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mis en distribution
le 26 janvier 2006
No 2802
ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
DOUZIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 17 janvier 2006.
P R O J E T D E L O I
ADOPTÉ PAR LE SÉNAT
autorisant l'approbation de la Charte européenne de l'autonomie locale, adoptée à Strasbourg le 15 octobre 1985,
TRANSMIS PAR
M. LE PREMIER MINISTRE
À
M. LE PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
(Renvoyé à la commission des affaires étrangères, à défaut de constitution
d'une commission spéciale dans les délais prévus par les articles 30 et 31
du Règlement.)
Le
Sénat a adopté, en première lecture, le projet de loi dont la teneur
suit :
Voir les numéros :
Sénat : 92 (2004-2005), 15 et TA
46 (2005-2006).
Article unique
Est
autorisée l'approbation de la Charte européenne de l'autonomie locale,
adoptée à Strasbourg le 15 octobre 1985, et dont le texte est annexé à la
présente loi.
Délibéré en séance publique, à Paris, le 17 janvier 2006.
Le président,
Signé : Christian Poncelet
*********
C H A R T E E U R O P É E N N E
de l'autonomie locale
PRÉAMBULE
Les Etats
membres du Conseil de l'Europe, signataires de la présente Charte,
Considérant que le but du Conseil de l'Europe est de réaliser une
union plus étroite entre ses membres afin de sauvegarder et de promouvoir
les idéaux et les principes qui sont leur patrimoine commun ;
Considérant qu'un des moyens par lesquels ce but sera réalisé est la
conclusion d'accords dans le domaine administratif ;
Considérant que les collectivités locales sont l'un des principaux
fondements de tout régime démocratique ;
Considérant que le droit des citoyens de participer à la gestion des
affaires publiques fait partie des principes démocratiques communs à tous
les Etats membres du Conseil de l'Europe ;
Convaincus que c'est au niveau local que ce droit peut être exercé le
plus directement ;
Convaincus que l'existence de collectivités locales investies de
responsabilités effectives permet une administration à la fois efficace et
proche du citoyen ;
Conscients du fait que la défense et le renforcement de l'autonomie
locale dans les différents pays d'Europe représentent une contribution
importante à la construction d'une Europe fondée sur les principes de la
démocratie et de la décentralisation du pouvoir ;
Affirmant que cela suppose l'existence, de collectivités locales
dotées d'organes de décision démocratiquement constitués et bénéficiant
d'une large autonomie quant aux compétences, aux modalités d'exercice de
ces dernières et aux moyens nécessaires à l'accomplissement de leur
mission,
sont convenus de ce qui suit :
Article 1er
Les
Parties s'engagent à se considérer comme liées par les articles suivants
de la manière et dans la mesure prescrites par l'article 12 de cette
Charte.
PARTIE I
Article 2
Fondement constitutionnel et légal de l'autonomie locale
Le
principe de l'autonomie locale doit être reconnu dans la législation
interne et, autant que possible, dans la Constitution.
Article 3
Concept de l'autonomie locale
1. Par
autonomie locale, on entend le droit et la capacité effective pour les
collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous
leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part
importante des affaires publiques.
2. Ce droit est exercé par des conseils ou assemblées composés de
membres élus au suffrage libre, secret, égalitaire, direct et universel et
pouvant disposer d'organes exécutifs responsables devant eux. Cette
disposition ne porte pas préjudice au recours aux assemblées de citoyens,
au référendum ou à toute autre forme de participation directe des citoyens
là où elle est permise par la loi.
Article 4
Portée de l'autonomie locale
1. Les
compétences de base des collectivités locales sont fixées par la
Constitution ou par la loi. Toutefois, cette disposition n'empêche pas
l'attribution aux collectivités locales de compétences à des fins
spécifiques, conformément à la loi.
2. Les collectivités locales ont, dans le cadre de la loi, toute
latitude pour exercer leur initiative pour toute question qui n'est pas
exclue de leur compétence ou attribuée à une autre autorité.
3. L'exercice des responsabilités publiques doit, de façon générale,
incomber, de préférence, aux autorités les plus proches des citoyens.
L'attribution d'une responsabilité à une autre autorité doit tenir compte
de l'ampleur et de la nature de la tâche et des exigences d'efficacité et
d'économie.
4. Les compétences confiées aux collectivités locales doivent être
normalement pleines et entières. Elles ne peuvent être mises en cause ou
limitées par une autre autorité, centrale ou régionale, que dans le cadre
de la loi.
5. En cas de délégation des pouvoirs par une autorité centrale ou
régionale, les collectivités locales doivent jouir, autant qu'il est
possible, de la liberté d'adapter leur exercice aux conditions locales.
6. Les collectivités locales doivent être consultées, autant qu'il est
possible, en temps utile et de façon appropriée, au cours des processus de
planification et de décision pour toutes les questions qui les concernent
directement.
Article 5
Protection des limites territoriales
des collectivités locales
Pour toute
modification des limites territoriales locales, les collectivités locales
concernées doivent être consultées préalablement, éventuellement par voie
de référendum là où la loi le permet.
Article 6
Adéquation des structures et des moyens administratifs
aux missions des collectivités locales
1. Sans
préjudice de dispositions plus générales créées par la loi, les
collectivités locales doivent pouvoir définir elles-mêmes les structures
administratives internes dont elles entendent se doter, en vue de les
adapter à leurs besoins spécifiques et afin de permettre une gestion
efficace.
2. Le statut du personnel des collectivités locales doit permettre un
recrutement de qualité, fondé sur les principes du mérite et de la
compétence ; à cette fin, il doit réunir des conditions adéquates de
formation, de rémunération et de perspectives de carrière.
Article 7
Conditions de l'exercice des responsabilités
au niveau local
1. Le
statut des élus locaux doit assurer le libre exercice de leur mandat.
2. Il doit permettre la compensation financière adéquate des frais
entraînés par l'exercice du mandat ainsi que, le cas échéant, la
compensation financière des gains perdus ou une rémunération du travail
accompli et une couverture sociale correspondante.
3. Les fonctions et activités incompatibles avec le mandat d'élu local
ne peuvent être fixées que par la loi ou par des principes juridiques
fondamentaux.
Article 8
Contrôle administratif des actes des collectivités locales
1. Tout
contrôle administratif sur les collectivités locales ne peut être exercé
que selon les formes et dans les cas prévus par la Constitution ou par la
loi.
2. Tout contrôle administratif des actes des collectivités locales ne
doit normalement viser qu'à assurer le respect de la légalité et des
principes constitutionnels. Le contrôle administratif peut, toutefois,
comprendre un contrôle de l'opportunité exercé par des autorités de niveau
supérieur en ce qui concerne les tâches dont l'exécution est déléguée aux
collectivités locales.
3. Le contrôle administratif des collectivités locales doit être
exercé dans le respect d'une proportionnalité entre l'ampleur de
l'intervention de l'autorité de contrôle et l'importance des intérêts
qu'elle entend préserver.
Article 9
Les ressources financières des collectivités locales
1. Les
collectivités locales ont droit, dans le cadre de la politique économique
nationale, à des ressources propres suffisantes dont elles peuvent
disposer librement dans l'exercice de leurs compétences.
2. Les ressources financières des collectivités locales doivent être
proportionnées aux compétences prévues par la Constitution ou la loi.
3. Une partie au moins des ressources financières des collectivités
locales doit provenir de redevances et d'impôts locaux dont elles ont le
pouvoir de fixer le taux, dans les limites de la loi.
4. Les systèmes financiers sur lesquels reposent les ressources dont
disposent les collectivités locales doivent être de nature suffisamment
diversifiée et évolutive pour leur permettre de suivre, autant que
possible dans la pratique, l'évolution réelle des coûts de l'exercice de
leurs compétences.
5. La protection des collectivités locales financièrement plus faibles
appelle la mise en place de procédures de péréquation financière ou des
mesures équivalentes destinées à corriger les effets de la répartition
inégale des sources potentielles de financement ainsi que des charges qui
leur incombent. De telles procédures ou mesures ne doivent pas réduire la
liberté d'option des collectivités locales dans leur propre domaine de
responsabilité.
6. Les collectivités locales doivent être consultées, d'une manière
appropriée, sur les modalités de l'attribution à celles-ci des ressources
redistribuées.
7. Dans la mesure du possible, les subventions accordées aux
collectivités locales ne doivent pas être destinées au financement de
projets spécifiques. L'octroi de subventions ne doit pas porter atteinte à
la liberté fondamentale de la politique des collectivités locales dans
leur propre domaine de compétence.
8. Afin de financer leurs dépenses d'investissement, les collectivités
locales doivent avoir accès, conformément à la loi, au marché national des
capitaux.
Article 10
Le droit d'association des collectivités locales
1. Les
collectivités locales ont le droit, dans l'exercice de leurs compétences,
de coopérer et, dans le cadre de la loi, de s'associer avec d'autres
collectivités locales pour la réalisation de tâches d'intérêt commun.
2. Le droit des collectivités locales d'adhérer à une association pour
la protection et la promotion de leurs intérêts communs et celui d'adhérer
à une association internationale de collectivités locales doivent être
reconnus dans chaque Etat.
3. Les collectivités locales peuvent, dans des conditions
éventuellement prévues par la loi, coopérer avec les collectivités
d'autres Etats.
Article 11
Protection légale de l'autonomie locale
Les
collectivités locales doivent disposer d'un droit de recours
juridictionnel afin d'assurer le libre exercice de leurs compétences et le
respect des principes d'autonomie locale qui sont consacrés dans la
Constitution ou la législation interne.
PARTIE II
Dispositions diverses
Article 12
Engagements
1. Toute
Partie s'engage à se considérer comme liée par vingt au moins des
paragraphes de la partie I de la Charte, dont au moins dix sont choisis
parmi les paragraphes suivants :
- article 2 ;
- article 3, paragraphes 1er et 2 ;
- article 4, paragraphes 1er, 2 et 4 ;
- article 5 ;
- article 7, paragraphe 1er ;
- article 8, paragraphe 2 ;
- article 9, paragraphes 1er, 2 et 3 ;
- article 10, paragraphe 1er ;
- article 11.
2. Chaque Etat contractant, au moment du dépôt de son instrument de
ratification, d'acceptation ou d'approbation, notifie au Secrétaire
Général du Conseil de l'Europe les paragraphes choisis, conformément à la
disposition du paragraphe 1er du présent article.
3. Toute Partie peut, à tout moment ultérieur, notifier au Secrétaire
Général qu'elle se considère comme liée par tout autre paragraphe de la
présente Charte, qu'elle n'avait pas encore accepté conformément aux
dispositions du paragraphe 1er du présent article. Ces
engagements ultérieurs seront réputés partie intégrante de la
ratification, de l'acceptation ou de l'approbation de la Partie faisant la
notification et porteront les mêmes effets dès le premier jour du mois qui
suit l'expiration d'une période de trois mois après la date de réception
de la notification par le Secrétaire Général.
Article 13
Collectivités auxquelles s'applique la Charte
Les
principes d'autonomie locale contenus dans la présente Charte s'appliquent
à toutes les catégories de collectivités locales existant sur le
territoire de la Partie. Toutefois, chaque Partie peut, au moment du dépôt
de son instrument de ratification, d'acceptation ou d'approbation,
désigner les catégories de collectivités locales ou régionales auxquelles
elle entend limiter le champ d'application ou qu'elle entend exclure du
champ d'application de la présente Charte. Elle peut également inclure
d'autres catégories de collectivités locales ou régionales dans le champ
d'application de la Charte par voie de notification ultérieure au
Secrétaire Général du Conseil de l'Europe.
Article 14
Communication d'informations
Chaque
Partie transmet au Secrétaire Général du Conseil de l'Europe toute
information appropriée relative aux dispositions législatives et autres
mesures qu'elle a prises dans le but de se conformer aux termes de la
présente Charte.
PARTIE III
Article 15
Signature, ratification, entrée en vigueur
1. La
présente Charte est ouverte à la signature des Etats membres du Conseil de
l'Europe. Elle sera soumise à ratification, acceptation ou approbation.
Les instruments de ratification, d'acceptation ou d'approbation seront
déposés près le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe.
2. La présente Charte entrera en vigueur le premier jour du mois qui
suit l'expiration d'une période de trois mois après la date à laquelle
quatre Etats membres du Conseil de l'Europe auront exprimé leur
consentement à être liés par la Charte, conformément aux dispositions du
paragraphe précédent.
3. Pour tout Etat membre qui exprimera ultérieurement son consentement
à être lié par la Charte, celle-ci entrera en vigueur le premier jour du
mois qui suit l'expiration d'une période de trois mois après la date du
dépôt de l'instrument de ratification, d'acceptation on d'approbation.
Article 16
Clause territoriale
1. Tout
Etat peut, au moment de la signature ou au moment du dépôt de son
instrument de ratification, d'acceptation, d'approbation ou d'adhésion,
désigner le ou les territoires auxquels s'appliquera la présente Charte.
2. Tout Etat peut, à tout autre moment par la suite, par une
déclaration adressée au Secrétaire Général du Conseil de l'Europe, étendre
l'application de la présente Charte à tout autre territoire désigné dans
la déclaration. La Charte entrera en vigueur à l'égard de ce territoire le
premier jour du mois qui suit l'expiration d'une période de trois mois
après la date de réception de la déclaration par le Secrétaire Général.
3. Toute déclaration faite en vertu des deux paragraphes précédents
pourra être retirée, en ce qui concerne tout territoire désigné dans cette
déclaration, par notification adressée au Secrétaire Général. Le retrait
prendra effet le premier jour du mois qui suit l'expiration d'une période
de six mois après la date de réception de la notification par le
Secrétaire Général.
Article 17
Dénonciation
1. Aucune
Partie ne peut dénoncer la présente Charte avant l'expiration d'une
période de cinq ans après la date à laquelle la Charte est entrée en
vigueur en ce qui la concerne. Un préavis de six mois sera notifié au
Secrétaire Général du Conseil de l'Europe. Cette dénonciation n'affecte
pas la validité de la Charte à l'égard des autres Parties sous réserve que
le nombre de celles-ci ne soit jamais inférieur à quatre.
2. Toute Partie peut, conformément aux dispositions énoncées dans le
paragraphe précédent, dénoncer tout paragraphe de la partie I de la Charte
qu'elle a accepté, sous réserve que le nombre et la catégorie des
paragraphes auxquels cette Partie est tenue restent conformes aux
dispositions de l'article 12, paragraphe 1er. Toute Partie qui,
à la suite de la dénonciation d'un paragraphe, ne se conforme plus aux
dispositions de l'article 12, paragraphe 1er, sera considérée
comme ayant dénoncé également la Charte elle-même.
Article 18
Notifications
Le
Secrétaire Général du Conseil de l'Europe notifie aux Etats membres du
Conseil :
a) Toute signature ;
b) Le dépôt de tout instrument de ratification, d'acceptation
ou d'approbation ;
c) Toute date d'entrée en vigueur de la présente Charte,
conformément à son article 15 ;
d) Toute notification reçue en application des dispositions de
l'article 12, paragraphes 2 et 3 ;
e) Toute notification reçue en application des dispositions de
l'article 13 ;
f) Tout autre acte, notification ou communication ayant trait
à la présente Charte. En foi de quoi les soussignés, dûment autorisés à
cet effet, ont signé la présente Charte.
Fait à Strasbourg, le 15 octobre 1985, en français et en anglais, les
deux textes faisant également foi, en un seul exemplaire qui sera déposé
dans les archives du Conseil de l'Europe.
Le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe en communiquera copie
certifiée conforme à chacun des Etats membres du Conseil de l'Europe.
Pour le gouvernement
de la république d'Autriche :
Hans G. Knitel
Pour le gouvernement
du royaume de Belgique :
Jan R. Vanden Bloock
Pour le gouvernement
de la république de Chypre :
Pour le gouvernement
du Royaume de Danemark :
Erling V. Quaade
Pour le Gouvernement
de la République française :
Henri Ourmet
Pour le gouvernement
de la République
fédérale d'Allemagne :
Günter Knackstedt
Horst Waffenschmidt
Pour le gouvernement
de la République
hellénique :
Agamemnon Koutsogiorgas
Pour le gouvernement
de la République islandaise :
Pour le gouvernement
d'Irlande :
Pour le gouvernement
de la République
italienne :
Oscar
L. Scalfaro
Pour le gouvernement
de la principauté
de Liechtenstein :
Nicolas
de Liechtenstein
Pour le Gouvernement
du grand-duché de
Luxembourg :
Jean Spautz
Pour le gouvernement
de Malte :
Pour le gouvernement
du royaume des Pays-Bas :
Pour le gouvernement
du royaume de Norvège :
Pour le gouvernement
de la République portugaise :
João Pereira Bastos
Pour le gouvernement
du royaume d'Espagne :
Felix Pons Irazazabal
Pour le gouvernement
du royaume de Suède :
Pour le gouvernement
de la Confédération suisse :
Pour le gouvernement
de la République turque :
Pour le gouvernement
du Royaume-Uni de Grande-Bretagne
et d'Irlande du Nord :
Copie
certifiée conforme à l'exemplaire original unique en langues française et
anglaise, déposé dans les archives du Conseil de l'Europe.
Strasbourg, le 4 novembre 1985.
Le directeur
des affaires juridiques
du Conseil de L'Europe,
Erik Harremoes
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N° 2802 - Projet de loi adopté
par le Sénat autorisant l'approbation de la Charte européenne de
l'autonomie locale, adoptée à Strasbourg le 15 octobre 1985
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