonomes sont des
«collectivités publiques dotées de la
personnalité juridique ainsi que de l’autonomie administrative et financière».
Les provinces sont organisées en collectivités territoriales décentralisées et
comprennent des régions et des communes dotées chacune d’une assemblée
délibérante et d’un organisme exécutif.
La ville d’Antananarivo
est la capitale avec plus de 1,2 million d'habitants (voir
la carte détaillée du pays). Toamasina, Mahajanga, Toliary, Antsiranana,
Fianarantsoa forment les autres
«villes de province», avec moins de
200 000 habitants chacune. La république de Madagascar porte le nom officiel
de Repoblikan'i Madagasikara.
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2 Données démolinguistiques
Malgré la proximité géographique des côtes africaines à 400 km de
Madagascar, les habitants du pays ne se reconnaissent pas comme des Africains.
Depuis vingt siècles, Madagascar a été façonnée par des peuples
afro-asiatiques venant d'horizons divers: Afrique, Sud-Est asiatique
(Indonésie), Proche-Orient, Inde, Europe, etc., pour créer la société
pluriculturelle malgache. Le peuplement de l’île s’est donc effectué à partir
d’un brassage de populations par vagues successives d’immigrants indonésiens,
malais, arabes et africains, ce qui a donné une langue unique avec plusieurs
dialectes possédant une morphosyntaxe originale et un lexique riche d’apports
étrangers. Ce pays de 21 millions d’habitants (est. 2011) compte
plusieurs communautés ethniques:
1)
la communauté malgache d’origine afro-asiatique représentant
92 % de la population, comprenant elle-même 18 ethnies et parlant des
langues
austronésiennes;
2)
la communauté comorienne
(0,3 %) qui se fond totalement dans la
société malgache;
3) la
communauté européenne (1 %), à grande majorité
française (99 %), formée par des coopérants techniques et de plus en plus d'hommes
d'affaires et d'investisseurs, un total de 123 500 personnes;
4) la
communauté indienne (0,2 %) d'origine pakistanaise, immigrée
à la fin du siècle dernier;
5)
la communauté chinoise
(0,1 %) d'origine cantonaise qui est
surtout installée dans les villes et sur la côte où elle s'occupe du
commerce de détail.
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2.1 La communauté malgache
La communauté malgache est composée «officiellement» de 18 ethnies principales,
chacune parlant sa variété linguistique de malgache: merina, betsileo,
betsimisaraka, sakalava, etc. On peut visualiser la carte
des groupes ethnolinguistiques:
1)
Merina
: «ceux des hauteurs»; d’origine
asiatique (indonésienne) assez marquée, ils résident au centre de l’île.
2)
Betsileo
:
«ceux qui sont
invincibles»; ils vivent dans la région de Fianarantsoa (centre-est) et
sont d’excellents riziculteurs et artisans du bois.
3)
Betsimisaraka
: «ceux qui ne se
séparent pas»; tribu la plus importante vivant le long de la côte est,
ils cultivent le café, la girofle et la canne à sucre.
4)
Sakalava :
«ceux des longues
vallées»; ils occupent un territoire très vaste sur toute la côte ouest,
du nord jusqu'à Tuléar (à l’ouest).
5)
Antaisaka
:
«ceux qui viennent des
Sakalava».
6)
Antandroy
:
«ceux des épines», ils
vivent à l’extrémité sud de l’île.
7)
Mahafaly
:
«ceux qui rendent heureux», voisins des Antodroys, ce sont des sculpteurs.
8)
Vezo
: ce sont des pêcheurs de l’Afrique
de l’Est installés au sud de l’île.
9)
Bara : d’origine bantoue, ils sont souvent
éleveurs de zébus.
10) Antakarana :
«ceux de l'ankara : la
falaise»; ce sont des pêcheurs et des éleveurs (au nord).
11) Antemoro :
«ceux du littoral», ce
sont en grande partie des cultivateurs.
12) Antaifasy :
«ceux qui vivent dans les
sables», sur la cote est.
13) Masikoro : agriculteurs du sud de l’île.
14) Antambahoaka : un groupe du Sud-Est
d’origine arabe; ils
se disent descendants de Raminia, un personnage parti de la Mecque vers le
Xe
ou le XIe
siècle.
15) Tsimihety
:
«ceux qui ne se coupent pas
les cheveux», vivant dans le Nord-Ouest, ils sont éleveurs et
riziculteurs.
16)
Tanala :
«ceux qui vivent dans la
forêt», vivent sur les falaises de la côte Est, dans la forêt; ils
détiennent un grand savoir sur les plantes médicinales.
17)
Bezanozano :
«ceux aux nombreuses
petites tresses», ce sont des forestiers de la côte Est.
18)
Sihanaka :
«ceux qui errent dans les
marais», ils habitent dans la région du lac Alaotra, agriculteurs
(nord-est). |
Dans l'île de Madagascar, les principales communautés des plateaux sont les Merina, qui
représentent le quart de la population (25 %), et leurs cousins les
Betsileo
(12 %). Les membres de ces deux groupes descendent essentiellement d'immigrants
venus de Malaisie et d'Indonésie, qui colonisèrent Madagascar il y a environ
2000 ans. Les régions côtières sont habitées surtout par des populations
métissées de Malais, d'Indonésiens, de Noirs africains et d'Arabes; parmi ces
groupes, citons les Betsimisaraka (10,9 %), les Sakalava (6 %),
les Antaisaka (5 %), les Antandoy, les Mahafaly et les Vezo.
La population malgache est concentrée dans la région orientale, soit sur les
hautes terres centrales et dans les zones d'aménagement qui attirent les migrants
venant des régions à forte pression démographique (voir
la carte détaillée du pays): régions d’Antemoro, d’Antefasy, d’Antaisaka
(au sud-est), de Tsimihety, de Merina, de Betsileo et d’Antandroy (extrême sud).
La répartition de la population se révèle quelque peu anarchique dans la mesure
où les meilleures terres, essentiellement à l'ouest, sont faiblement peuplées,
tandis que les terres épuisées des côtes orientales et des hautes terres du
centre sont surpeuplées. Par sa dimension, la capitale Antananarivo est de loin
la ville la plus importante du pays (env. deux millions d’habitants). Suivent
Toamasina (env. 200 000 hab.), Fianarantsoa (env. 150 000 hab.), Mahajanga (env.
160 000 hab.), Antsirabe (env. 110 000 hab.), Antsiranana (env. 80 000
hab.) et Toliara (env. 60 000 hab.).
Quelle que soit leur origine ethnique, les habitants de Madagascar sont
répartis assez inégalement entre les six provinces du pays:
Antananarivo |
29,4 % |
Fianarantsoa |
20,8 % |
Toamasina |
16,3 % |
Toliary |
14,4 % |
Mahajanga |
11,5 % |
Antsiranana |
7,8 % |
Pour ce qui est de la religion, on compte 51 % de chrétiens (dont 26 % de
catholiques et 23 % de protestants), 47 % d’animistes (croyances
traditionnelles), 1,7 % de musulmans et 0,3 % se réclament d'autres religions.
Les animistes pratiquent le famadihana, culte des ancêtres consistant à
changer le linceul des défunts, à nettoyer leurs ossements, et à appeler leur
participation à une fête et un banquet. Par ailleurs, les membres de la
minorité chinoise pratiquent le bouddhisme ou le taoïsme.
2.2 La langue malgache
Malgré la diversité du peuplement qui est à l'origine des différents parlers
dans toute l'île, une langue commune s'est constituée: le
malgache
(officiellement:
malagasy).
Celui-ci est devenu aujourd'hui la langue officielle du pays: c'est le parler
de l'Imerina (région de Tananarive et d'Ambohimanga) qui a été choisi comme
langue officielle en raison d'une longue tradition d'écriture remontant à la
première moitié du XIXe siècle. Linguistiquement, le malgache se
rattache à la famille austronésienne.
Le malgache appartient donc au groupe malayo-polynésien
de type occidental.
À l’origine, le malgache aurait emprunté un certain nombre de mots au
sanscrit (indo-européen) et à l’arabe, mais a reçu un apport lexical
important des langues (swahili, makhwa, etc.) de la famille bantoue, puis plus
tard des langues européennes, notamment l’anglais et le français. En ce qui
a trait à l’écriture, le malgache a d'abord été écrit en caractères
arabes, ce qui a donné une littérature écrite dite «arabico-malgache»; puis
Radama Ier a imposé les caractères latins et fait traduire la Bible
en malgache.
Les premiers outils linguistiques ont été créés en 1828, mais le premier
texte fut diffusé en 1835. Et la publication de la Bible malgache imposa
rapidement le modèle d'une langue écrite et d'un style noble. Les manuscrits
malgaches du XIXe siècle (surtout des discours royaux, des
généalogies, des comptes rendus d’événements ou de voyages importants)
sont relativement nombreux, mais beaucoup d’entre eux ont été détruits au
moment de la conquête coloniale française. À la fin de la monarchie merina,
il existait une dizaine de périodiques publiés à Antananarivo, puis la
colonisation de 1896 entraîna la suppression de la presse malgache. Cependant,
les journaux de l’époque avaient pris l'habitude de publier en malgache des
poèmes et des textes littéraires en prose (contes, fables, nouvelles, etc.).
Aujourd’hui, la presse et la littérature malgache semblent bien vivantes.
Toutefois, le marché de l’édition malgache demeure extrêmement limité en
raison du prix élevé des coûts de fabrication du livre.
2.3 Les autres communautés
La communauté européenne reste la communauté non malgache la plus
influente. Elle est formée surtout d’hommes d'affaires ou de coopérants,
surtout des Français. Au nombre d’environ 123 5000, ils forment la «dix-neuvième tribu», comme disent les Malgaches, et sont installés
plutôt dans les villes. À l'instar de tous les non-Malgaches, on les appelle
les Vazaha (Européens résidant de façon temporaire) ou Zanatany,
«enfants du pays», s'ils sont nés sur l'île et y résident en
permanence. Bien que le malgache soit la langue maternelle de la population
d'origine malayo-polynésienne, il a le statut de «langue co-officielle» avec le
français et, durant un bref intermède (de 2007 à 2010), l'anglais. Mais le français est demeuré la langue des
communications internationales, des médias (65 % des programmes télévisés)
et de l'enseignement. On estime que près de 25 % de la population autochtone «se
débrouille» en français et qu'environ 30 000 personnes le parlent presque
couramment. En réalité, le français atteint peu les populations autochtones;
l'anglais, encore moins.
Viennent maintenant s'ajouter à cette population, au gré des espoirs
économiques, plus de 100 000 immigrants, principalement des Comoriens
(comorien), des Indo-Pakistanais (ourdou), des Mauriciens (créole) et des
Chinois cantonnais qui, pour la plupart, ont conservé leur langue maternelle.
3 Données historiques
Le peuplement de Madagascar remonterait au premier millénaire de notre ère.
Les ancêtres des Malgaches seraient à la fois d’origine malayo-indonésienne
(des Malaysiens et des Indonésiens) et d’Afrique orientale (des Bantous
originaires de la Tanzanie et du Mozambique actuels). Par vagues successives,
s'établissant par petits groupes en des points différents de l'île, tout au
cours d'une période qui a pu durer quelques siècles, les immigrants ne
formèrent pas immédiatement un seul et même peuple, mais de nombreux petits
royaumes séparés participant au commerce de l'océan Indien.
Les habitants de Madagascar firent du commerce avec les Arabes durant une
bonne partie du Moyen Âge, fournissant aromates, plantes médicinales, épices
et parfums. Dès le XIIe siècle, les Antalaotra («les gens de
la mer»), des navigateurs islamisés parlant swahili et venant d'Afrique et
des Comores, établirent, aux dépens des Austronésiens de Madagascar, leur
contrôle sur les routes et le trafic de l'océan Indien. Toutefois, l'influence
culturelle arabe se limita à quelques comptoirs secondaires. Aujourd’hui, les
historiens croient que les côtes du nord et du nord-est de l'île ont été le
creuset où la rencontre de Malayo-Indonésiens et de Bantous africains a forgé
le peuple malgache actuel. Avant l’arrivée des Européens, la plupart des
ethnies malgaches recensées aujourd'hui vivaient déjà dans les territoires
où elle sont actuellement concentrées.
3.1 Les débuts de l’implantation européenne
En 1500, Diego Diaz, navigateur portugais en route vers les Indes, fut le
premier Européen à approcher les côtes de Madagascar, qui reçut alors le nom
d'île Saint-Laurent (le saint du jour de la découverte: le 10 août 1500).
Diego Diaz fit la connaissance des Merina sur les hauts plateaux, puis des
Sakalava à l'ouest, des Betsimisaraka à l'est et ensuite des Bara au sud. Les
Portugais établirent à leur tour quelques comptoirs qui périclitèrent
rapidement et disparurent; ils abandonnèrent l’île.
Pendant le XVIe siècle et le début du
XVIIe siècle,
l'île Saint-Laurent ne servit que de rade de ravitaillement non seulement pour
les marins portugais, mais aussi pour leurs rivaux, les Hollandais, les Anglais
et les Français. Toutefois, les rapports entre les Européens et les Malgaches ne
furent pas toujours pacifiques et, chassés par les autochtones, les Hollandais ne
réussirent pas à créer des établissements durables. Ils se contentèrent
de faire du commerce entre l’Europe et les Indes, avant de préférer la
colonie du Cap où ils s'implantèrent au XVIIe siècle. Les Anglais,
venus plus tard au milieu XVIIe siècle, ne réussirent pas davantage
à s'installer à Saint-Augustin et à Nosy-Be. Il fallut attendre le milieu du
XVIIe siècle pour voir les Français s'établir à Fort-Dauphin au
sud de l’île.
3.2 La colonisation française
En 1642, Jacques de Pronis, commis de la Compagnie française de l'Orient
fondée par le cardinal de Richelieu (ministre de Louis XIII), s'installa avec
quelques Français au sud-est de l'île. De Pronis était officiellement chargé de
«prendre possession de l'île, de fonder des habitations et de pratiquer la
traite»
(commerce). L’année suivante, sur l'ordre de Richelieu, il fonda
en l'honneur du futur roi Louis XIV Fort-Dauphin qui devint ainsi une escale
importante sur la
route des Indes. En 1649, Étienne de Flacourt, envoyé par la
Compagnie de l'Orient à Fort-Dauphin pour rétablir l'ordre à Madagascar,
renvoya Jacques de Pronis en France. Ce dernier avait choqué les autochtones en
vendant des esclaves aux Hollandais établis dans l'île Maurice. Étienne de
Flacourt, qui avait reçu le titre de «commandant général de l'île de
Madagascar», séjourna sur l’île jusqu’en 1655. Il publia en 1658 une Histoire
de la Grande Ile de Madagascar, comprenant aussi un dictionnaire de 3500
mots malgaches: cet ouvrage demeurera pendant deux siècles la source principale
des connaissances sur Madagascar et ses habitants.
La colonie de Madagascar, dont l’île était appelée île Dauphine,
périclita après le départ d’Étienne de Flacourt en 1655, car ses
successeurs n’eurent pas sa valeur. La nouvelle Compagnie des Indes orientales
fit moins de profit, les navires vinrent plus rarement et les colons se
découragèrent; la Compagnie des Indes orientales se tourna alors vers l'Inde
et se désintéressa de l'établissement de Madagascar. Des missionnaires furent
envoyés afin de convertir au catholicisme les populations voisines de
Fort-Dauphin; il rédigèrent un catéchisme bilingue et un dictionnaire de la
langue malgache, instituèrent un petit séminaire et envoyèrent en France
quelques jeunes Malgaches pour parachever leur éducation. Après le massacre de
la garnison de Fort-Dauphin en 1674 par les populations locales, les 63
survivants français s'embarquèrent pour l'île Bourbon (l’actuelle île de
La Réunion) alors déserte. Par la suite, les gouverneurs de Bourbon
utilisèrent Madagascar comme réserve d’esclaves pour leur île. Pour leur
part, les pirates, surtout des Français, des Anglais et des Américains,
utilisèrent l'île comme base pour leurs expéditions et leurs prises dans
l'océan Indien.
Avec l’abandon de Madagascar, l’effort français dans l’océan Indien
fut reporté sur l’île Bourbon (La Réunion), qui avait reçu les derniers
colons de Fort-Dauphin et des apports nouveaux, soit des Français et des
esclaves malgaches. L’île Maurice, abandonnée par les Hollandais en 1712,
fut occupée par les colons de Bourbon en 1721; l’île Rodrigues fut peuplée
plus tard. Par la suite, les Seychelles devinrent aussi des îles françaises.
À partir de 1720, le café d’Arabie fut introduit à Bourbon et en fit
bientôt la fortune. Pour se livrer à cette culture, il fallait un
ravitaillement en vivres (riz, bœufs, etc.) et en main-d’œuvre (esclaves).
La Grande Île, toute proche, réapparut comme le fournisseur idéal. De là
vint l’idée pour les Français d’y refaire du commerce.
La colonisation française ne reprit qu'après le
traité de Paris de 1763
(alors que les îles Maurice, Rodrigues ainsi que les Seychelles étaient
devenues anglaises), sous la tutelle de Louis XV, puis de Louis XVI, et fut
poursuivie, après la Révolution française, par Napoléon. Des comptoirs
furent rétablis sur la côte est, et un gouverneur fut nommé à Tamatave
(centre-nord). Celui-ci dut commencer par combattre les Hova (Merina) qui, alors
dominés par les Sakalava et forts de l'appui des Anglais, prétendaient
s'approprier l'île entière. Les Sakalava furent vaincus et se virent, en 1840,
contraints de placer sous le protectorat français les deux seuls territoires
qui leur appartenaient encore: les îles de Mayotte (Comores) et de Nosy-Be
(nord-ouest de Madagascar).
3.3 L’unification du royaume Merina et de Madagascar
Entre-temps, les autochtones s’étaient regroupés sur l'île pour former
des royaumes, tant à l'est (Menabe, Boina) qu’à l'ouest (Betsimisaraka:
«les nombreux inséparables») et au sud (Betsileo). Au centre du
plateau, les Hova (Merina) fondèrent la ville fortifiée d'Antananarivo
(Tananarive). Ils nommèrent le pays Imerina et donnèrent à ses
habitants le nom de Merina. Durant tout le XVIIe siècle,
Madagascar fut dominée par la multiplicité des petits royaumes malgaches.
Parmi les tentatives de conquête, la plus remarquable est peut-être celle des
Sakalava qui, au milieu du XVIIe siècle, dominèrent toute la côte
est et y jetèrent les bases d'un véritable empire. Toutefois, la puissance
sakalava fut minée par des querelles de succession et buta à l'opposition des
Merina auxquels les Sakalava durent finalement se soumettre.
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L'unification du pays fut réalisée au siècle suivant par le souverain
merina Andrianampoinimerina (vers 1787-1810) qui regroupa les petits royaumes
des hauts plateaux, établit une véritable législation et instaura une
administration locale. Son fils et successeur, Radama Ier
(1810-1828), céda aux sollicitations des Britanniques installés sur l'île
Maurice et inquiets de voir la France prendre pied sur Madagascar. Il signa en
1817 un traité d'amitié avec les Britanniques qui dotèrent les Merina d’armes
modernes et entraînèrent les troupes autochtones. Puis les missionnaires
britanniques fondèrent des écoles et introduisirent le christianisme. Fort de
l'appui des Britanniques, Radama Ier poursuivit l'unification entreprise par
son père et étendit sa domination sur une grande partie de l’île.
En
matière linguistique, l’ œuvre de Radama
Ier fut importante. D’abord,
il favorisa le développement de l'enseignement qui connut un essor remarquable
dès 1820. La scolarisation se faisait dans la langue maternelle des élèves et
les maîtres malgaches pouvaient avoir recours à l'anglais (la langue des
missionnaires) pour accéder aux manuels et aux sources du savoir occidental. En
1825, le roi dota la langue malgache d'une écriture en caractères latins et fit
traduire la Bible dans cette langue. En 1827, près de 4000 Malgaches
savaient lire et écrire, alors que les écoles se multipliaient. Pour leur part, les quelques écoles catholiques
installées à Tananarive dispensaient un enseignement en français.
Les manuscrits malgaches du XIXe
siècle (surtout des discours royaux, des généalogies, des comptes
rendus d'événements ou de voyages importants) sont relativement
nombreux, mais beaucoup d'entre eux ont été détruits au moment de la
conquête coloniale française.
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À la mort de Radama Ier, sa veuve, Ranavalona
Ire,
lui succéda en 1828 et mit fin à la politique de réformes menées par son
défunt mari; elle décida de fermer les écoles et de chasser les missionnaires
britanniques; elle finit par expulser tous les Européens au moment même où
les Sakalava se plaçaient sous la protection de la France, qui occupait l’île
Nosy-Be en 1841. Les Français en profitèrent pour revenir dans la Grande Île. La
reine Ranavalona Ire aurait été responsable de
l’exécution rituelle d’un million de ses sujets, notamment des chrétiens et des
esclaves.
- Le règne de Rainilaiarivony
À la mort de Ranavalona Ire en 1861, son fils Radama II,
élevé par des Européens, rouvrit le pays aux puissances coloniales. Il
attribua à certains hommes d'affaires français des pouvoirs économiques
exorbitants. L'oligarchie malgache, inquiète de l'européanisation forcée, fit
étrangler le roi en 1863. L'année suivante, le chef de l'armée, Rainilaiarivony,
un Merina, devint premier ministre, épousa successivement les reines Rasoherina,
Ranavalona II et Ranavalona III, et exerça le véritable pouvoir. Pour éviter
la mainmise européenne sur son pays, il choisit de le moderniser et se
convertit au protestantisme avec une grande partie du peuple en 1869. Il demeura
à la tête du pays pendant plus de trente ans. Durant le règne du premier
ministre Rainilaiarivony, les missionnaires catholiques revinrent et les écoles
se multiplièrent.
- Les jésuites
Les jésuites s'installèrent à Tananarive et à Tamatave. Dès
1862, ils publièrent une série de manuels scolaires et de livres religieux à
l'usage des élèves et des catholiques malgaches. Tandis que les protestants
(la London Missionnary Society, les anglicans, les luthériens et les quakers)
enseignaient en malgache, les catholiques, surtout dans les écoles urbaines,
enseignaient le français à leurs élèves. Cependant, en raison de la
conversion au protestantisme en 1869 de la reine et du premier ministre, les
écoles protestantes furent beaucoup plus florissantes. Évidemment, l'école
propagea davantage le français que l'anglais, compte tenu que dans les écoles
protestantes on enseignait en malgache.
3.4 La tutelle française (1896)
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En 1883, la France occupa Tamatave (côte est) et Majunga (côte ouest). Deux
ans plus tard, elle obtint la permission de s'installer à Antseranana. Par le
traité ambigu de 1885 (perçu comme un «traité d’amitié» par les Merina), la
France imposa à l'île un quasi-protectorat: puis un général français
(Joseph Gallieni) s'installa à Tananarive avec une escorte militaire et représenta
officiellement Madagascar dans ses relations extérieures. Le protectorat
français fut reconnu, en 1890, par la Grande-Bretagne et l'Allemagne, mais il
fut refusé par le premier ministre malgache Rainilaiarivony. En représailles, Paris envoya des troupes (15 000 hommes) à Tananarive. Le
général Joseph Gallieni, devenu gouverneur général, entreprit la «pacification» et l’unification de l'île avec le concours du
colonel Lyautey. Le 30 septembre 1895, Tananarive fut militairement occupée, le
premier ministre Rainilaiarivony, exilé, et la reine Ranavalona III,
détrônée. L'île de Madagascar devient officiellement une colonie française
en 1896. Cette année-là, le Parlement français vota l'annexion de Madagascar en tant que colonie.
La première préoccupation du général Gallieni fut de «ramener le calme et la
confiance au sein de la population». Doté des pleins pouvoirs civils et militaires, Gallieni entreprit
d'organiser le pays en créant des cadres administratifs et une justice autochtones,
en instituant un enseignement laïque chargé de promouvoir la langue française
devenue obligatoire et en faisant lever de lourds impôts. La ville de Diégo-Suarez,
dans le Nord, devint la plus importante base navale française de cette région
de l’océan Indien et protégeait ainsi la route de l'Indochine. L’île attira
les planteurs et les compagnies européennes, mais la dépossession des terres
autochtones et l’imposition du
Code de l’indigénat
ravivèrent le nationalisme malgache.
|
- La langue française
En 1897, à Fianarantsoa, le général Joseph Gallieni déclara devant 20 000 Betsileos
(mot signifiant «les nombreux invincibles»), les habitants vivant dans la
partie sud des terres centrales de l'île:
Je n'ai
pas à savoir quelle est votre religion. Catholiques, musulmans,
protestants ou adeptes seulement du culte des ancêtres, vous pouvez tous
vous asseoir sur les bancs de nos écoles, apprendre notre langue, vous
habiller des étoffes françaises renommées dans le monde entier. Vous
apprendrez de nous à vous aimer, à aimer surtout la France, votre nouvelle
patrie, et à devenir d'habiles ouvriers et de bons cultivateurs.
|
La colonisation française donna à l'école une place centrale dans le
dispositif de domination du pays. Joseph Gallieni décréta qu’aucun
Malgache ne pourrait postuler un emploi public s'il ne parlait et n’écrivait
le français. Les instructions décrétées dans la circulaire du 5 octobre 1896
témoignent des intentions de la nouvelle administration à assurer la
suprématie absolue de la langue et de la culture françaises:
Madagascar est devenue aujourd'hui une terre française. La langue
française doit donc devenir la base de l'enseignement dans toutes les
écoles de l'île. [...] Vous ne devez jamais perdre de vue que la
propagation de la langue française dans notre nouvelle colonie, par tous
les moyens possibles, est l'un des plus puissants éléments d'assimilation
que nous ayons à notre disposition et que tous nos efforts doivent être
dirigés dans ce but.
|
Plus tard, la circulaire de 1899 précisa que l'école devait devenir «un
instrument de conquête pacifique des esprits». C’est par l'éducation que l’Administration
française fit comprendre aux Malgaches les avantages de la civilisation et la
nécessité du travail; elle chercha également à leur inculquer des sentiments
de respect et d'affection pour la France.
|
En réalité, le système d'enseignement institué à Madagascar par la
colonisation française s'éloigna quelque peu de la politique d'assimilation
par l'école. Il faut souligner que les écoles officielles créées par Joseph Gallieni, où le français était à la fois la matière principale et la
langue d'enseignement, ne purent dans les faits accueillir tous les élèves.
Étant donné que l'enseignement était obligatoire, l’administration
coloniale autorisa la création d’écoles privées et d’écoles
d'«église», avec des maîtres moins qualifiés, mais accorda au malgache une
place importante. Des écoles normales et professionnelles, ayant vocation de
former les cadres subalternes, complétèrent l'organisation d'un
«enseignement malgache» dont les principes
pédagogiques et les programmes s'inspiraient du modèle français.
Bien que fervent partisan de la
politique de francisation par l'école, Gallieni encouragea ses collaborateurs à
apprendre le malgache et fonda dès 1902 l'Académie
malgache, dans le but de favoriser la préservation du patrimoine
culturel malgache. En habile
politicien, il utilisa les services des fonctionnaires merina et des chefs locaux
à qui il dicta cette directive: «Faites que vos administrés tremblent à la
pensée de votre départ.»
En huit ans de proconsulat
(1896-1905), Gallieni a réussi à «pacifier» la Grande Île, mais au
prix d'une violente répression contre la résistance malgache. Au
total, son administration aurait causé la mort de 100 000 à 700 000
Malgaches
pour une population de trois millions d'habitants. Aujourd'hui, le
général Gallieni serait condamné par la communauté internationale. |
À partir de 1908, des collèges secondaires, devenus ensuite lycées,
dispensèrent le même enseignement qu'en Métropole. Destinés aux enfants des
colons et des fonctionnaires français, ils acceptèrent, à partir de 1914, des
enfants "indigènes" à la condition que ceux-ci fissent preuve d'une
maîtrise suffisante de la langue française.
Le gouvernement colonial maintint cette double filière de l'enseignement
malgache et de l'enseignement européen jusqu'après la fin de la Seconde Guerre
mondiale. D’un côté, l’enseignement public malgache continua à instruire
les jeunes Malgaches en les condamnant à des carrières modestes; de l’autre,
les jeunes autochtones provenant de familles généralement aisées qui
fréquentaient les lycées français se voyaient ouvrir les postes donnant
accès au pouvoir, à l'administration, aux avantages économiques, etc. La
connaissance et l’utilisation aisée de la langue française devinrent
désormais des conditions de réussite et de promotion sociale, et des moyens
d'accéder aux différentes sphères du pouvoir, sinon de s'y maintenir, surtout
pour les anciennes couches dirigeantes. La présence physique d'une minorité
européenne contrôlant le pays a fait jouer au français un rôle considérable
dans la vie quotidienne des autochtones.
La défaite de la puissance coloniale face à l’Allemagne hitlérienne
remit toutefois en question la prétendue supériorité de la présence
française à Madagascar. En raison notamment des services rendus à la France
lors de la dernière guerre mondiale, les Malgaches espéraient obtenir en
échange le droit de s’administrer eux-mêmes.
- Le territoire français d'outre-mer
En 1946, Madagascar obtint le
statut de territoire français d'outre-mer (TOM) et fut dotée d'une
assemblée provinciale élue mais aux pouvoirs limités. Cependant, la période
d'après-guerre fut marquée par la reprise de l'agitation nationaliste. Les
gouvernements successifs de la IVe République se révélèrent
incapables de résoudre les problèmes coloniaux. En mars 1947, les
nationalistes organisèrent un soulèvement armé dans la zone orientale de
l'île. La rébellion fut suivie d’une répression impitoyable et servit d’amorce
aux revendications indépendantistes. Tenus pour responsables, les députés
malgaches à l'Assemblée française furent condamnés à de très lourdes
peines, après un procès inique. Tous les efforts entrepris ensuite par le
gouvernement colonial pour améliorer l'économie, par exemple en développant
le réseau routier et en exploitant plus méthodiquement les gisements miniers,
se heurtèrent cependant aux intérêts des colons français qui voyaient des
sommes d’argent importantes leur échapper au profit des autochtones.
Durant les années 1950, l'autonomie de l'île fut renforcée. En 1958, la
Constitution de la Ve République française fut approuvée par 78 %
de l'électorat malgache et Madagascar devint une république semi-autonome dans
le cadre de la Communauté française. Philibert Tsiranana, chef du Parti social
démocrate, en devint le président. Par la suite, le pays accéda à
l'indépendance le 26 juin 1960, sous la présidence de Philibert Tsiranana,
tout en conservant des relations privilégiées avec la France.
3.5 L'indépendance et la République malgache
Au lendemain de l'indépendance, la République malgache décida d'être
bilingue: le français et le malgache devinrent alors les deux langues
officielles. Cette politique de bilinguisme engendra une véritable situation
néocoloniale: les firmes françaises et les Français conservèrent la plupart
de leurs privilèges. En fait, l’avènement de l’indépendance de 1960 devait
mettre fin à une instruction au service de l’impérialisme colonial, mais le Ire
République perpétua plutôt le système d'éducation hérité de la colonisation en
encourageant une oligarchie franco-malgache avec des programmes français et des
enseignants formés à la française, une sélection élitiste des élèves, etc. Bref,
toute la politique de l’éducation restait calquée sur celle de l’ancienne
métropole.
La pratique scolaire d'assimilation, héritée de la
colonisation, faisait encore de la langue malgache aux épreuves du
baccalauréat une seconde langue étrangère. De plus, l'alignement des
programmes d'enseignement sur ceux de la France entraîna
des tensions insupportables dont la révolution de mai 1972 fut une conséquence
directe. Cette année-là, la révolution estudiantine mit le doigt sur la
prépondérance de la culture française dans la Grande-Île. Dans la plupart des
écoles, les jeunes connaissaient sur le bout des doigts les départements
français, mais ignoraient tout de la géographie de leur propre pays. Le mot d'ordre de malgachisation de l'enseignement rallia tous
les mécontents qui s'exprimèrent lors des événements qui se sont déroulés au
mois de mai 1972. C'est alors qu'on a voulu enterrer le français pour supprimer
les effets du colonialisme.
- La malgachisation
|
En janvier 1976, Didier
Ratsiraka
fut élu président de la République démocratique de
Madagascar. Il instaura un régime d'orientation socialiste et
entreprit de s'aligner sur la position du bloc soviétique, tout en
étant l'un des militants actifs du non-alignement.
Il fonda le parti politique
«Avant-garde pour la Révolution malgache» (Andrin' ny revolisiôna
Malagasy). Didier Ratsiraka publia son
Livre rouge de la Révolution. En quelques mois, le Soviétique
Leonid Brejnev, le Cubain Fidel Castro, le Libyen
Mouammar Kadhafi, le Somalien Sïad Barre, etc., devinrent les
meilleurs «amis» de Ratsiraka qui entretint alors d'excellentes
relations avec la Chine et avec la Corée du Nord.
Puis le gouvernement malgache expulsa l'armée française,
ferma les ambassades et consulats français, nationalisa les grandes compagnies françaises et
malgachisa l’enseignement. |
Dans son Livre rouge, Ratsiraka
justifie son entreprise de
malgachisation en voulant «harmoniser le contenu des méthodes d'enseignement avec
les impératifs de la Révolution» tout en reconnaissant que la langue
française pouvait être encore utile :
Force est de reconnaître que pendant longtemps
encore, nous aurons besoin de cette langue comme d'une fenêtre ouverte sur le
monde de la civilisation technique. Cela ne veut pas dire qu'il faut reléguer le
malgache au deuxième plan,. Non! Mille fois non! Bien au contraire, nous donnons
d'ores et déjà la primauté à notre langue nationale et nous devons accélérer la
codification, la modernisation et l'enrichissement du malgache, avec l'apport de
tous les dialectes, pour en faire un instrument efficace de développement de
l'Homme malgache et de maîtrise de toutes les disciplines techniques et
scientifiques. |
La "loi n° 78-040 du 17 juillet
1978 portant cadre général du système d'éducation et de formation"
mit en place des commissions destinées à élaborer et à codifier le
«malgache commun», qui sera en fait une sorte de synthèse entre le
malgache dit officiel largement issu de la langue merina et
des divers dialectes régionaux. Cette même loi édicta que le
français devait être désormais considéré comme «une langue
étrangère».
Au plan idéologique, ce fut la période de la mise en
œuvre de la trilogie
malgachisation + démocratisation + décentralisation de l’enseignement. Au plan
pratique, la nouvelle politique se traduisit par l'adoption immédiate du
malgache comme langue d'enseignement dans tout le primaire, et un programme de
substitution progressive du malgache au français dans l'enseignement secondaire,
un programme qui devait déboucher finalement sur la malgachisation de
l'enseignement à l'université. Le gouvernement de
Didier Ratsiraka imposa
constitutionnellement le malgache comme seule langue officielle de la
République. Néanmoins, jusqu'en 1990, un certain nombre d'écoles et de lycées
ont continué à enseigner
en français, alors que l’enseignement devait se faire en
malgache. Des enseignants, qui avaient du mal à dispenser en malgache,
recouraient quand même au français. Mais les cours d’alphabétisation à
Madagascar furent toujours donnés en malgache.
Le gouvernement socialiste de Ratsiraka changeait donc la donne avec sa
politique de malgachisation de la société. Le français a vu son rôle considérablement réduit dans la nouvelle école,
mais le rejet radical du français devait entraîner des inconvénients majeurs.
La langue des Merina servant de malgache officiel provoqua des revendications
violentes de la part des populations côtières, qui considéraient ce malgache
comme une tentative de merinisation.
La situation devint tellement
explosive qu'il apparut plus sage pour le gouvernement de maintenir le
français sur une base provisoire, la langue coloniale ayant l'avantage d'être
plus acceptée par les populations côtières que le malgache officiel. Si les
réformes en éducation ont eu pour effet de satisfaire les aspirations
anticoloniales, elles déçurent la population en sacrifiant toute une génération
de Malgaches. La révolution de mai 1972 échoua, faute de préparation et de
moyens suffisants.
En réalité, les causes de l'échec sont multiples et elles ne concernent pas
le seul processus de malgachisation. La plupart des intervenants en matière
d'enseignement conclurent que la génération d’élèves de cette période de
malgachisation maîtrisaient mal le malgache écrit. De plus, les études menées en
1986–1987 sur le système d'éducation ont révélé une situation alarmante :
- un taux de redoublement de 50 % dès la première année du primaire;
- un taux d’abandon de 11 % avant la fin du primaire;
- un taux de «survie scolaire» à la fin du primaire de 30%;
- un taux de réussite de 29,9 % au certificat d'études
primaires (CEP);
- un taux de réussite de 30,2 % au Brevet d'études du
premier cycle (secondaire).
Par ailleurs, dès 1983, lors de la première mouture de «bacheliers malgaches»
entrés à l'université, la plupart des étudiants étant incapables de se trouver
un emploi avec leur diplôme malgache. De plus, le gouvernement n’avait même pas
pu doter les élèves de manuels dans les classes. Il a dû se limiter à la
production d’«ouvrages didactiques» pour les maîtres, des documents qui
ressemblaient davantage à des fiches pédagogiques qu'à des livres. Non seulement
les manuels manquaient, mais lorsqu'il y en avait, ils n’étaient pas de bonne
qualité, tandis que les maîtres étaient mal formés et fortement politisés, et
que l’administration scolaire fonctionnait mal, avec un encadrement pédagogique
médiocre doublé d'un effectif nettement insuffisant. Du côté des élèves, les
jeunes diplômés de cette époque présentaient beaucoup de lacunes, notamment en
malgache et en français, ce qui confirmait les parents qui se méfiaient de la
politique de malgachisation parce que, selon eux, celle-ci n’enseignait pas
assez le français à leurs enfants. Enfin, la malgachisation n’a pas été menée
dans des conditions favorables, et ce, dans un pays en voie de développement.
Bref, de façon générale, la réforme entreprise n’avait pas les moyens de son
ambition.
Au plan économique, la voie socialiste choisie en 1972 demeure pour beaucoup
d'observateurs l'une des causes du retard pris par l'économie du pays en raison
de la dégradation continue des infrastructures, de l'endettement excessif dû aux
nationalisations, des blocages administratifs à l'égard du développement des
entreprises et des investissements, de la dépréciation de la monnaie locale, de
la détaxation des produits électroménagers, des voitures utilitaires, des
machines industrielles, etc. La liste pourrait être longue.
- Le retour du balancier
Puis ce fut le «retour au français» vu par plusieurs comme une «retour en
arrière». À
partir de 1985, l'enseignement du français fut même été vigoureusement relancé.
Dans tout le système d'éducation, la pratique la plus courante fut de donner
«les explications en malgache et les résumés en français». Beaucoup
d'enseignants avaient perdu la pratique du français ou ne le maîtrisaient pas
assez ou pas du tout. De plus, les élèves ne comprenaient pas les discours en
français, faute d’avoir suivi leur cursus dans cette langue. Après avoir quitté la famille de la Francophonie entre 1970 et 1977,
Madagascar sollicita de nouveau son adhésion auprès de l'Organisation
internationale de la Francophonie (OIF) en 1989.
En 1991, l'opposition au président Didier Ratsiraka augmenta et des manifestations
populaires dégénérèrent en affrontements armées. Après une brève période
transitoire, une nouvelle constitution fut adoptée en 1992. Albert Zafy,
candidat de l'opposition, fut élu à la présidence. S'il fut généralement
respecté pour la sagesse dont il a fait preuve lors de la transition
démocratique de 1991-1993, il fut critiqué par son bilan présidentiel mitigé en
raison de sa mauvaise gestion politique et des faibles résultats économiques.
Didier Ratsiraka fut
réélu aux élections de 1996 et il s'ensuivit une période de stabilité économique
jusqu'en 2001. Le président Ratsiraka pratiqua, lors de ce mandat, une politique très alignée sur la
France. En 2001, le candidat d'opposition, Marc Ravalomanana, se proclama vainqueur aux
élections; il forma son propre gouvernement à Antananarivo
(capitale), pendant que Didier Ratsiraka fit de même à Toamasina, la ville du
plus grand port du pays. Ratsiraka quitta le pays en laissant le pouvoir à Marc Ravalomanana.
- Un président anglophile
|
Le 21 février 2002, sous la
pression de la rue, Marc Ravalomanana s'autoproclama président de la
République, mais ce n'est que le 6 mai de la même année qu'il devint
formellement le président de Madagascar. Très influencé par le
contexte de la mondialisation et le désir de s’ouvrir au monde
anglo-saxon, de religion protestante, s'est révélé anglophile. Il s'est fait connaître notamment par une
boutade qui en dit long: «Oh! Yes, j’adore la France.» Il parlait surtout le
malgache et l'anglais; son français était parfois un peu chaotique, mais néanmoins
fort compréhensible.
Marc Ravalomanana fut réélu en
décembre 2006. Pour son second mandat, il décida de légiférer par
ordonnance en anglais. Il invita ses compatriotes à un référendum
afin de modifier la Constitution à sa mesure. Celle-ci devait lui
offrir désormais la possibilité de promulguer, en situation
d'urgence, des lois sans se soucier de l'Assemblée nationale. Le
président prévoyait également introduire l'anglais comme langue
officielle aux côtés du français et du malgache, qui obtiendrait en
plus le statut de langue nationale. |
L'article 4 de la
Loi constitutionnelle no 2007-001 du 27 avril 2007 portant révision de la
Constitution
est le suivant:
Andininy 4
"Tanindrazana - Fahafahana - Fandrosoana"
no filamatry ny Repoblikan'i Madagasikara.
Ny
fanevany dia saina telo soratra : fotsy, mena, maitso vita amin'ny
tsivalana telo mahitsizoro mitovy refy ka ny voalohany fotsy ary
mitsangana manaraka ny tahon-tsaina, ny roa hafa mandry ka ny mena ambony
ary ny maitso ambany.
" Ry Tanindrazanay Malala ô ! " no hiram-pirenena.
Ny
lalàna no mametra ny fitombokasem-panjakana sy ny mari-piandrianan'ny
Firenena.
Ny teny malagasy no
tenim-pirenena.
Ny teny malagasy, frantsay ary
anglisy no teny ofisialy. |
Article 4 La république
de Madagascar a pour devise : "Tanindrazana - Fahafahana - Fandrosoana".
Son emblème national est le drapeau
tricolore, blanc, rouge, vert, composé de trois bandes rectangulaires
d'égales dimensions, la première verticale de couleur blanche du côté de
la hampe, les deux autres horizontales, la supérieure rouge et
l'inférieure verte.
L'hymne national est "Ry Tanindrazanay
malala ô !"
Les sceaux de l'État et les armoiries de
la République sont définis par la loi.
Le malagasy est la langue nationale.
Le
malagasy, le français et l'anglais sont les langues officielles.
[Abrogé depuis]. |
Il s'agissait là d'une nouvelle politique linguistique,
mais qui n'impliquerait pas un trilinguisme réel, les Malgaches dans leur
ensemble ne sachant que fort mal le français. Ce n'était donc pas une politique
planifiée et cohérente, mais plutôt un calcul politique pour se rapprocher de
l'Afrique du Sud ou d'éventuels partenaires commerciaux anglophones. En fait,
les dirigeants malgaches espéraient attirer des investisseurs en publiant certaines lois en
anglais pour que les anglophones s'intéressent au marché de Madagascar, l'un des
pays réputés parmi les plus pauvres du monde.
Il n'y eut qu'une seule école de
langue anglaise à Madagascar. L'objectif n'était pas tant de remplacer le français
par l'anglais, mais de se donner un outil de plus. Le président Ravalomanana,
contrairement à ses prédécesseurs, pratiquait une politique commerciale orientée
vers plusieurs pays, dont les États-Unis, l'Afrique du Sud, l'Allemagne, le
Japon, le Maroc, la Chine, etc. Sous la présidence de Marc Ravalomanana, les
réformes de toutes sortes ont été nombreuses. L'une des plus importantes
concernait la transformation de l'éducation au primaire. Ravalomanana y
introduisit l'apprentissage de l'anglais et envoya des jeunes étudier cette langue
aux États-Unis. Dix ans plus tard, l'anglais est pratiquement absent du pays, et
ce, malgré la décision du gouvernement de Ravalomanana de lui donner un statut
de langue officielle comme le français.
- Situation politique chaotique
Quoi qu'il en soit, la situation politique malgache dégénéra en 2008.
En effet, de nombreux politiciens, dont le maire de la capitale, Andry
Rajoelina surnommé TGV, commencèrent à contester l'autorité du président Ravalomanana. En mars 2009, l'armée rejoignit le mouvement de contestation
et prit d'assaut le palais présidentiel d'Ambohitsorohitra. Sous la pression
des militaires favorables à Andry Rajoelina, le président Ravalomanana
fut forcé de démissionner le 17 du même mois (2009).
Les fonctions de président de
la République et de premier ministre furent confiées à un directoire
militaire. Puis l'amiral Ramaroson transmit le pouvoir à Andry Rajoelina,
mais les militaires annoncèrent que le directoire était démis de ses
fonctions. Le 18 mars 2009, le Conseil constitutionnel de l'île
officialisa la prise de pouvoir d'Andry Rajoelina, bien que l'investiture
officielle devait avoir lieu le 21 mars.
Andry Rajoelina s'engagea à rédiger
une nouvelle constitution en vue de foncer la IVe
République. Cependant, l'Union européenne qualifia de «coup d'État» le
changement de régime à Madagascar. De son côté, Washington jugea le transfert
du pouvoir comme «non démocratique». Depuis lors, le pays frôla la balkanisation,
sinon la «somalisation»,
une allusion à l'effondrement de l'État et à l'éclatement de la Somalie en
plusieurs factions rivales incontrôlables et incontrôlées, attisant la
guerre civile.
Madagascar fut suspendu de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)
à la suite de la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina.
Celui-ci fit marche arrière avec l'anglais et demeura plus proche de la France
en encourageant l’usage du français. La tenue du
XIIIe Sommet de la Francophonie qui
devait avoir lieu en 2010 dans la Grande Île, fut annulée et déplacée dans la
ville suisse de Montreux. Dans la Grande Île, le véritable enjeu fut de sortir de ce
cercle vicieux qui poussait le pays d'insurrection en insurrection. C'est une
contrepartie inévitable du passage d'un despotisme à un autre.
- La IVe République
Le 17 novembre 2010, eut lieu un référendum constitutionnel ordonné par le
nouveau président Andry Rajoelina. La Constitution a été adoptée par 74,19 % des
suffrages selon les résultats officiels proclamés par la Haute Cour
constitutionnelle. Le «non» a obtenu 25,81 % des voix, et le taux de
participation s'est élevé à 52,61 %. Le 11 décembre 2010, Andry Rajoelina a
signé le décret de promulgation de la IVe
République au palais présidentiel d'Iavoloha, en périphérie de la capitale, au
cours d'une cérémonie retransmise en direct à la radio et la télévision
nationales. Selon l'article 4 de la nouvelle Constitution, le malgache
(malagasy) et le français sont dorénavant les deux «langues officielles», mais
le malgache demeure la «langue nationale» (par. 3):
Article 4
1)
La république de Madagascar a pour
devise : « Fitiavana – Tanindrazana – Fandrosoana ».
2)
Son emblème national est le drapeau
tricolore, blanc, rouge, vert, composé de trois bandes
rectangulaires d'égales dimensions, la première verticale de couleur
blanche du côté de la hampe, les deux autres horizontales, la
supérieure rouge et l'inférieure verte.
La langue
nationale est le malagasy.
L'hymne national est " Ry Tanindrazanay malala ô !
La capitale de la république de Madagascar est Antananarivo.
Les sceaux de l'État et les armoiries de la République sont
définis par la loi.
Les langues officielles sont le malagasy et le français.
|
4
La politique linguistique malgache
À l’heure actuelle, il n'existe qu’une disposition linguistique dans la
Constitution de 2010, celle de l'article 4, qui proclame: «Le malgache est la langue nationale»
et que le malgache et le français sont les langues officielles. Les
seules autres dispositions juridiques à caractère linguistique n’apparaissent
que dans les lois scolaires portant sur la langue de l'enseignement.
E
n 2005, le gouvernement a adopté une loi
énonçant une politique linguistique ayant pour but de
consolider le rôle de la langue malgache, langue maternelle de la
quasi-totalité de la population et qui est la langue nationale de la république
de Madagascar. C'est surtout l'article 15 de la
Loi n° 2005-006 portant politique culturelle nationale pour un
développement socio-économique (2005) qui précise cette politique axée à
la fois sur la langue malgache et les langues étrangères:
Article 15
L'élaboration d'une politique linguistique a pour but de
consolider le rôle de la langue malgache, langue maternelle de la
quasi-totalité de la population et qui est la langue nationale de la
République de Madagascar, conformément à l'alinéa 4 de l'article 4
de la Constitution.
Parallèlement pour favoriser la diffusion internationale et le
rayonnement à l'extérieur de la culture malgache, la maîtrise des
langues étrangères s'avère nécessaire.
I - De la langue malgache:
-
la
langue malgache, élément primordial
du patrimoine culturel et outil essentiel dans la réalisation
des objectifs de développement est la langue de communication et
de promotion sociale et d'éducation dans tout le territoire de
la république de Madagascar. Des mesures adéquates doivent être
prises pour son utilisation dans les différentes sphères de la
vie nationale, notamment dans les communications
institutionnalisées et officielles;
- les échanges entre les divers parlers malgaches seront
renforcés en vue d'augmenter le potentiel unificateur de la langue
et sa capacité d'exprimer tous les concepts de la vie moderne. Les
actions telles que la collecte des traditions orales et leur
fixation sur supports durables, l'utilisation de la langue dans les
domaines scientifique, pédagogique et artistique seront renforcées.
II - Des langues étrangères:
- l'accès à
l'enseignement des langues étrangères ainsi que leur
diffusion jusque dans les coins les plus reculés doivent être
facilités; - les partenaires
linguistiques doivent être
multipliés; - la
traduction multilingue
doit être
renforcée pour permettre la circulation des connaissances, des
idées et des produits culturels, .
|
Il est néanmoins curieux que la loi utilise l'expression «langues
étrangères», sans faire référence au français qui est à la fois une langue
étrangère et une langue officielle.
Le
décret n° 2010-381 fixant les attributions du ministre de la
Culture et du Patrimoine ainsi que l'organisation générale de son ministère
(2010) fait également allusion à une «Politique nationale culturelle en matière de langues et
des écrits». La Direction de la langue et des écrits est chargée de la mise en
œuvre de cette politique nationale et dispose de deux services, dont
un appelé «service d'appui linguistique»:
Article 3
L'organisation générale du ministère de la Culture et du
Patrimoine est fixée comme suit :
[...]
3.2.4. LA DIRECTION DE LA LANGUE ET DES ÉCRITS La
Direction de la langue et des écrits est chargée de la mise en
œuvre de la Politique nationale culturelle en matière de langues et
des écrits. Elle assure, avec les structures nationales, l'élaboration et la
mise en œuvre d'une politique nationale linguistique et encourage le
développement des écrits. Elle dispose de deux services :
Service d'appui linguistique Service d'appui au développement des écrits
|
Cette même disposition est reprise dans le décret n°
2012-473. Selon la loi, les missions du ministère de la Culture et du
Patrimoine s’inscrivent dans la reconnaissance du pluralisme culturel, la
protection du patrimoine culturel matériel et immatériel, la consolidation
de la cohésion et de la solidarité nationales, la valorisation et le
développement de la diversité culturelle au niveau national et
international, ainsi que la mise en place d’une société harmonieuse avec des
Malgaches fiers tant de leur unité que de leur diversité. On peut dire qu'il
s'agit souvent de vœux pieux difficiles à mettre en pratique.
Enfin, il existe à Madagascar une Académie malgache placée
sous la haute protection du chef de l'État. Le
décret n° 93-302 portant réorganisation de l'Académie malgache et
abrogeant le décret n° 69-024 du 16 janvier 1969 (1993) énonce que cette
académie a pour but l'étude de toutes les questions linguistiques,
littéraires, artistiques, historiques et scientifiques concernant
Madagascar:
Article 1er
L'Académie malgache, placée sous la haute protection du
chef de
l'État, a pour but l'étude de toutes les questions linguistiques,
littéraires, artistiques, historiques et scientifiques concernant
Madagascar.
Elle a vocation à exercer les attributions d'une "Académie nationale
des arts, des lettres et des sciences
Article 11
L'Académie malgache se compose de 80 membres titulaires
et de 80 membres associés, résidant à Madagascar. Elle est divisée
en quatre sections :
Sciences de l'art et du langage Sciences morales et politiques Sciences fondamentales Sciences appliquées.
|
L'Académie malgache fut créée en 1902 par le général Joseph
Gallieni, alors gouverneur général de Madagascar, par arrêté du 23 janvier
1902. Ses publications sont le Bulletin de l’Académie malgache et les
Mémoires de l’Académie malgache. Quoi qu'il en soit, ce ne sont pas
là des documents très explicites sur la politique linguistique de l'État.
4.2 Les langues du Parlement
Le français bénéficie juridiquement du statut de langue
officielle avec le malgache; il est utilisé dans les faits avec le malgache dans les débats du
Parlement ainsi que dans les réunions du Conseil des ministres; les lois
continuent d'être rédigées et promulguées dans les deux langues; qui plus
est, en cas de conflit d'interprétation, c'est la version française qui
prévaut. Voici l'article 4 de l'Arrêté
no 08 AN/P portant règlement intérieur de l'Assemblée nationale (1993)
:
Article 4
La langue malgache
est la langue de l'Assemblée nationale.
Toutefois, la langue française peut être employée.
Les projets,
propositions de loi, propositions de résolution, rapports de Commission,
amendements, questions orales, questions écrites, interpellations, les
pétitions, l'audition en commission et tout acte relevant de la compétence
de l'Assemblée nationale peuvent être rédigées en malgache ou en français.
Si le texte original déposé n'est pas accompagné de sa traduction dans la
langue qui n'est pas celle de l'original, les services de l'Assemblée
nationale assureront cette traduction.
En cas de contestation sur le sens
d'un texte, l'original en malgache ou en français fait foi.
L'original du
procès-verbal comprendra les textes et interventions en malgache et la
traduction des textes et interventions en français et vice versa. |
Dans les faits, la plupart des débats se déroulent en
malgache, mais le français est également utilisé.
4.3 Les langues du domaine judiciaire
Dans les tribunaux, le malgache et le français sont les deux langues
autorisées, puisque ce sont les deux langues officielles. Mais le malgache demeure la langue la plus courante entre les les témoins et les accusés.
Néanmoins, certains juges ont encore
tendance à rédiger leurs sentences en français. Les hautes cours de justice
privilégient nettement l'usage du français. Il n'existe que quelques textes
juridiques réglementant l'emploi des langues en matière de justice.
Ainsi, le
Code de procédure civile (1962) énonce bien qu'il faut une traduction en
français ou en malgache si c'est nécessaire:
Article 113 S'il est besoin
d'effectuer une traduction de langue française en langue malgache ou
vice versa, le juge désigne, pour ce faire, un greffier ou un agent en
service auprès de la juridiction :
- L'interprète doit être âgé de 21
ans au moins ;
- Il prête serment de traduire fidèlement les écrits ou les discours
à transmettre entre ceux qui ne parlent pas les mêmes langues.
Les prohibitions et pénalités de
l'article 108 lui sont applicables.
Article 459
1)
Les parties sont libres de
convenir de la langue ou des langues à utiliser dans la procédure
arbitrale. Faute d'un tel accord, le tribunal arbitral décide de la
langue ou des langues à utiliser dans la procédure. Cet accord ou cette
décision, à moins qu'il
n'en soit convenu ou décidé autrement, s'applique à toute déclaration
écrite d.une partie, à toute procédure orale et à toute sentence,
décision ou autre communication du tribunal arbitral. |
Selon l'article 71 du
Code de
procédure pénale (1962), il faut s'assurer que le
«défenseur
entend et parle la langue malgache ou la langue
française» et que, à l'article 91, l'accusé ou le détenu reçoive une traduction
soit en langue malgache, soit en langue française:
Article 71
À titre exceptionnel, le président de
la juridiction peut autoriser l'accusé ou le prévenu à prendre pour
conseil un de ses parents ou amis ou un avocat d'une nation
étrangère.
Il doit au préalable s'assurer que
ce défenseur entend et parle
la langue malgache ou la langue française,
et il l'avertit qu'il ne doit rien dire contre sa conscience ou
contre le respect dû aux lois et qu'il doit s'exprimer avec décence
et modération.
Article 91
L'huissier ou le greffier
significateur doit remettre au destinataire détenu une traduction de
la décision ou de l'acte signifié
soit en langue malgache, soit en langue française
s'il en est requis par l'intéressé. |
L'arrêté n° 2963 du 26 décembre 1962 fixant les jours et heures
d'audience des cours et des tribunaux (1962)
prévoit que qu'une affiche en français et en malgache soit apposée à la porte de
chaque salle d'audience :
Article 1er
[...]
À la porte de chaque salle d'audience sera affiché
en langue française et en langue malgache,
un tableau indiquant dans quel bâtiment et quelle salle se tiennent
les différentes audiences. |
Dans les prisons, l'article 97 du
décret n° 2006-015 du 17 janvier 2006 portant organisation
générale de l'administration pénitentiaire (2006) précise que les
lettres écrites par les détenus dans une langue étrangère, donc autres qu'en
français ou en malgache, peuvent être traduites aux fins de contrôle:
Article 97
Les lettres écrites en langue étrangère
peuvent être traduites aux fins de contrôle. |
D'après le
décret n° 2005-851 portant création de l'Institut de formation
professionnelle des avocats de Madagascar (2005), la connaissance du
malgache et d'une «langue vivante étrangère» est obligatoire dans la formation
initiale d'avocat:
Article 30
Les programmes de formation initiale des
élèves-avocats, de formation complémentaire des avocats stagiaires
et de formation continue des avocats inscrits au tableau sont
proposés par le Conseil de l'Ordre et adoptés par le Conseil pédagogique.
Ils comprennent notamment :
- Une formation commune de base, en vue
de 1a pratique du conseil et du contentieux, portant notamment
sur le statut et la déontologie professionnels, la gestion
comptable et administrative du cabinet, les techniques de
recherche documentaire, les techniques de
communication et d'expression orale et écrite; les techniques
contractuelles et procédurales, la langue malgache et une langue
vivante étrangère ;
|
Enfin, tout acte notarié, selon l'article 71 de la
Loi n° 2007-026 portant statut du notariat à Madagascar
(2007), doit être rédigé
soit en
langue malagasy, soit en langue française, soit en langue anglaise:
Article 71
L'acte notarié doit être rédigé
soit en
langue malagasy, soit en langue française, soit en langue anglaise.
Toutes les fois qu'une personne ne comprenant pas la langue dans
laquelle l'acte est dressé y sera partie ou témoin, le notaire lui
traduira oralement cet acte qui portera la mention de cette
traduction. |
Lorsque les parties ou l'une d'elles ne
comprennent ni la langue malagasy (malgache), ni la langue française
ou anglaise, elles doivent être assistées d'un interprète
assermenté qui devra signer avec elles; l'acte doit alors porter la mention de
la traduction faite oralement par l'interprète.
4.4 Les langues de l'administration publique
L'administration publique s'est malgachisée au plan des communications
verbales avec les citoyens, mais la langue de travail reste le français et les
communications écrites se font généralement dans cette langue. Tous les documents
administratifs sont rédigés en français et seul le ministère des Finances
envoie des formulaires bilingues aux citoyens. C'est la concession que les
autorités ont dû faire pour calmer les populations côtières. En principe, le
malgache est la première langue officielle qui est utilisée dans toutes les
administrations locales, notamment dans les municipalités et les collectivités
décentralisées. À l'oral, le français demeure peu employé, mais à l'écrit il
peut concurrencer le malgache au point de le surpasser, surtout dans les textes
officiels.
Il n'existe que fort peu de textes juridiques concernant l'emploi des langues
dans l'administration publique. L'ordonnance n° 60-146 du 3 octobre 1960 relative au
régime foncier de l'immatriculation fait figure d'exception en ce qui a
trait à l'immatriculation d'une propriété foncière:
Article
85 Tout requérant de l'immatriculation doit
déposer au conservateur de la propriété foncière qui lui en donne
récépissé :
1.
Une déclaration en langue
française ou malgache, signée de lui ou d'un mandataire spécial
et contenant :
1° Ses nom, prénoms, qualité et domicile, filiation et date de
naissance, situation matrimoniale et s'il est marié, les nom et
prénoms de l'époux et l'indication du régime matrimoniale;
[...]
Si le requérant ne peut ou ne sait signer,
le conservateur certifie le fait au bas de la déclaration, qu'il
signe en ses lieu et place et fait apposer par le requérant ses
empreintes digitales.
1. Un plan croquis de l'immeuble
à immatriculer, daté et signé. Ce plan doit être établi dans les
conditions applicables aux demandes d'acquisition de terrains
domaniaux.
2. Tous contrats et actes publics ou privés constitutifs
des différents droits énumérés dans ladite pièce. Ceux de ces
actes qui seraient rédigés
en
langue étrangère devront être
traduits par un interprète assermenté.
|
Dans un domaine quelque peu différent de
celui de l'administration publique, soit le monde de la santé, l'article 76
du
décret n° 98-945 portant Code de déontologie médicale (1998) oblige les
médecins à rédiger leurs ordonnances en malgache (malagasy) ou en français:
Article 76
L'exercice de la médecine comporte
normalement l'établissement par le médecin, conformément aux
constatations médicales qu'il est en mesure de faire, des
certificats, attestations et documents dont la production est
prescrite par les textes législatifs et réglementaires.
Tout certificat, ordonnance, attestation ou document délivré par un
médecin doit comporter sa signature manuscrite.
Il doit être daté et rédigé lisiblement
en langue malagasy ou
française.
Il doit permettre l'identification du praticien dont il émane et
être signé par lui. Le médecin peut en faire une traduction dans la
langue du parient ou dans une autre qui est comprise par celui-ci. |
Dans le
décret n° 2004-780 du 3 août 2004 portan
t Code de déontologie des
infirmiers (2004), l'article 75 oblige les
infirmiers et les infirmières à prévoir une traduction de leurs certificats
ou attestation
dans la langue du patient ou dans une autre qui est comprise
par celui-ci.
Article 75
Conformément aux soins infirmiers prescrits qu'il est en mesure de
faire, l'exercice de la profession d'infirmier (e) comporte
normalement l'établissement par infirmier (e) des certificats,
attestations et documents dont la production est prescrite par les
textes législatifs et réglementaires.
L'infirmier (e) doit faire une
traduction dans la langue du patient ou
dans une autre qui est comprise
par celui-ci. |
C'est le seul texte qui prévoit qu'un document écrit soit
disponible dans la langue du citoyen et au besoin traduit dans cette langue.
Il est vrai qu'il ne s'agit pas de gros documents.
4.5 Les langues de l'éducation
Les lois scolaires réglementent l'emploi des langues en matière
d'enseignement. Conformément à la
Loi n° 2004-004 portant orientation générale du
système d'éducation, d'enseignement et de formation à Madagascar,
l’État fait de l’éducation «une priorité nationale absolue» (art. 1er)
et définit l’enseignement et la formation malgaches comme des processus censés
«préparer l’individu à une vie active intégrée dans le développement social,
économique et culturel du pays» (art. 4):
Article 4 L'éducation, l'enseignement et la formation malagasy doivent
préparer l'individu à une vie active intégrée dans le développement
social, économique et culturel du pays.
Pour la réalisation de cet objectif, ils doivent notamment:
- promouvoir et libérer l'initiative individuelle et des
communautés de base; - favoriser ta créativité; - cultiver le goût de l'effort ; - développer l'esprit d'entreprise et de compétition, te souci de
l'efficacité, le sens de la communication, la recherche de
l'excellence dans le résultat et ; - parvenir à produire des citoyens suffisamment instruits et aptes
à assurer l'exploitation rationnelle des richesses naturelles
potentielles, afin de hisser notre pays au rang des nations les plus
développées, tout en conservant sa sagesse légendaire.
|
Les articles 15 et 43 de la
loi n° 2004-004 précisent ce
qui suit au sujet de la langue d'enseignement et des langues secondes:
Article 15
- L’école et les établissements
d’enseignement et de formation, veillent, dans le cadre de leur fonction
d’instruction, à garantir à tous les apprenants, un enseignement et une
éducation de qualité qui leur permettent d'acquérir une culture générale
et des savoirs théoriques et pratiques, de développer leurs dons et leurs
aptitudes à apprendre par eux-mêmes et de s’insérer ainsi dans la société
du savoir et du
savoir-faire.
L’école et les établissements
d’enseignement et de formation sont appelés essentiellement à donner aux
apprenants les moyens :
- de maîtriser la langue malagasy, de
par son statut de langue maternelle et nationale ;
- de maîtriser deux langues étrangères au moins.
[...]
Article 43
- L’éducation fondamentale du deuxième
cycle (EF2), dispensée dans les collèges, a pour objectifs de :
- renforcer chez l’élève les
compétences utiles dans la vie courante : lire- communiquer oralement et
par écrit en langue nationale et à maîtriser deux langues étrangères.
- faire acquérir les connaissances et les aptitudes requises dans les
domaines des mathématiques, des sciences, de la technologie, des
sciences humaines, des arts et des sports et ce, afin qu’il puisse
poursuivre ses études dans le cursus suivant ou qu’il intègre les
filières de la formation professionnelle ou s’insérer dans la société.
La fin de cycle est sanctionnée par un Brevet
|
L'arrêté n° 15823/2001-MINESEB portant organisation du Brevet
d'études du premier cycle de l'enseignement secondaire (BEPC) et du concours
d'entrée en classe de seconde des établissements publics d'enseignement
général (2002) précise que les examens sont libellés en malagasy et en
français:
Article 25
Les épreuves mentionnées à l'article 10,
chapitre I du présent arrêté, seront libellées
en malagasy et en français
à l'exception des épreuves de langue. |
- Les écoles primaires et secondaires
L'enseignement primaire et le premier cycle du secondaire sont aujourd'hui entièrement malgachisés. Le français est introduit comme langue seconde dès la deuxième
année du primaire et, par la suite, jusqu'au second cycle du secondaire où il
devient une langue d'enseignement, alors que le malgache demeure une matière
d'enseignement.
Le français est parfois toléré comme langue d'enseignement au
premier cycle lorsque les professeurs étrangers ne connaissent pas suffisamment
le malgache. De plus, une seconde langue étrangère, ordinairement l'anglais,
est obligatoire à partir de la sixième année du primaire. À la fin des
études secondaires, un enfant malgache doit normalement être bilingue
(malgache-français) pour accéder aux études supérieures.
- L'enseignement supérieur
Le pays compte au moins six universités publiques:
Antananarivo, Antsiranana, Fianarantsoa, Mahajanga, Toamasina et Toliara. Il
faut ajouter aussi des instituts supérieurs de technologie:
Antananarivo, Antsiranana et Ambositra. En 2011, la population étudiante
dépassait les 52 000 élèves dans les universités et 1300 dans les instituts.
Les études universitaires ou supérieures se font presque exclusivement en
français. Pourtant, là aussi, la malgachisation paraît irréversible à long
terme et les commissions terminologiques préparent la relève.
- Les problèmes de l'éducation à Madagascar
Le système d'éducation malgache semble souffrir de nombreux problèmes. Bien
que l'État puisse prôner une politique de gratuité à l'école primaire, il n'est
est pas ainsi dans la pratique, car il existe des frais additionnels importants
que doivent absorber les familles. De plus, les jeunes sont victimes de
différences importantes entre l'éducation des filles et celle des garçons.
Ainsi, 68,9 % des personnes de plus de 15 ans savent lire et écrire: c'est 75,5
% chez les hommes et 62,5 % chez les femmes. La non-scolarisation ou la
déscolarisation des filles constituent donc un frein à la scolarisation ouverte
à tous.
À l’échelle nationale, il existe des disparités de niveau scolaire qui
favorisent nettement les populations des milieux urbains, notamment celles de la
capitale. Par le fait même, les populations rurales sont défavorisées en raison
de la fréquentation des établissements scolaires publics et de leur éloignement
des centres urbains où le niveau scolaire est beaucoup plus élevé. De fait, il
existe de grands écarts de niveau scolaire entre les établissements
d’enseignement public (écoles primaires publiques, collèges et lycées
d’enseignement général et technique publiques) et ceux de l’enseignement privé
reconnus comme supérieurs et concentrés dans les grandes villes.
Dans les zones rurales, le problème concernant les manques d’infrastructures
scolaires semble permanent, que ce soit la pénurie de salles de classes, de
tables, de bancs, de toilettes, de tableaux noirs, de livres, de matériels
d’enseignement les plus élémentaires, etc. Le manque de ressources financières
allouées à l’éducation oblige les écoles rurales à se contenter du peu qu'elles
ont, c'est à-dire du moins que le minimum nécessaire, ce qui est loin de
garantir une éducation de qualité.
Il faut noter aussi les problèmes relatifs au corps enseignant des
établissements publics. Le manque de formation pédagogique semble être devenu
une caractéristique des enseignants, surtout au primaire, l'enseignement de
base. Les programmes de recyclage des enseignants sont quasi inexistants, sans
compter la dévalorisation du métier d’enseignant et le manque de matériels
pédagogiques.
Si le français continue de jouer, après le malgache, un rôle officiel
important dans l'éducation à Madagascar, il n'est pas encore pratiqué par
l'ensemble de la population. Rappelons que seulement 25 % de la population
malgache «se débrouille en français» et qu'environ 30 000 personnes le parlent
presque couramment. Entre 2008 et 2012, selon l'UNICEF, le taux
d'alphabétisation des jeunes de 15 à 24 ans étaient de 65,9 % pour les hommes et
de 64,0 % pour les femmes. Dans la Grande-Île, le bilinguisme scolaire est
un état de fait qui va durer encore longtemps.
4.6 Les langues de l'information et des médias
Dans le domaine de l'information, le résultat de la malgachisation est plus
modeste: la presse écrite nationale ne paraît qu'en malgache, mais la presse
privée peut être rédigée en français: Midi Madagasikara, Madagascar
Tribune, L'Express, Maresaka, Basy-Vava, Imongo Vaovao. Les hebdomadaires (Dans
les médias demain, Revue de l'océan Indien, Mada Eco, Lakroa,
Feon'ny Merina, Marturia Vavolombelona, Telonohorefy, Jureco,
Demokraty, Zoko) et les périodiques paraissent soit en français
soit en malgache.
En fait, parmi la douzaine de quotidiens épinglés au mur et que dévorent
des yeux les passants sur la rue Rabehevitra, au centre d’Antananarivo,
deux seulement sont publiés en français.
|
La radio nationale ne diffuse en français que quelques heures par jour, le
reste se fait en malgache, mais de nombreuses stations radiophoniques locales
diffusent leurs émissions en malgache, en français et même en anglais. En
revanche, la télévision et le cinéma recourent massivement au français parce que
Madagascar n'a pas les moyens de réaliser ses propres émissions et ses films en
langue malgache; on achète, dans une proportion de 95 %, des productions
produits en France, en Belgique, en Suisse ou au Canada (Québec). Seules les
élites du pays peuvent prétendre à la culture française, soit en lisant la
presse soit en suivant les quatre ou six heures de retransmission des émissions
télévisées parisiennes.
Dans l'affichage, tout est demeuré en français dans les publicités et la
signalisation routière, avec un affichage minoritaire en malgache. Les visiteurs
étrangers peuvent avoir l'impression que Madagascar est un pays de langue
française.
|
Par ailleurs, le gouvernement s'est doté d'une politique du
livre. Par le
décret n° 2012-1008 portant politique malgache du livre (2012), il
s'impose de promouvoir la publication et la traduction de livres en
malgache:
Article 19
Promotion, information et
sensibilisation
1. La création littéraire et la production d'ouvrages scientifiques
et techniques seront stimulées par l'organisation de foires du
livre, de concours, de prix et distinctions et par l'attribution de
bourses d'études aux auteurs, aux traducteurs et aux illustrateurs.
2. L'État veillera à créer les conditions de collecte et de
valorisation de la tradition orale (contes, épopées, chroniques
historiques, comptines, proverbes, chants, poèmes, littérature
liturgique) pour que le patrimoine intangible malgache puisse
alimenter la production nationale d'ouvrages.
3. Pour favoriser le marché des traducteurs et des auteurs et
stimuler le dialogue interculturel, l'État encouragera par des
mesures appropriées une politique nationale en matière de traduction
qui visera à rendre accessible en malgache les textes littéraires et
scientifiques étrangers et à rendre disponible au-delà des
frontières nationales, dans d'autres langues, les œuvres
en langue
malgache.
|
4.7 Le monde du travail
|
Le monde du travail s'est toujours fait en français à Madagascar, du moins
dans les villes et autour de la capitale. Depuis l'indépendance (1960),
la France a toujours été le premier investisseur dan la Grande Île.
Cependant, la France a été détrônée en 2007 par le Canada. Cette
année-là, les investissements directs étrangers venant du secteur privé
canadien se sont accrus de 800 %, alors que ceux des Français ont baissé
de 10 %. On peut expliquer ces investissements en provenance de
l'Amérique du Nord par le partage en commun de la langue française.
Néanmoins, le nombre total de filiales françaises à Madagascar est
nettement supérieur au nombre des filiales canadiennes ou québécoises.
Quoi qu'il en soit, le monde du travail se
fait en français à Madagascar, rarement en anglais.
Dans les denrées alimentaires et les produits
manufacturés préemballés, l'étiquetage doit comporter au moins l'une des
trois langues suivantes: le malgache, le français ou l'anglais. En
général, la législation en vigueur impose toujours le malgache et le
français, parfois le malgache ou le français. En ce qui a trait à la
publicité commerciale, les inscriptions sont massivement en français,
mais elles pourraient être en malgache ou en anglais. La publicité
écrite est rarement en malgache, parce qu'elle paraîtrait moins
prestigieuse. Quant à la publicité en anglais, elle risquerait de n'être
guère comprise par la majorité des Malgaches. |
Selon l'arrêté n° 1075/2012 fixant les indications obligatoires pour
l'étiquetage des produits et denrées alimentaires préemballées (2012),
il est interdit de mettre en vente, de
vendre ou de distribuer des denrées alimentaires dont l’étiquetage ou la
présentation ne sont pas conformes aux prescriptions définies dans
ledit arrêté:
Article 1er
Il est interdit de détenir en vue de la
vente ou de la distribution à titre gratuit, de mettre en vente, de
vendre ou de distribuer à titre gratuit, dans le territoire
national, des denrées alimentaires dont l’étiquetage ou la
présentation ne sont pas conformes aux prescriptions définies en
annexe du présent arrêté.
|
Les mentions obligatoires doivent être rédigées au moins
dans l'une des trois langues autorisées:
Article 2
Toutes les étiquettes des produits et
denrées alimentaires préemballés doivent comporter au moins en une
des trois langues suivantes: malagasy; française; anglaise; les
mentions d’étiquetage obligatoires citées dans la même annexe du
présent arrêté. |
Dans l'étiquetage des produits su tabac, l'arrêté interministériel n° 28540/2011 fixant les modalités
d'application du décret n° 2010-1008 du 14 décembre 2010 portant
conditionnement et étiquetage des produits du tabac en vente à Madagascar
(2011) prescrit des inscriptions en langue malagasy (malgache) pour les
cigarettes, le tabac à chiquer et le tabac à priser:
Article 3
En application des dispositions du décret
n° 2010-1008 du14 décembre 2010 portant conditionnement et
étiquetage des produits du tabac en vente à Madagascar, toutes les
Unités de conditionnement des produits du tabac de fabrication
locale et étrangère, destinés à la consommation sur le territoire de
la République de Madagascar doivent obligatoirement porter les
mentions et avertissements suivants :
1°- Pour les cigarettes :
a) En haut de la face postérieure de
chaque paquet doivent figurer les messages d'inscription
d'avertissement sanitaires sur les méfaits du tabagisme
en
langue malagasy et la surface conférée à l'inscription du
message d'avertissement sanitaire doit occuper les soixante cinq
pour cent (65 %) de la face postérieure de chaque paquet;
b) Sur la face antérieure de chaque paquet doit figurer une
photo ou image en couleur en correspondance du message
d'inscription sanitaire prévu par l'article 4 ci-dessous et
occuper les soixante cinq pour cent (65%) de sa superficie;
c) Sur la face latérale de chaque paquet doit figurer
l'inscription: "Amidy eto Madagasikara";
[...]
2°- Pour le tabac à chiquer:
a) En haut de la face postérieure de
chaque unité de conditionnement doivent figurer les messages
d'inscription d'avertissement sanitaires sur les méfaits du
tabagisme en langue malagasy et doit occuper les soixante
cinq pourcent (65%) de sa superficie;
b) Sur la face antérieure de chaque unité de conditionnement
doit figurer la mention : "Amidy eto Madagasikara".
3°- Pour le tabac à priser :
a) En haut de la face postérieure de
chaque paquet doivent figurer les messages d'inscription
d'avertissement sanitaires sur les méfaits du tabagisme
en
langue malagasy et la surface conférée à l'inscription du
message d'avertissement sanitaire doit occuper les soixante cinq
pourcent (65 %) de face postérieure de chaque paquet;
b) Sur la face antérieure de chaque paquet doit figurer une
photo ou image en couleur en correspondance du message
d'inscription d'avertissement sanitaire prévu par l'article 4-a)
ci-dessous et doit occuper les soixante cinq pourcent (65%) de
sa superficie;
c) Sur la face latérale de chaque paquet doit figurer
l'inscription en malagasy "Amidy eto Madagasikara " ;
[...]
|
L'article 3 du même arrêté interdit d'employer des termes
trompeurs tels «légère», «ultralégère»,
«douce», «à faible teneur en goudrons», «aromatisés», etc., que
ce soit en malgache ou en d'autres langues:
Article 9
Sont interdits :
d) l'utilisation d'autres messages
d'inscription d'avertissement sanitaires et ou photos ou images
autres que les messages d'inscription d'avertissement
sanitaires, photos ou images approuvé par le ministère chargé de
la Santé;
e) l'utilisation des termes trompeurs sur toutes les unités de
conditionnement des produits du tabac mais de manière non
exclusive tels que: « légère », « ultralégère »,
« douce », « à faible teneur en goudrons », « aromatisés »…
en
malagasy ou en d'autres langues;
|
Dans le
décret n° 99-716 du 8 septembre 1999 sur le registre du commerce
et des société (1999), toute société commerciale est tenue de
rédiger ses documents comptables en malgache ou en français ou traduits dans
l'une de ces deux langues:
Article 62
Toute société commerciale dont le siège est situé à l'étranger et
qui ouvre à Madagascar un premier établissement est tenue de
déposer, au plus tard en même temps que la demande
d'immatriculation, au greffe du tribunal de commerce dans le ressort
duquel est situé cet établissement, deux copies de ses statuts en
vigueur au jour du dépôt ; elle dépose en outre, chaque année, deux
exemplaires des documents comptables qu'elle a établis, fait
contrôler et publier dans l'État où elle a son siège.
Le dépôt des documents comptables est effectué dans le délai prévu
par la législation dont relève le siège de la société.
Tous actes ultérieurs modifiant les statuts doivent être déposés
dans les conditions prévues à l'alinéa précédent.
Les pièces déposées sont traduites, le cas échéant,
en langue
malgache ou française et les copies sont certifiées conformes par
les déposants.
Article 64
Avant toute émission en territoire malgache par appel public à
l'épargne, d'actions, obligations ou autres titres négociables par
une société étrangère n'ayant en territoire malgache ni succursale
ni agence ou avant toute inscription à la cote officielle des
bourses de valeurs de titres émis par une telle société, la société
émettrice est tenue de déposer au greffe du tribunal de première
instance d'Antananarivo deux copies de ses statuts en vigueur au
moment du dépôt.
Ces copies doivent être déposées par le représentant de la société
ou l'introducteur des titres à Madagascar. Les statuts doivent être
traduits en langue malgache ou française, s'il y a lieu.
Ces copies sont certifiées conformes par le déposant.
|
Enfin, il existe un domaine typiquement
malgache et protégé par la politique culturelle du gouvernement: le kabary.
Il s'agit d'une forme oratoire, prononcée à haute voix, illustrée de
contres, de proverbes et de maximes afin de charmer un auditoire. Dans sa
forme littéraire, le kabary permet de garder et de sauvegarder la
langue et les termes spécifiquement malgaches, surtout ceux inusités au
quotidien, tels que les proverbes et les maximes. La personne qui récite un
kabary est un Mpikabary. Or, l'arrêté n° 14631
portant charte du "kabary" et des "mpikabary" (2013)
impose des obligations aux Mpikabary, dont celle de défendre la la
langue malagasy.
Article 3
Devoirs et obligations des Mpikabary
•Utiliser le "kabary" comme outil
permettant tout citoyen à devenir acteur efficace du
développement;
•Inculquer en chaque Malgache l’assurance que le "kabary"
favorise des comportements de réussite pour l’avenir;
•Inculquer à tous les citoyens malgaches la confiance en soi,
l’esprit de compétition, le sens de l’effort individuel et
collectif et la créativité pour en faire des acteurs efficaces
du développement;
•Enraciner l’acquisition de réflexes culturels développés;
•Valoriser le "kabary" afin de développer le renouveau culturel
nécessaire pour des sociétés se basant sur l’entente mutuelle,
respectueuses des droits humains et soucieux de l’environnement
dans un processus de communication efficace;
•Défendre la langue
malagasy.
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En somme, les quelques textes juridiques présentés ici
confirment le caractère co-officiel des langues malgache et française.
Cependant, la loi ne prévoit pas la prédominance d'une langue sur une autre.
La république de Madagascar est aux prises avec un nombre de langues plus
important que les deux langues officielles et qu'on a tendance à oublier: les
langues autochtones autres que le mérina. En ce qui concerne les langues
malayo-polynésiennes, le pays se dirige vers un unilinguisme malgache
en assimilant les groupes ethniques qui ne parlent pas le merina.
Le français pourrait servir de «tampon» provisoire pour ne pas nuire au bon fonctionnement de l'État et
pour apaiser les nationalistes malgaches (les «côtiers»), qui refusent de se
faire imposer le merina. Le maintien du français contribue aussi à la
formation de l'élite du pays, ce qui semble paradoxal pour les Merina, dont
l'endoctrinement patriotique a conduit à la malgachisation et à l'élimination
partielle du français. On constate, par exemple, que les dirigeants merina
envoient leurs enfants dans les écoles privées françaises, eux qui ont tout fait pour
éliminer la langue coloniale. On devine que cette situation entraîne des
protestations chez les populations côtières qui considèrent que leurs enfants
seront défavorisés s'ils ne savent pas le français. À plus ou moins long
terme, le français ne devrait toutefois plus servir qu'à assurer les échanges
commerciaux et scientifiques au plan international.
Bien que le français soit bien placée pour remplir ce rôle, le sentiment
anti-français est demeuré tenace et l'attraction de l'anglais reste relativement
forte dans ce pays. Néanmoins, le problème de l'aménagement linguistique ne
semble plus intéresser beaucoup les autorités malgaches. Bien entendu, des
déclarations fracassantes se font entendre parfois, mais elles n'aboutissent à
rien de concret. Il semble même que le français soit en train d'effectuer un
retour en force tout en ne soulevant plus aucune opposition, bien au contraire.
Dernière mise à jour:
18 déc. 2023
Bibliographie
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Éditions de L’Harmattan, 2006, 320 p.
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International
Journal of the Sociology of Language, no 32, 1981, Mouton Publishers,
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TURCOTTE, Denis. La politique linguistique en Afrique francophone:
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TURCOTTE, Denis. «La francophonie océanienne: situation actuelle et évolution
future», dans Québec français, no 45, Québec, mars 1982, p.
23-25.
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